BEECHER-STOWE HARRIET (1811-1896)

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Fille d'un révérend évangéliste, épouse d'un révérend évangéliste, Calvin Stowe, qui était collègue de son père, élevée et vivant dans une atmosphère de rigorisme religieux, Harriet Beecher est connue pour avoir été l'auteur d'un best-seller, dont le retentissement immédiat, fracassant, s'est prolongé dans le monde entier sous forme d'adaptations multiples ; il s'agit de La Case de l'oncle Tom (Uncle Tom's Cabin, 1852), roman antiesclavagiste qui vint renforcer, peu de temps avant la guerre de Sécession, la campagne abolitionniste.

La plupart des critiques s'accordent pour reconnaître les défauts principaux du livre : coïncidences, incohérences, surcharge mélodramatique, perspective moralisante. En revanche, ces mêmes critiques divergent sur l'appréciation de la peinture de l'esclavage faite par l'auteur et de la vie des esclaves sur la plantation. Il est certain que la documentation de première main de Harriet Beecher-Stowe était extrêmement réduite, et sa présentation de l'« institution particulière » (comme on nommait pudiquement l'esclavage) trop peu corrosive pour inquiéter les sudistes, tout au moins lors de la parution du récit. Mais, au-delà des critiques, le véritable problème reste celui que pose l'engouement rencontré par ce livre, que ce soit non seulement au nord des États-Unis, mais aussi dans l'Europe entière, où George Sand et Musset, pour ne citer qu'eux, crièrent immédiatement au génie.

À vrai dire, l'opinion la plus intéressante, en définitive, risque fort d'émaner de ceux que le sujet du livre concerne le plus directement, les Noirs américains. Les écrivains noirs contemporains ont fait du livre une critique féroce ; ils y voient une protestation sentimentale aisément récupérable, et vite récupérée par le libéralisme blanc, qui pouvait se donner ainsi bonne conscience à bon compte ; d'autant que le personnage central, l'oncle Tom, constitue par sa piété, son dévouement et son incroyable gentillesse, une image du Noir très rassurante. L'auteur, mettant en scène le paternalisme, touchait chez ses lecteurs la fibre la plus paternaliste. Il faut certes garder en mémoire un contexte qui obligeait beaucoup d'esclaves à se conduire comme oncle Tom, mais l'Amérique noire a, depuis quelque temps déjà, définitivement réglé son compte à ce personnage : le terme est devenu un symbole infamant, un symbole de faiblesse et de lâcheté, en un mot de « collaboration ».

Dans le sillage de cet énorme succès, Harriet Beecher-Stowe a publié quelques ouvrages sur des sujets qu'elle connaissait beaucoup mieux, puisqu'ils touchent à sa Nouvelle-Angleterre natale ; ils dénotent l'influence calviniste qu'elle avait subie et assumée. Ces vignettes régionalistes ne sont pas sans intérêt, mais c'est La Case de l'oncle Tom qui maintient encore aujourd'hui l'importance de l'écrivain, importance dont il faut bien convenir qu'elle est essentiellement historique.

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Écrit par :

  • : agrégé de l'Université, maître assistant à l'Institut Charles-V, université de Paris-VII-Denis-Diderot

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Pour citer l’article

Jean-Paul ROSPARS, « BEECHER-STOWE HARRIET - (1811-1896) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/harriet-beecher-stowe/