GLACIÈRE, architecture

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Avant la mise au point de la réfrigération artificielle, la glacière était une cavité en maçonnerie dans laquelle on entreposait la glace naturelle, récupérée en hiver sur les plans d'eau gelés, afin d'en disposer pendant la saison chaude pour rafraîchir des boissons, préparer des sorbets et surtout conserver des aliments. Simple excavation naturelle, utilisée vraisemblablement dès la préhistoire, la glacière devient pendant l'Antiquité un bâtiment architecturé de forme variable, au gré des particularités régionales. Cependant, quel que soit le type de glacière, trois éléments la composent obligatoirement : une cuve (maçonnée ou en bois), équipée d'un puisard ou d'une conduite destinée à évacuer les eaux de fusion ; un couvrement, charpenté ou maçonné ; et enfin une porte, ou plusieurs formant sas, orientées vers le nord et servant au chargement et à la récupération de la glace. À partir du milieu du xviiie siècle, la glacière est souvent intégrée à la composition d'un jardin et on lui ajoute alors de petites constructions pittoresques appelées fabriques.

Conservation de la glace dans une glacière type à couverture en coupole

Dessin : Conservation de la glace dans une glacière type à couverture en coupole

Conservation de la glace dans une glacière type à couverture en coupole (d'après François Blary). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Typologie

Les glacières, qui appartiennent à l'architecture vernaculaire, doivent être classées parmi les bâtiments d'utilité : à l'exception des glacières-fabriques qui seront évoquées plus loin, la conservation de la glace constitue en effet la seule nécessité de ces constructions, comme le montre bien leur typologie.

La glacière la plus courante est composée d'une cuve maçonnée enterrée, équipée d'un puisard permettant d'évacuer les eaux de fusion. Elle a généralement une forme tronconique ou cylindrique choisie parce que, à volume égal, elle offre à l'air une surface moindre ce qui limite au maximum la déperdition. Ce type de glacière est couvert d'une coupole maçonnée, parfois d'une simple voûte en tas de charge ou d'une charpente recouverte de chaume (à Versailles, les glacières du Grand Trianon cumulent ces deux types de couvrement). L'accès à la cuve s'effectue par une succession de portes de petites dimensions, formant sas, afin de limiter la pénétration de l'air chaud à l'intérieur de la cuve. Ces entrées sont orientées au nord pour éviter l'insolation de la glace. Pour les mêmes raisons, les glacières peuvent être entourées d'arbres donnant une ombre épaisse, des tilleuls par exemple, et l'extrados de la coupole est recouvert de terre formant monticule. Ce type de glacière est de loin le plus répandu en Europe occidentale.

Coupe des principales formes de glacières connues au XVIIe et au XVIIIe siècle

Dessin : Coupe des principales formes de glacières connues au XVIIe et au XVIIIe siècle

Coupe des principales formes de glacières connues au XVIIe et au XVIIIe siècle (d'après François Blary). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La glacière anglaise n'est qu'une variante luxueuse de la précédente et permet une conservation plus efficace du froid. Elle possède en effet une double cuve ainsi qu'une double coupole qui assurent une meilleure isolation, en particulier dans les régions humides où l'eau corrompt plus aisément la glace. L'implantation des glacières doit se faire de préférence dans un terrain sec et la glacière située sous la fontaine Montmartre (Paris, 1713) fut à cet égard un échec.

Les glacières américaines, enfin, largement répandues dans les pays froids (Scandinavie, Canada...) relèvent d'un type architectural plus simple. Construites en bois, leurs cuves doubles sont situées hors du sol et simplement protégées par des matériaux isolants. L'espace entre les deux cuves est comblé par de la paille ou de la sciure, ainsi que le recommande la Grande Encyclopédie à la fin du xixe siècle. La partie supérieure, percée de trous d'aération, de ce type de bâtiment répond aux climats des pays froids.

La capacité de ces différentes glacières varie en fonction de leur utilisation : si les glacières privées ont une capacité moyenne de cinquante mètres cubes, les glacières commerciales peuvent atteindre quatre mille mètres cubes, pour la plus grande des glacières du massif de la Sainte-Baume par exemple, et plusieurs dizaines de milliers de mètres cubes pour les grandes glacières urbaines de la fin du xixe siècle, comme la glacière du bois de Boulogne.

Les matériaux de construction varient selon les régions, mais il faut noter que l'emploi de la brique se limite, dans la plupart des cas, aux accès, aux contre-cuves ou au couvrement. La brique est en effet facile à poser, mais sa porosité l'empêche d'être utilisée pour la construction des cuves.

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Conservation de la glace dans une glacière type à couverture en coupole

Conservation de la glace dans une glacière type à couverture en coupole
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Coupe des principales formes de glacières connues au XVIIe et au XVIIIe siècle

Coupe des principales formes de glacières connues au XVIIe et au XVIIIe siècle
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Écrit par :

  • : enseignant-chercheur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Christophe MORIN, « GLACIÈRE, architecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/glaciere-architecture/