HÉRALDIQUE

L'héraldique nouvelle

Il est probable qu'envisagées hors de ces champs traditionnels liés surtout à l'archéologie et à l'histoire de l'art, voire à la généalogie, les armoiries devraient constituer pour l'historien des mentalités un terrain d'investigation fructueux. Nous présentons ci-dessous trois directions où se sont récemment engagées les recherches, mais il en est plusieurs autres dont l'intérêt ne serait pas moindre.

Quelles significations chercher dans les armoiries ?

Les profanes sont toujours curieux de connaître la « signification » des armoiries portées par un personnage ou par une famille. L'erreur des héraldistes a souvent été de vouloir répondre absolument à cette interrogation, au lieu d'admettre soit, dans certains cas, qu'il n'y avait pas de signification historique véritable, soit qu'il était très difficile de la retrouver. S'il est indéniable que la plupart des armoiries sont plus « signifiantes » que les autres catégories d'emblèmes, il faut reconnaître qu'au moins une bonne moitié d'entre elles échappe à toute tentative d'explication, et que pour les autres les interprétations proposées ne sont que des hypothèses. Avant de passer en revue les quatre catégories de significations pouvant expliquer le choix de telles armoiries ou de telles figures héraldiques, il faut faire trois remarques. D'une part, les individus sont rarement les auteurs des armoiries dont ils font l'usage ; pour la plupart, ils les ont reçues par héritage ; même le premier porteur ne les a pas toujours choisies ou composées librement : elles peuvent lui avoir été imposées, vendues, données ou suggérées. D'autre part, même si elle semble avoir été connue de tous à un moment donné, la signification attribuée à des armoiries peut être très postérieure à l'apparition et à la composition de celles-ci. Enfin, il nous est à peu près impossible de connaître la portée de ces significations. Ce dernier point est important car il souligne la difficulté que rencontre souvent l'historien dans le domaine des signes. Par qui étaient comprises les significations que l'on avait voulu donner à une armoirie ? Étaient-elles accessibles à tous ou réservées à un petit nombre ? Qui savait lire non seulement les identités, mais surtout les intentions symboliques que portaient les armoiries ?

Cela dit, pour expliquer le choix des figures et des couleurs qui composent telle ou telle armoirie, on peut distinguer quatre catégories de significations, mais la frontière entre les unes et les autres n'est pas toujours très nette.

Les armoiries parlantes sont celles dans lesquelles certains éléments sont mis en relation avec le nom de celui qui en fait usage. Ce nom est généralement le nom de famille, mais peut être parfois le nom de baptême, un surnom, ou, pour les possesseurs de fiefs, un vocable terrien. La relation peut être directe (une famille Lecoq qui porte un coq dans ses armes), phonétique (une famille Lepaure qui porte un porc), constituée par un rébus (Racine portait un écu composé d'un rat et d'un cygne ! ) ou bien allusive (un mouton dans les armes de la famille Pastoureau, ce mot évoquant la profession de berger). La relation peut se faire dans des patois ou des dialectes, ou bien être construite sur des termes aujourd'hui disparus ou difficilement intelligibles. L'usage de ces figures parlantes a probablement été hérité des sceaux. Il est déjà présent dans l'héraldique primitive, et se développe grandement au xiii e siècle, lorsque les armoiries s'étendent à toutes les classes sociales. L'étude des armes parlantes présente un triple intérêt. Sur le plan de l'anthroponymie, elle permet d'analyser la formation et le devenir de certains patronymes, ainsi que leurs rapports avec l'emblématique.[...]

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Écrit par

  • Michel PASTOUREAU : archiviste paléographe, directeur d'études à l'École pratique des hautes études (IVe section)

Classification

Pour citer cet article

Michel PASTOUREAU, « HÉRALDIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL :

Autres références

  • ABEILLES IMPÉRIALES

    • Écrit par Hervé PINOTEAU
    • 2 376 mots

    Mouches et cigales font partie du mobilier funéraire mérovingien ; dans la civilisation de la steppe, la cigale est symbole de résurrection du fait de ses métamorphoses et, selon Édouard Salin : « La cigale mérovingienne évoque l'idée d'immortalité et elle est, plus ou moins indirectement,[...]

  • AIGLE IMPÉRIALE

    • Écrit par Hervé PINOTEAU
    • 2 973 mots

    Oiseau de Zeus puis de Jupiter, patron de Rome, l'aigle fut employé par les Barbares qui le considéraient comme le symbole de l'Être suprême (Édouard Salin). Des indices prouvent que Charlemagne l'employa au sommet du mât de ses navires (denier de Quentovic, après 804) et[...]

  • ARMES, héraldique

    • Écrit par Hervé PINOTEAU
    • 5 558 mots

    Le droit aux armes (composition dans un écu) et aux armoiries (l'écu plus ses ornements extérieurs) s'est progressivement dégagé au cours des siècles dans les diverses nations de l'Occident chrétien, mais de façon, parfois assez dissemblables. Prises par les chevaliers qui les arboraient[...]

  • ARMORIAL

    • Écrit par Hervé PINOTEAU
    • 3 982 mots

    Collection d'armes (composition dans un écu) ou d'armoiries (l'écu et ses ornements extérieurs), l'armorial est composé de descriptions ou de représentations ou encore des deux à la fois, avec l'avantage de préciser des détails ou des figures difficiles, mais avec la possibilité de disparités[...]

  • BESTIAIRES

    • Écrit par Françoise ARMENGAUD, Daniel POIRION
    • 58 998 mots
    • 11 médias
    L'on passera facilement de la valeur représentative des animaux au combat à leur valeur emblématique dans l'héraldique. Les tapis brodés de Noïn-Ula (Mongolie, i er siècle de notre ère) et certains bronzes scythes sont des témoins de cette transition.
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Voir aussi