HESSE HERMANN (1877-1962)

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Aspiration à l'harmonie

Durant l'ascension du national-socialisme et sous le IIIe Reich, Hesse doit de nouveau affronter luttes et bouleversements. Citoyen suisse depuis 1923, mais publiant en Allemagne, il ne reste pas indifférent à la tragédie qui se joue dans son pays natal. L'apaisement lui vient avec son troisième mariage (1932). Il connaît désormais la paix, dans le Tessin, où il écrit entre 1932 et 1943 la plus importante de ses œuvres, le grand roman utopique Le Jeu des perles de verre, dans lequel toutes les tendances et toutes les possibilités des écrits antérieurs se retrouvent et se développent. Là encore, Hesse s'est construit un univers artistique au sein duquel il peut respirer ; mais il parvient à une diversité qu'il n'avait pas encore réalisée jusque-là. Le texte oscille entre le moment utopique où apparaît l'idéal dans sa figure paradoxale, et le dépassement immédiat de ce moment. L'utopie de Hesse est donc elle-même en gestation, en mouvement, aspirant à un avenir qui soit une genèse véritable. À bon droit il est permis de parler d'« utopie moderne historique », conformément à la conception de E. Bloch : elle n'est plus un plan préétabli de la cité idéale, mais seulement une base pour l'élan utopique et sa projection dans l'infini. De la sorte, Hesse peut, dialectiquement, partir d'éléments historiques et les projeter dans l'avenir. Et dans ce jeu subtil entre le passé et le futur s'articulent les potentialités du présent : la réconciliation de la vie et de l'esprit, du général et du particulier et la tentative, à l'aide de la mystique extrême-orientale, d'intégrer l'individu – en le délivrant – à la grande Nature.

En 1946, Hesse reçoit le prix Nobel de littérature, se trouve à l'apogée de sa gloire et ne peut plus guère qu'aller vers son déclin. Assez vite, il devient suspect aux jeunes générations par son esprit romantique. On lui reproche l'absence de cette intelligence supérieure, de cette pertinence dans l'analyse abstraite qui caractérisent Robert Musil ou encore Thomas Mann. On finit pourtant par entrevoir la force réelle de son style, avant tout poétique. Il correspond parfaitement aux qualités utopiques de l'œuvre et illustre de façon convaincante l'utopie en tant que catégorie esthétique. Hesse atteint par là une modernité insoupçonnée, qui fait de lui le précurseur d'un art qui transcende les traditions bourgeoises. Son œuvre, en rupture avec son époque, exigeait une nouvelle création des catégories d'espace et de temps puisque la réalité s'était révélée parfaitement hostile et impropre à l'art. L'auteur pratique des procédés largement réutilisés par le roman moderne : l'analogie historique, d'une part, qui fait éclater la réalité (verticalement) vers les profondeurs de l'histoire ou des mythes, et la juxtaposition des images, d'autre part, qui glissent (horizontalement) vers un monde magique et surréaliste. Ce faisant, l'art produit sa propre transcendance et brise l'encerclement idéologique et technologique de la société industrielle. La dichotomie moderne entre la réalité et la langue entraîne Hesse non pas vers une déformation de la première, mais vers la poésie d'une symbolique multivalente qui échappe aux concepts idéologiques figés. Ainsi le monde ne nous est accessible que par l'entremise de l'art. Voir et entendre ; le poète est visionnaire et prophète, mais aux confins de l'intelligible. La correspondance avec la réalité lui est indifférente, sa langue dépasse la réalité et débouche sur un univers magique. Elle utilise pour cela les possibilités modernes de style : variations et ambivalence. À partir d'une réalité toujours mise en cause, elle tend vers ce qui est différent, suggérant la mutation : le dépassement de notre culture décadente avec son culte orgueilleux de l'individu, grâce à la réconciliation de l'esprit et de la nature, et au rejet du moi. Ainsi l'œuvre de Hesse montre que le salut n'est plus dans la philosophie mais dans l'art qui, lui seul, formule l'impossible pour que le possible se réalise.

Il faut mentionner, à côté de ses nombreux recueils de poésie, des essais comme Le Regard dans le chaos (1920), Le Retour de Zarathoustra (1919), et Miettes de théologie (1932), où Hesse expose sa conception de l'art et du monde ; son œuvre de critiqu [...]

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Écrit par :

  • : maître assistant à l'université de Paris-IV (U.E.R. d'études germaniques), docteur de troisième cycle

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LE LOUP DES STEPPES, Hermann Hesse - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Francis WYBRANDS
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Dans une lettre datée du 3 janvier 1928, Thomas Mann écrit à Hermann Hesse que Le Loup des steppes ( Der Steppenwolf ), paru à Berlin en 1927, lui a « réappris à lire ». Ce roman, l'un des plus célèbres de l'auteur, écrit au sortir d'une crise de plusieurs années marquée par deux divorces, une dépression, un essai de psychanalyse, fut pour Hesse une tentative de réapprendre à vivre. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Barbara BELHALFAOUI, « HESSE HERMANN - (1877-1962) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hermann-hesse/