BERGER HANS (1873-1941)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le 21 mai 1873 à Neuses, petite ville près de Coburg, Hans Berger naît dans une famille d'intellectuels. Après avoir terminé ses études médicales, à l'âge de vingt-quatre ans, il rejoignit l'équipe de la clinique psychiatrique de l'université de Iéna qu'il ne quittera plus jusqu'à la fin de sa carrière, à l'âge de soixante-cinq ans.

Toute sa vie de chercheur a été dominée par une idée en parfait accord avec les spéculations philosophiques de la fin du xixe siècle en Allemagne : la recherche passionnée des relations entre la pensée et son substrat matériel, le cerveau.

Dans une première série de recherches, Berger aborda le problème en étudiant le retard de développement des lobes occipitaux chez l'animal privé de vision, cherchant ainsi à démontrer que la modification d'une fonction suffit pour modifier le substrat cérébral qui la supporte. Mais, très rapidement, il abandonna cette approche psychophysique chez l'animal pour s'engager résolument dans la voie de la psychophysiologie, cherchant à corréler certains états psychoaffectifs de ses malades avec des particularités de leur fonctionnement cérébral objectivées par un enregistrement graphique.

Il s'adressa d'abord à la pléthysmographie puis à la thermographie, cherchant à corréler des variations de la circulation ou de la température du cerveau avec des variations de l'état mental ou affectif d'un sujet dans l'espoir de démontrer qu'une partie de l'énergie produite par le fonctionnement cérébral est disponible pour être transformée en énergie psychique. Mais ces recherches furent interrompues par la Première Guerre mondiale, puis par les responsabilités administratives de Berger lorsqu'il fut promu à la direction de la clinique psychiatrique de l'université de Iéna dont il devint ultérieurement le recteur.

C'est en 1924, à l'âge de cinquante et un ans, que Berger commença à explorer la possibilité d'enregistrer l'activité électrique du cerveau à partir d'électrodes placées sur le scalp. Il faut reconnaître que la foi, la passion et aussi une certaine naïveté technologique devaient habiter ce psychiatre pour lui faire entreprendre aussi folle gageure que d'enregistrer, à travers les méninges, le crâne et le scalp, des différences de potentiel de l'ordre de quelques dizaines de millionième de volt avec les piètres galvanomètres disponibles à l'époque, sans le moindre équipement d'amplification électronique ! Aussi fallut-il au pionnier cinq années d'efforts avant d'acquérir la certitude qu'il enregistrait bien une activité bioélectrique d'origine corticale et non pas des artefacts provoqués par la pulsation des vaisseaux, la contraction des muscles, le mouvement des yeux ou le tremblement de la tête ! C'est donc en 1929 seulement que Berger fit paraître sa première communication dans laquelle il décrivait le fameux et toujours célèbre rythme alpha constitué par des ondes sinusoïdales, répétées dix fois par seconde, qui disparaissent pour laisser place à un rythme beaucoup plus rapide et moins ample, le rythme bêta, lorsque l'attention du sujet est sollicitée. À la suite de cette communication historique qui marquait le début d'une discipline nouvelle, l'électro-encéphalographie, dont allait dépendre l'évolution des connaissances sur la pathologie cérébrale — notamment l'épilepsie — et les états de conscience altérée — notamment le coma, le sommeil et le rêve —, Hans Berger, dominé par ses préoccupations philosophiques, a publié en une dizaine d'années une vingtaine de communications tendant à faire du rythme alpha l'expression physiologique des processus spécifiquement psychiques alors qu'il n'est en réalité que le résidu électrique du métabolisme des neurones corticaux.

C'est l'abondance et la prolixité de ces communications, toutes présentées sous le même titre dans une même revue psychiatrique, à une époque de grave crise économique gênant les communications, dans une Allemagne déjà isolée du monde par le drame nazi, qui ont été responsables de l'indifférence, sinon de l'hostilité avec laquelle les neurophysiologistes ont accueilli la découverte de Berger. Découverte qui ne fut acceptée qu'en 1934, lorsque Adrian et Matthews, neurophysiologistes indiscutés, enregistrèrent à leur tour le rythme alpha. Découverte qui fut enfi [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : professeur de neurophysiologie clinique à la faculté de médecine de Marseille

Classification

Autres références

«  BERGER HANS (1873-1941)  » est également traité dans :

ÉLECTROPHYSIOLOGIE

  • Écrit par 
  • Max DONDEY, 
  • Jean DUMOULIN, 
  • Alfred FESSARD, 
  • Paul LAGET, 
  • Jean LENÈGRE
  •  • 17 320 mots
  •  • 14 médias

Dans le chapitre « Électro-encéphalographie »  : […] L' électro-encéphalographie est l'investigation électrophysiologique permettant d'enregistrer et d'analyser l'activité des générateurs bioélectriques cérébraux, telle qu'elle se manifeste au niveau des enveloppes cutanées du crâne (ou scalp). Le champ électrique créé par ces générateurs diffère selon les régions du scalp et varie constamment dans le temps. Il est capté par des couples d'électrod […] Lire la suite

NEUROLOGIE

  • Écrit par 
  • Raymond HOUDART, 
  • Hubert MAMO, 
  • Jean MÉTELLUS
  • , Universalis
  •  • 30 241 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Le XXe siècle et les neurosciences »  : […] À la sémiologie clinique traditionnelle les médecins associent peu à peu une sémiologie instrumentale. Dès la fin du xix e  siècle, des chercheurs travaillent dans cette voie. C'est l'entrée en scène des neurophysiologistes, qui s'intéressent aux structures histologiques, aux questions de physiologie et aux problèmes du fonctionnement du système nerveux. Un peu partout dans le monde, les travaux s […] Lire la suite

Pour citer l’article

Henri GASTAUT, « BERGER HANS - (1873-1941) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hans-berger/