CAMARA HELDER PESSOA (1909-1999)

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Peter Hebblethwaite, biographe des grands pontifes du xxe siècle, disait que Jean XXIII avait été le premier pape « chrétien » (au sens évangélique) tandis que Paul VI aurait été le premier pape moderne. Helder Câmara, ou dom Helder, comme il était généralement nommé, a été moderne et chrétien en même temps. Il est devenu le symbole même du renouveau social du catholicisme brésilien et latino-américain et de son engagement en faveur des pauvres.

Né en 1909 à Fortaleza, au cœur du Nordeste misérable, il était issu de la petite classe moyenne. Ordonné prêtre à vingt-deux ans, son travail auprès des syndicats l'amène à adhérer à l'Action intégraliste brésilienne, de tendance fascisante. Même s'il quitte le mouvement à la fin des années 1930, ce péché de jeunesse sera utilisé plus tard contre lui par la dictature militaire afin d'éviter que lui soit décerné le prix Nobel de la paix.

À partir de 1936, il se consacre à l'Action catholique à Rio de Janeiro, où il sera nommé évêque auxiliaire en 1952. Son talent pour l'organisation et l'action trouve des conditions favorables pendant la période démocratique et de croissance des années 1950. Il sera le secrétaire général de la Conférence nationale des évêques du Brésil (C.N.B.B.) de 1952 à 1964 et il en fera un puissant instrument de transformation de l'Église catholique brésilienne en une institution fortement engagée au service du changement social.

Face à un État indifférent à la pauvreté, dom Helder sort de la sacristie pour faire face aux problèmes réels du peuple en fondant la Croisade Sao Sebastiao (1956), première tentative de remédier au fléau des favelas et à la marginalisation, puis la Banque de la providence (1959), pour lutter contre la misère. Cette étape, la plus heureuse de sa vie, prend fin avec le coup d'État militaire de 1964 et sa nomination comme archevêque d'Olinda et Recife. Il entreprend alors une longue lutte de résistance à la dictature par des moyens non violents, pendant laquelle plusieurs de ses collaborateurs, prêtres ou laïcs, seront arrêtés, torturés, assassinés. La répression militaire nourrit une haine tenace contre l'archevêque dont le discours d'arrivée à Recife annonçait un programme d'action incompatible avec l'anticommunisme primaire du nouveau régime : « Que nul ne se scandalise de me voir fréquenter des personnes considérées comme indignes ou pécheresses [...] de me voir en la compagnie de personnes jugées dangereuses, de gauche ou de droite [...] que nul ne prétende m'attacher à un groupe, m'obliger à choisir ses amis et à reconnaître ses ennemis [...] Ma porte et mon cœur seront ouverts à tous sans exception [...] Christ est mort pour tous les hommes : je ne dois exclure personne du dialogue fraternel. »

À côté de ses nombreuses innovations pastorales à Recife et au Brésil, il va développer une intense action internationale en faveur de la paix et de la justice économique pour les pays en développement. Ayant joué un rôle actif au IIe concile œcuménique du Vatican, il se trouve également parmi ceux qui ont proposé la création du Conseil épiscopal latino-américain (Célam). Il sera un des délégués à l'assemblée de celui-ci à Medellín en 1968, marquée par la mémorable visite de Paul VI et par la définition de « l'option préférentielle pour les pauvres » de l'Église en Amérique latine.

En avril 1985, il donne sa démission pour limite d'âge, reçoit le titre honorifique d'archevêque émérite d'Olinda et Recife, et se retire dans une modeste maison où il mènera une vie de prière jusqu'à sa mort en août 1999, à quatre-vingt-dix ans d'âge et au terme de soixante-huit ans de prêtrise.

Dom Helder a été la plus haute expression en Amérique latine de l'Église du concile Vatican II : ouverture aux problèmes du monde, combat non violent contre les systèmes d'oppression et d'exploitation au niveau international ou local, option préférentielle pour les pauvres, accent mis sur ce qui unit les hommes dans la commune résistance aux structures de l'injustice. Proche de Jean XXIII et de Paul VI, il partageait avec ce dernier la même culture contemporaine nourrie de la connaissance des grands auteurs catholiques français de ce siècle, Maritain, Péguy, Bernanos. Même s'il n'a jamais approuvé ni encouragé certains excès de la théologie de la Libération, particulièrement en ce qui concerne la contamination du marxisme, il était toujours prêt à prendre des risques, ce que d'autres auront peut-être regardé comme de dangereuses audaces. L'histoire lui a donné raison : les problèmes fondamentaux de l'Amérique latine restent les mêmes après la fin des dictatures militaires et de la menace communiste qu'elles étaient censées combattre. Le meilleur hommage qu'il aurait pu souhaiter tient à ce que, malgré tout, l'Église conserve au Brésil, dans l'ensemble, le visage de la compassion et de l'engagement en faveur des pauvres que dom Helder Câmara a contribué à lui donner.

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Pour citer l’article

Rubens RICUPERO, « CAMARA HELDER PESSOA - (1909-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/helder-pessoa-camara/