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HYGIÈNE

La rénovation méthodologique

Dans le dernier quart du XXe siècle, les notions de probabilité, d'incertitude, d’erreur et de biais, apparues depuis des décennies dans les sciences « dures », ont gagné la santé publique. L'inefficacité de certains programmes d’actions mûrement réfléchis (telle la lutte contre le paludisme) ou, au contraire, l'efficacité inattendue d'autres programmes sont venues mettre en cause le paradigme de certitude et d'explication que la santé publique s'était construit. L'épidémiologie est née de la nécessité de gérer l’incertitude en intégrant l'usage des probabilités. Elle permet ainsi à l'expérience d'acquérir un caractère scientifique diminuant sa variabilité inhérente.

L'action sanitaire fondée sur des données probantes fait aussi partie de ce nouveau paradigme.

La logique scientifique s'appuie sur le réel et sur les faits. Elle s’oppose à une logique basée sur l’opinion, l'interprétation personnelle, l'expérience aléatoire du professionnel isolé. En s'appuyant sur l’expérience collective validée et la synthèse critique des connaissances, elle se détourne de la hiérarchie gérontocratique issue de la compétence basée sur l’opinion d'un leader ou sur l'expérience personnelle cumulée toute une vie.

Ainsi a-t-on assisté à l’avènement de la démarche d ’évaluation du risque sanitaire, maintenant bien codifiée à l’échelle internationale, permettant à l’hygiéniste de proposer en termes de probabilité de maladies ou autres situations néfastes pour la santé des valeurs et des mesures concrètes associées à des données chiffrées. L’exemple de l’amiante, encore d’actualité, éclaire bien la nature et l’ampleur des enjeux. Le coût humain est estimé actuellement à 3 000 décès par an, en France. En Grande-Bretagne, les estimations de l’Institut national de cancer sont de 40 000 décès par mésothéliomes et de 100 000 cancers du poumon, pour l’ensemble du phénomène. Le coût économique est celui qui est lié au déflocage des bâtiments qui ont été floqués dans les années 1960-1970. Le bénéfice pour la société de l’utilisation de ce matériau est lié à ses propriétés isolantes (isolation thermique, freins...). Fallait-il interdire l’amiante ou en prôner une utilisation contrôlée, et dans ce dernier cas, quelle norme choisir ? Il s’agit là d’une évaluation des risques et d’une gestion des risques a posteriori, mais le véritable enjeu est d’éviter ce type de catastrophe par une évaluation des risques a priori, ce qui serait à la fois un gain sanitaire et un gain économique.

D’autres exemples d’actualité illustrent cette problématique : risque cancérogène lié aux dioxines et effluents des usines d’incinération, risque cancérogène lié à certaines molécules, risque lié aux téléphones mobiles, aux réseaux wifi, aux lignes à haute tension, effets sur la santé respiratoire et choix des carburants (via le poids de la fiscalité) ou des types de moteurs (gazole ou essence), décontamination des sites pollués (jusqu’à quelles concentrations de polluants ?)...

Il s’agit à chaque fois de peser les effets sanitaires et les coûts économiques, les bénéfices et les désavantages pour la société. Cela nécessite, afin de mieux définir les priorités et de rechercher le meilleur rapport coût/efficacité, de se doter d’une méthodologie scientifique élaborée. C’est l’objet de l’évaluation quantitative des risques, qui comporte trois phases :

– la production de données scientifiques (risk investigation) : « Quels sont les déterminants des effets sur la santé liés à la situation locale ? » ;

– l’évaluation des risques (risk assessment) : « Quelles sont la probabilité et la sévérité des effets sur la santé de l’homme ? » ;[...]

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Écrit par

  • : professeur honoraire de santé publique, université de Lorraine, faculté de médecine de Nancy
  • : professeur honoraire d'hygiène, de médecine préventive et de santé publique à la faculté de médecine de Rouen, chef du service d'hygiène du CHU de Rouen

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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