ILLUSIONS AUDITIVES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Localisation auditive : confusions et illusions

L'audition joue un rôle essentiel d'alerte, et son aptitude à localiser les sons est importante pour la survie : elle peut informer le sujet entendant de la localisation d'un danger pour l'amener à regarder dans cette direction ou à fuir dans une autre direction. Les facultés humaines de la localisation auditives sont remarquables (W. Mills) ; elles sont cependant sujettes, dans certains cas, à des confusions et à des illusions.

Illusion de Deutsch

Diana Deutsch a présenté à des auditeurs une séquence de sons aigus et graves alternés, une oreille recevant le son aigu lorsque l'autre reçoit le son grave, et vice versa. Chaque son durait 0,25 seconde et comprenait les fréquences 800 hertz (aigu) et 400 hertz (grave) ; la séquence était présentée aux auditeurs par l'intermédiaire d'écouteurs. La plupart des sujets droitiers entendaient alors un son aigu dans l'oreille droite alternant avec un son grave dans l'oreille gauche – le son grave étant entendu dans l'oreille gauche à un moment où cette oreille recevait en réalité le son aigu. Si l'on permutait les écouteurs, le son aigu continuait d'être entendu dans l'oreille droite. L'explication hypothétique de cette illusion, très frappante, fait appel à une interaction entre les mécanismes de détection de la hauteur et de la localisation.

Illusion démontrée par Diana Deutsch

Dessin : Illusion démontrée par Diana Deutsch

Illusion démontrée par Diana Deutsch. Alors qu'on présente au sujet, par l'intermédiaire d'écouteurs, un certain son dans une oreille et un son situé une octave plus bas à l'autre oreille et qu'on échange (environ quatre fois par seconde) les écouteurs recevant les sons graves et aigus,... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Conflit entre vision et audition

Lorsqu'il y a conflit entre les indices visuels et auditifs de l'origine des sons, les indices visuels tendent à dominer, ce qui paraît justifié du point de vue de la fonction originaire de l'audition : une fois l'individu alerté, il est raisonnable de confier le diagnostic directionnel au système visuel, plus précis. Cette dominance visuelle est essentielle pour le succès du numéro du ventriloque – et aussi pour la vraisemblance de la sonorisation (et donc du cinéma parlant) : on garde l'illusion que le conférencier reste la source du son, même lorsque le haut-parleur qui émet sa voix amplifiée est éloigné de lui. On a pu démontrer un cas d'interaction entre vision et audition conduisant à une altération de la perception. Si l'on présente un film sonore dans lequel le son enregistré « ba-ba » est synchronisé avec l'image du visage d'une personne prononçant « ga-ga », la grande majorité des sujets spectateurs-auditeurs (anglophones) affirme entendre « da-da » ! Il suffit de fermer les yeux pour entendre correctement « ba-ba » (J. McGurk et J. McDonald).

Illusions de mouvement

À l'aide de plusieurs haut-parleurs placés en des endroits éloignés, on peut créer l'image d'un objet sonore localisé en un seul point de l'espace. À l'exception d'appareils de vision en relief utilisant deux images dont la position doit être strictement fixée (stéréoscopes, viewmaster...), une telle fusion en un point de sources lumineuses multiples et dispersées est inconcevable. La stéréophonie peut donner l'impression de sources sonores distribuées entre les deux haut-parleurs (ou en arrière du segment qui les joint). Utilisant seulement quatre haut-parleurs formant un carré entourant l'auditeur, John M. Chowning a réussi à donner l'illusion saisissante de sources sonores se mouvant rapidement dans un vaste espace illusoire. Il a pour cela fait appel à la synthèse des sons par ordinateur, afin de contrôler précisément les indices utilisés par l'audition pour évaluer la position et le mouvement du son : les intensités relatives dans les différents haut-parleurs qui déterminent l'azimut du son ; la simulation de l'effet Doppler Fizeau, c'est-à-dire du changement de fréquence physique lié au mouvement des sources ; enfin, la proportion de l'énergie sonore qui émane directement de la source et de la réverbération artificielle appliquée à la source, ce qui donne une impression de distance et de profondeur (cette dernière technique est fondée sur des travaux de Georg von Bekesy).

Ainsi, en contrôlant les paramètres physiques qui déterminent les indices d'espace, il est possible d'invoquer un espace illusoire, ce qui laisse à penser qu'en jouant pour ainsi dire directement sur certaines opérations perceptives, la synthèse pourra peut-être permettre de suggérer des êtres sonores imaginaires plus prégnants que les réels !

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 7 pages

Médias de l’article

Enchevêtrement des lignes mélodiques

Enchevêtrement des lignes mélodiques
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Représentation de la variation de hauteur des sons sur un cylindre

Représentation de la variation de hauteur des sons sur un cylindre
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Escalier de Penrose

Escalier de Penrose
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Cube réversible de Necker

Cube réversible de Necker
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Afficher les 5 médias de l'article


Écrit par :

  • : compositeur, directeur de recherche au C.N.R.S. (laboratoire de mécanique et d'acoustique, Marseille)
  • : Experimental Psychologist, Psychoacoustician

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

Jean-Claude RISSET, David WESSEL, « ILLUSIONS AUDITIVES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/illusions-auditives/