GRÈCEDe la Grèce byzantine à la Grèce contemporaine

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quelques données-clés.
Nom officielRépublique hellénique (GR)
Chef de l'ÉtatEkaterini Sakellaropoulou (depuis le 13 mars 2020)
Chef du gouvernementKyriakos Mitsotakis (depuis le 8 juillet 2019)
CapitaleAthènes
Langue officiellegrec

L'évolution de l'État indépendant grec (1821-1922)

L'indépendance

La révolution grecque, un des chaînons des révolutions nationales-libérales qui éclatèrent l'une après l'autre, en Europe et en Amérique du Sud, et qui mettaient en cause le principe légitimiste de la monarchie absolue et des empires, malgré les difficultés militaires et les querelles intestines entre les diverses factions qui aspiraient à la diriger, avait réussi à résister pendant sept ans aux forces ottomanes supérieures, à créer des institutions étatiques sur le territoire libéré et à porter l'affaire grecque devant des instances internationales.

En effet, la persévérance dans la lutte armée et le puissant mouvement philhellène qu'elle suscita, expression du libéralisme européen, menaçaient l'entente fragile de la France et de l'Angleterre autour du principe légitimiste de la Sainte Alliance, d'autant plus que ces deux puissances étaient en complet désaccord sur la question d'Orient. Il a donc fallu en venir à un compromis pour régler la question grecque.

La pression exercée sur la Porte par la Triple Alliance (Angleterre, France, Russie) créée pour cette circonstance, qui se manifeste par la destruction de la flotte égyptienne à Navarin (1827), puis par la victoire de la Russie lors de la guerre russo-turque (1828-1829), finalement par l'habile manœuvre diplomatique de la Grande-Bretagne qui séparait la cause de la Grèce de la victoire russe, aboutit à la création d'un État grec indépendant, placé sous la « protection » des puissances alliées (traité de Londres 1830) et reconnu par la Porte (traité de 1832).

La création d'un État national hellénique, même avec des frontières exiguës ne comprenant qu'une petite partie de la nation grecque, fut, certes, une des premières victoires du principe des nationalités ; mais en même temps une défaite du mouvement libéral. Les puissances protectrices imposèrent en effet à ce nouvel État la monarchie absolue (1832) avec un monarque de leur choix, Otton Ier, prince bavarois, la première tentative sérieuse d'organisation de l'État grec sous une République présidentielle ayant échoué. Jean Capodistria, élu gouverneur par la IIIe Assemblée nationale (1827), avait soulevé l'opposition des notables, des éléments bourgeois et des intellectuels libéraux ; les conspirations qui se tramaient contre lui, favorisées par la France et surtout par l'Angleterre, qui se méfiaient de la politique de Capodistria, considérée comme trop favorable à la Russie, aboutirent à son assassinat.

Otton Ier de Grèce

Photographie : Otton Ier de Grèce

Fils de Louis Ier de Bavière, Otton fut désigné en 1832 par la conférence de Londres pour occuper le trône de Grèce. Il restera roi jusqu'en 1862, date à laquelle il fut renversé par les militaires. 

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Un État sous protection

L'administration du pays par des ministres bavarois et l'éviction du monde politique grec, l'absence de toute politique économique et sociale aboutissant à la dépendance économique totale envers les puissances protectrices et à la banqueroute des finances de l'État, des velléités d'application de la « grande idée » se manifestèrent sans proportion avec les forces du pays et rendues irréalisables par les rivalités des puissances protectrices, surtout par l'opposition de l'Angleterre.

L'opposition contre le système bavarois, considéré comme une occupation étrangère, devenait générale. Par un coup d'État de l'armée (3 sept. 1843), le roi fut obligé d'accorder une Constitution, de renvoyer les ministres bavarois et de former des gouvernements grecs. L'intervention de la Couronne dans la vie politique continua pourtant et la monarchie constitutionnelle devenait en fait une dictature royale.

La politique nationaliste, diversion aux problèmes aigus et insolubles, politique qui se traduisait dans les faits par les troubles provoqués par les « sociétés secrètes » patriotiques, l'action désordonnée des bandes armées aux frontières gréco-turques et les soulèvements contre l'Empire ottoman de la Thessalie, de l'Épire, de la Macédoine et de la Crète, surtout lors de la guerre de Crimée (1856) quand le monde orthodoxe tout entier était prêt à se ranger aux côtés de la Russie, toute cette agitation n'aboutit qu'à une série d'échecs et d'humiliations pour la Grèce : représailles du gouvernement turc contre les Grecs de l'Empire ottoman, brimades brutales de l'Angleterre (blocus du Pirée en 1850, occupation du Pirée en 1854, imposition d'une commission de contrôle économique).

La montée de la bourgeoisie, conséquence d'un premier essor économique constaté après la guerre de Crimée, la répercussion en Grèce des révolutions européennes de 1848, renforcèrent le mouvement libéral de l'opposition antidynastique encouragée par l'Angleterre qui, après le rapprochement d'Otton avec la Russie, avait décidé sa chute. C'est la bourgeoisie qui, attachée à l'Angleterre depuis la création de l'État grec et se défiant des velléités de mouvements populaires, prit la direction politique du mouvement contre Otton et, une fois encore, par une révolte de l'armée, destitua le roi (1862).

Le choix du prince Guillaume-Georges Glycksbourg de Danemark comme roi des Hellènes (oct. 1863) assurait à l'Angleterre sa prépondérance dans le royaume.

Le rôle assigné à la nouvelle dynastie, en effet, était de préserver la Grèce de toute « extravagance » politique intérieure et extérieure et d'harmoniser la politique extérieure du royaume avec la politique de la Grande-Bretagne en Europe orientale et en Méditerranée.

C'est ainsi que la vie politique intérieure de la Grèce jusqu'en 1910 est caractérisée par une lutte continue entre les vieilles castes oligarchiques qui entouraient et appuyaient à l'intérieur la Couronne et les éléments bourgeois renforcés par le nouvel essor économique de la Grèce, manifesté surtout à partir de 1875. Ces luttes aboutissaient à des compromis de courte durée qui permettaient néanmoins, malgré les interventions répétées de la Couronne, une libéralisation progressive du régime et une meilleure organisation de l'appareil étatique : imposition d'une Constitution (1864) d'un caractère plus libéral, instituant la démocratie monarchique, introduction, en 1875, du régime parlementaire selon lequel le roi était tenu de nommer un ministère ayant la confiance de la Chambre, une série de réformes administratives.

Le problème majeur restait pourtant la question nationale. C'est l'époque où la « grande idée » grecque va se heurter à celle des autres nations balkaniques qui revendiquaient, elles aussi, l'héritage de l'Empire ottoman dans les Balkans. Aussi, comme dans le passé, la politique nationale des peuples balkaniques reste plus que jamais conditionnée par la rivalité entre la Russie et l'Angleterre : la Russie qui, dans ses efforts pour consolider sa position dominante dans l'Empire ottoman et dans les Balkans, favorisait les mouvements nationaux balkaniques ; l'Angleterre qui, toujours fidèle au dogme de l'intégrité de l'Empire, essayait de les freiner.

Grèce moderne : formation territoriale

Dessin : Grèce moderne : formation territoriale

La constitution de l'État grec indépendant : visées expansionnistes et nationalistes. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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En effet, pendant la période qui précède et qui suit la guerre russo-turque de 1877-1878, période d'intense activité insurrectionne [...]

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Otton Ier de Grèce

Otton Ier de Grèce
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Grèce moderne : formation territoriale

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Exode grec d'Asie Mineure, 1922

Exode grec d'Asie Mineure, 1922
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Écrit par :

  • : docteur en droit, maître de conférences honoraire à l'université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense
  • : professeur agrégé à l'université d'Ottawa, Canada
  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (IVe section)

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Pour citer l’article

Jean CATSIAPIS, Dimitri KITSIKIS, Nicolas SVORONOS, « GRÈCE - De la Grèce byzantine à la Grèce contemporaine », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/grece-de-la-grece-byzantine-a-la-grece-contemporaine/