HYKSÔS

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Hyksôs est le nom donné par l'historien égyptien Manéthon (iiie s. av. J.-C.) aux envahisseurs asiatiques qui dominèrent l'Égypte de 1730 environ à 1560 avant J.-C. Flavius Josèphe, historien juif du ier siècle de notre ère, nous a conservé les passages où Manéthon mentionne l'invasion des Hyksôs. « À l'improviste, des hommes d'une race inconnue venue de l'Orient eurent l'audace d'envahir notre pays [l'Égypte], et sans difficulté ni combat s'en emparèrent de vive force. On nommait tout ce peuple hyksôs, ce qui signifie « rois-pasteurs ». Car hyk dans la langue sacrée signifie « roi » et sôs dans la langue vulgaire veut dire « pasteur ». La réunion de ces deux mots donne hyksôs. » Cette étymologie n'est que partiellement exacte. Si hyk vient bien de heka « chef, prince », sôs ne transcrit pas shasou « nomades », c'est une abréviation du mot khasout « étrangers », et l'expression hekakhasout qui a donné hyksôs apparaît en Égypte dès 2000 avant J.-C. Elle s'applique aux chefs des tribus nomades qui parcouraient le désert syro-palestinien.

L'invasion hyksôs n'a certainement pas eu le caractère brutal que lui attribue Manéthon. Il faut parler plutôt d'infiltration progressive que d'invasion. De même, les envahisseurs n'appartenaient sans doute pas à une race unique. En majorité sémites, ils devaient comprendre aussi d'autres habitants de l'Asie occidentale, eux-mêmes chassés de leurs territoires par les invasions indo-européennes du deuxième millénaire avant J.-C. Les Égyptiens les désignaient sous les noms de « Amou », ou « Setetiou », ou encore « Mentiou de Setet », voire d'« Hommes du Retenou », c'est-à-dire sous tous les noms donnés aux Asiatiques proches de l'Égypte.

Une conquête progressive

L'infiltration d'étrangers, peut-être en majorité Amorites, en qui l'on peut reconnaître les Hyksôs manéthoniens, dut se produire entre 1730 environ et 1700. La principale étape de cette pénétration progressive fut la prise de la ville d'Avaris, dans le Delta oriental. La date de cet événement peut être fixée approximativement grâce à la « Stèle de l'an 400 », trouvée à Tanis, qui commémore la reconstruction du temple du dieu Seth à Avaris. Le culte de Seth à Avaris avait été développé par les Hyksôs qui voyaient dans ce dieu égyptien une hypostase du Baal sémitique. On pense donc que la reconstruction du temple a été l'œuvre des Hyksôs. Le quatre-centième anniversaire de cette reconstruction s'étant produit vers 1320 avant J.-C., on en conclut qu'elle a dû avoir lieu vers 1720, ce qui fixe de façon satisfaisante l'apparition des Hyksôs en Égypte.

Installés à Avaris en 1720 au plus tard, il faut encore quarante-six ans aux Hyksôs pour arriver jusqu'à Memphis. Entre 1720 et 1675 environ, ils prennent progressivement les nomes du Delta, à l'exception toutefois des nomes occidentaux. Memphis occupée, les Hyksôs se considèrent comme les souverains légitimes de l'Égypte tout entière. Ils forment la XVe dynastie. Le texte de Manéthon, conservé dans Josèphe, raconte cette prise de pouvoir : « Finalement, ils (les Hyksôs) nommèrent roi un des leurs dont le nom était Salitis. Il avait son siège à Memphis et levait tribut de la Haute comme de la Basse-Égypte. Il laissait toujours des garnisons derrière lui dans les positions les plus avantageuses. Par-dessus tout il fortifia la région orientale [...] Dans le nome saïte (sic), il fonda une ville très bien située à l'est de la branche bubastite du Nil et appelée Avaris d'après une tradition ancienne. Cette ville, il la reconstruisit et la fortifia de murs massifs, y plaçant une garnison forte de deux cent quarante mille hommes puissamment armés pour garder sa frontière [...] Après avoir régné pendant dix-neuf ans, Salitis mourut et un second roi appelé Bnôn lui succéda qui régna quarante-quatre ans. »

Le Salitis de Manéthon est sans doute un roi Sharek ou Shalek, qui vécut une génération avant Apophis, le dernier roi hyksôs, et deux générations avant Ahmosis, qui expulsa les Asiatiques hors d'Égypte. De Salitis à Apophis, les Hyksôs gouvernèrent, ou du moins contrôlèrent l'ensemble de l'Égypte, du sud de Thèbes jusqu'à la Méditerranée. À Salitis succéda Merouserre-Yak-Baal, dont les Égyptiens firent Yakoub-Her (Jacob-El) ; on ne s'explique pas comment ce nom a pu donner Bnôn chez Manéthon. L'administration égyptienne s'ouvrit alors aux fonctionnaires étrangers. Un des plus importants fut le « trésorier » au nom typiquement sémitique de Hour. Toutefois, l'administration ne fut pas entièrement formée d'Asiatiques, et de nombreux Égyptiens restèrent au service des envahisseurs.

À Jacob-El succéda Khyan qui, selon Manéthon, garda le pouvoir pendant cinquante ans. On a retrouvé de nombreux monuments à son nom tant en Égypte qu'en dehors de la Vallée du Nil, notamment en Crète. On en avait conclu naguère qu'il gouvernait un vaste empire hyksôs couvrant tout le Moyen-Orient. On a maintenant renoncé à cette hypothèse.

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Écrit par :

  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de l'université de Lille

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Pour citer l’article

Jean VERCOUTTER, « HYKSÔS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hyksos/