KENDALL HENRY (1926-1999)

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Physicien américain né le 9 décembre 1926 à Boston (États-Unis) et décédé accidentellement le 15 février 1999, alors qu'il s'adonnait à la photographie en plongée dans un lac du parc naturel de Wakulla Springs en Floride. Prix Nobel de physique en 1990 pour la découverte expérimentale des quarks, Henry Kendall était un ardent défenseur de l'environnement et un des principaux artisans de la mobilisation des scientifiques américains pour diverses causes écologistes ou pacifistes à travers l'Union of Concerned Scientists (Syndicat des scientifiques inquiets) dont il avait été l'un des fondateurs.

Né dans une riche famille de la Nouvelle-Angleterre, Henry Kendall était le fils d'une Canadienne et d'un homme d'affaires ayant fondé en 1906 une florissante entreprise de fabrication de produits paramédicaux tels que les pansements et les couches jetables. Après une scolarité délicate, les premières difficultés de lecture n'ayant été surmontées que par un changement d'école élémentaire, il fit des études médiocres à l'académie Deerfield mais montra vite une grande aptitude à l'exploration expérimentale, des circuits électriques aux réactions chimiques et même à la culture de bactéries dangereuses.

Après un service militaire en 1945-1946 dans la marine marchande puis sur un bâtiment de transport de troupes sur l'Atlantique nord, il fit ses études universitaires au collège Amherst (Massachusetts) et y consacra un temps considérable à la plongée et à la photographie sous-marine, écrivant avec un ami deux livres sur ces sujets. Il prépara sa thèse au prestigieux Institut de technologie du Massachusetts (M.I.T.). Il y essayait de mesurer les niveaux d'énergie du positronium, un état lié instable formé d'un positon et d'un électron que son directeur de thèse, Martin Deutsch, avait découvert peu de temps auparavant. Le but était en particulier de vérifier que le spectre de cet atome particulier présentait, comme celui des atomes normaux, un effet Lamb, effet prédit par la théorie moderne de l'électrodynamique comme dû à la présence de paires électron-positon dans le vide quantique. Cette expérience ne fut pas couronnée de succès.

Kendall rejoignit ensuite l'université Stanford, au sud de San Francisco, où il passa cinq ans dans l'équipe de Robert Hofstadter (Prix Nobel de physique 1961) qui démontra grâce à un accélérateur à électrons de 300 pieds de longueur que le proton avait une taille de l'ordre du femtomètre (10—15 m). Sa passion pour la nature et la photographie le fit participer à des expéditions dans les Andes, l'Arctique et l'Himalaya, avec des matériels photographiques de plus en plus volumineux. Nommé professeur au M.I.T. en 1961, il y enseignera jusqu'à sa mort. À partir de 1964, il se consacre avec son collègue Jerome Isaac Friedman et Richard Edward Taylor de l'université Stanford à la préparation des expériences pour l'accélérateur linéaire à électrons (le S.L.A.C.) de 3,2 km de longueur en construction à Stanford. La mise en service en 1967 de cette nouvelle sonde de la matière allait permettre à l'équipe expérimentale menée par Friedman, Kendall et Taylor de mettre en évidence la présence des quarks dans les protons et les neutrons. Le prix Nobel de physique 1990 les récompensera (tardivement) tous les trois de cet important résultat, qui permit de jeter les bases expérimentales d'une réelle compréhension des forces nucléaires. La théorie moderne de l'interaction forte, développée au début des années 1970, allait expliquer la cohésion nucléaire en terme de quarks interagissant par l'intermédiaire de gluons. Entre-temps, Kendall avait participé à de nombreuses expériences au S.L.A.C. et au laboratoire Fermi, près de Chicago.

Après dix ans d'une activité de conseil auprès du département américain de la Défense durant les années 1960, Kendall s'avoue déçu de la difficulté d'influencer « de l'intérieur » des décisions qu'il juge déraisonnables. Il participe alors activement à la fondation de l'Union of Concerned Scientists, qui milite pour le contrôle des technologies dangereuses, et en particulier celles qui sont issues de la physique nucléaire. Il y jouera un rôle important. Son combat contre l'Initiative de défense stratégique (la « guerre des étoiles ») du président Reagan, sa dénonciation des dangers liés aux centrales électronucléaires ou, plus récemment, ses mises en garde par rapport au risque de réchauffement de la planète par effet de serre en feront un des acteurs importants de la scène politique américaine sur le plan de la défense de l'environnement. Il insistait sur la responsabilité particulière des scientifiques pour informer objectivement les citoyens et regrettait publiquement que leur effort ne soit pas suffisant en ce sens. Kendall est le coauteur de cinq livres non traduits sur ce sujet et de nombreux articles dont deux ont été traduits dans la revue Pour la science : « L'Emploi en premier de l'arme nucléaire » (mai 1984) et « La Défense antimissiles balistiques à partir de l'espace » (décembre 1984).

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  • : directeur de recherche émérite au CNRS, centre de physique théorique de l'École polytechnique, Palaiseau

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Pour citer l’article

Bernard PIRE, « KENDALL HENRY - (1926-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/henry-kendall/