HUA GUOFENG [HOUA KOUO-FENG] (1921-2008)

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Hua Guofeng, président du Parti communiste chinois (P.C.C.) de 1976 à 1981, est décédé le 20 août 2008 à Pékin. De son vrai nom Su Zhu, il était né le 16 février 1921 (1920, selon certaines sources) en Chine du Nord, dans une famille paysanne du district de Jiaocheng, province du Shanxi, célèbre pour ses mines de charbon.

Entré au P.C.C. en 1938, il participe à la guérilla antijaponaise depuis la base implantée dans son district natal. C'est alors qu'il prend le nom de guerre de Hua Guofeng, une abréviation d'« Avant-garde chinoise de la résistance au Japon pour le salut de la patrie » (Zhong hua kangri jiuguo xianfeng dui). En 1945, il est secrétaire du comité du Parti de Jiaocheng, chargé de la propagande. Un an plus tard, il rejoint l'Armée populaire de libération et participe à la libération du Hunan. En 1952, il est secrétaire du district de Xiangtan, où se trouve Shaoshan, le village natal de Mao Zedong. Il y fait construire un mémorial au Grand Timonier, ce qui lui attire les bonnes grâces de celui-ci lorsqu'il se rend à Shaoshan en 1959. Dans la lutte opposant Mao Zedong au ministre de la Défense Peng Dehuai qui dénonce les conséquences désastreuses du « grand bond en avant », Hua Guofeng se range au côté de Mao et soutient sans état d'âme sa politique, malgré la famine qui a fait trente-six millions de morts dans l'ensemble du pays.

Il devient alors secrétaire du comité provincial du parti. Pendant la révolution culturelle en 1966, il n'hésite pas à réprimer violemment les gardes rouges qui le qualifient de « boucher du Hunan ». Il entre au comité central lors du IXe congrès du P.C.C. en 1969, et au bureau politique au cours du Xe congrès qui se tient en 1973. Il est nommé, en 1975, ministre de la Sécurité. Il reste en retrait dans la lutte qui oppose les « gauchistes » (les maoïstes radicaux) aux « réalistes » regroupés autour de Deng Xiaoping.

À la mort du Premier ministre Zhou Enlai en janvier 1976, c'est Deng Xiaoping, son héritier naturel, qui prononce l'oraison funèbre. Mais, à la surprise générale, Mao se refuse à promouvoir ce dernier et il nomme le falot Hua Guofeng comme Premier ministre par intérim, décevant à la fois les pragmatistes (ou réalistes) et les radicaux. Inquiets de cette éviction du chef des pragmatistes, cadres, intellectuels et anciens gardes rouges manifestent sur la place Tiananmen, le 5 avril 1976, leur opposition à la ligne gauchiste incarnée par Mao et son épouse Jiang Qing. C'est au lendemain de la manifestation, réprimée par Hua Guofeng, que le Grand Timonier, au cours d'un entretien privé avec ce dernier, prononce la célèbre phrase qui sera affichée sur tous les murs du pays après sa mort : « Avec toi aux affaires, je suis tranquille. » Hua Guofeng est nommé Premier ministre et dirige la campagne de critique à l'encontre de Deng Xiaoping.

Cependant, après la mort de Mao, le 9 septembre 1976, il se retourne contre Jiang Qing et ses alliés et, en accord avec les militaires proches de Deng Xiaoping, il fait arrêter le 6 octobre 1976 la « bande des Quatre » qu'elle dirige. Le jour même, il devient président du parti, Premier ministre et chef de la commission militaire du Comité central, cumulant ainsi plus de titres que Mao Zedong lui-même. Il cherche à poursuivre la politique de ce dernier, il se fait appeler « Président clairvoyant », son portrait est affiché dans tous les lieux publics et il fait construire le mausolée de Mao sur la place Tiananmen. Sa ligne politique tient en deux affirmations : « Nous appliquerons résolument toutes les décisions du président Mao et nous suivrons sans broncher toutes ses directives. »

Toutefois, après son succès formel au XIe congrès du parti en août 1977, Hua Guofeng, qui ne dispose pratiquement d'aucun soutien au sein du P.C.C., ne peut empêcher le retour de Deng Xiaoping qui veut rompre avec la révolution culturelle. Hua perd la réalité du pouvoir lors du troisième plénum du comité central qui, en décembre 1978, lance la politique de réformes et d'ouverture. En 1980, il cède son poste de Premier ministre à Zhao Ziyang, un fidèle de Deng Xiaoping et, en 1981, c'est Hu Yaobang, un autre réformiste, qui le remplace à la tête du parti. Il est alors nommé deuxième vice-président, mais n'a plus aucun pouvoir. Il restera membre du Comité central jusqu'en 2 [...]

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  • : directeur de recherche émérite au CNRS, Centre d'études et de recherches internationales-Sciences Po

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Pour citer l’article

Jean-Philippe BÉJA, « HUA GUOFENG [HOUA KOUO-FENG] (1921-2008) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hua-guofeng-houa-kouo-feng/