ÉGYPTE ANTIQUE (Histoire)L'Égypte pharaonique

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L'Égypte est une étrange réalité géographique. Tout s'y fait au contraire des autres pays, remarque Hérodote. C'est une longue oasis verdoyante d'une fertilité extraordinaire. Mais, hors de la plaine qui borde le fleuve, c'est un terrain d'une affreuse aridité, qui commence de manière si abrupte qu'on peut avoir un pied dans les cultures et l'autre dans le désert. Ailleurs, les inondations sont irrégulières et destructrices ; ici, elles sont étonnamment réglées et fécondantes. Les autres peuples doivent défendre leurs frontières. L'Égypte n'a à se garder qu'au nord-est, vers la péninsule du Sinaï ; et, encore, faut-il pour l'attaquer sérieusement des empires organisés, parce qu'il est nécessaire de franchir un désert inhospitalier pour arriver à l'eau et aux cultures. Partout ailleurs, des solitudes sableuses et mortelles la protègent. Elle n'a été conquise qu'une fois par le sud, au viiie siècle.

Le lit du fleuve présente aussi une curieuse particularité. Tant qu'il descend du sud au nord entre les montagnes arabiques à l'est et les hauteurs libyques à l'ouest, la vallée est unique, relativement étroite, de climat tropical. Lorsque, au nord de l'antique Memphis, il s'étale en sept branches dans l'ancien golfe marin, colmaté par le limon qu'il charrie, on a une vaste plaine, sillonnée de canaux qui se terminent vers la mer par d'impénétrables fourrés. Le climat est méditerranéen. Parfois il pleut, surtout dans la partie nord ; beaucoup d'arbres à feuilles caduques marquent nettement la distinction entre l'été et l'hiver. Une végétation méditerranéenne croît jusqu'à une centaine de kilomètres de la côte. La Basse-Égypte s'oppose à la Haute-Égypte. La dualité du pays est réelle, même si ensuite elle devient en quelque sorte mythique. Mais l'ensemble est voué à l'unité. Depuis l'union du Double-Pays par le roi Ménès, toute division a été pour l'Égypte une catastrophe. La prospérité est fonction d'une organisation unifiée depuis la première cataracte jusqu'à la mer : creusement des canaux, retenue plus ou moins prolongée des eaux, réserves destinées à parer aux besoins en cas d'irrégularités de la crue. L'histoire biblique de Joseph en est une illustration célèbre.

Mais la longueur même du territoire, en des temps où les communications étaient beaucoup plus lentes qu'aujourd'hui, favorisait son morcellement. Aussitôt que la poigne du pharaon se relâchait et que les particularismes locaux aboutissaient à des royautés ou tout au moins à des principautés multiples, c'était la misère dans la vallée et l'invasion étrangère. Les nomades asiatiques qui poussaient leurs troupeaux dans les déserts, à l'ouest du Sinaï, avaient tendance à aller chercher l'eau et le fourrage sur les confins cultivés de l'Égypte ; naturellement, ils pillaient quand on ne voulait pas leur accorder ce qu'ils demandaient. Ils s'infiltraient et parfois s'installaient. Les Libyens, à l'ouest, n'en usaient pas différemment. Ils avaient plus de facilités pour se déplacer le long de la côte. Il y avait toujours un peu de pâture, quelques arbres et des points d'eau. On appelle communément « périodes intermédiaires » ces moments où se relâcha le pouvoir royal, mais nous éviterons ce mot qui ne signifie rien pour garder le terme de « royautés multiples », très clair par lui-même. Elles se situent après la VIe et après la XIIIe dynastie. L'histoire de l'Égypte pharaonique est celle de l'alternance de centralisation – accompagnée d'extension territoriale et de développement social – et d'émiettement du pouvoir, lié à l'invasion étrangère et à la décadence.

Les sources de notre connaissance

Avant de suivre les grandes phases des heurs et malheurs de l'Égypte, il faut d'abord prendre conscience de deux difficultés considérables : les lacunes de l'information et l'incertitude de la chronologie.

Il ne reste plus aucun récit suivi de l'histoire d'Égypte. Celui qui nous est parvenu à travers Hérodote est très incomplet, certainement bouleversé et exact seulement pour le temps le plus récent. Les monuments originaux ont péri en grande partie. On ne possède que de très rares extraits des annales royales, sans doute régulièrement tenues, au moins depuis la Ire dynastie, et probablement avant. Les fragiles papyrus ou les rouleaux de cuir sur lesquels on les écrivait ont tous disparu. Seuls des fragments transcrits sur pierre pour des raisons particulières ont pu être sauvés. Le livre de Manéthon est perdu. Heureusement les monuments gardent le nom des rois et de quelques faits de certains règnes. On érigeait, dans des moments solennels, des stèles historiques, comme celle de Thoutmosis III au Gebel Barkal, ou celle d'Aménophis II à Memphis. Mais encore tout cela est-il actuellement souvent en piteux état. Les inscriptions si précieuses d'Horemheb, par exemple, sont tout à fait lacunaires. Pour l'Ancien Empire, on ne dispose pratiquement d'aucune inscription royale tant soit peu développée. Bref, on ne peut reconstituer le déroulement des événements qu'avec des éléments notoirement insuffisants. C'est un peu comme si on n'avait, pour faire l'histoire du xviiie siècle français, que les plaques de mulets employés par les marchands dans le midi de la France ; elles portent, selon le moment où on les a gravées, les noms des rois, des grands faits révolutionnaires, de la Convention ou du Directoire. Ce serait maigre pour reconstituer l'histoire générale de ces temps troublés.

Les Égyptiens avaient depuis si longtemps inventé le calendrier solaire de 365 jours qu'on pourrait imaginer une chronologie très précise. Mais il n'en est rien. Faute de point de départ unique, le comput ne peut être fait qu'en ajoutant les nombres d'années de règne les uns aux autres. Or, on ignore certains d'entre eux, et, pour d'autres, on ne sait si le dernier connu est le bon, les monuments des années subséquentes du roi ayant pu disparaître. Enfin au temps des royautés multiples, des souverains et parfois des dynasties régnèrent simultanément. Si bien qu'en fin de compte, seules sont sûres les dates calculées d'après les olympiades grecques. Au fur et à mesure qu'on s'en éloigne en remontant dans le temps, la marge d'erreur possible s'accroît. Elle est peut-être d'une ou de plusieurs dizaines d'années pour le début du IIe millénaire. Elle peut être infiniment plus importante pour le IIIe. Les synchronismes avec la chronologie mésopotamienne n'apportent que peu de clarté, parce que les difficultés sont du même ordre, pour la Chaldée ou le pays de Sumer. Il faut donc se résoudre à ignorer beaucoup de choses et à tenir compte de l'incertitude de beaucoup d'autres.

On a gardé pour cadre de l'histoire égyptienne le groupement de ses rois en trente dynasties. Il nous a été transmis par un prêtre de Sebennytos, Manéthon, contemporain de Ptolémée Ier. Prophète à [...]

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  • : directeur de l'Institut français d'archéologie orientale, Le Caire

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Pour citer l’article

François DAUMAS, « ÉGYPTE ANTIQUE (Histoire) - L'Égypte pharaonique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/egypte-antique-histoire-l-egypte-pharaonique/