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DI STEFANO GIUSEPPE (1921-2008)

Imprévisible, irrésistiblement séducteur, Giuseppe Di Stefano fut certainement l'un des plus fascinants ténors di grazia de l'après-guerre, digne successeur de Beniamino Gigli et de Tito Schipa. Rudolf Bing, le redouté directeur du Metropolitan Opera de New York de 1950 à 1972, le qualifie dans son autobiographie de « chanteur le plus inégal avec lequel il me fut donné de travailler mais aussi l'un des plus superbement doués ». Abordant trop tôt et sans précaution des rôles excessivement lourds, Di Stefano causa en effet d'irrémédiables dommages à une voix rayonnante et mit un terme prématuré à une éblouissante carrière.

Giuseppe Di Stefano naît en Sicile à Motta Sant'Anastasia, près de Catane, le 24 juillet 1921. Ses parents, d'origine modeste – un carabinier devenu cordonnier, une couturière –, s'installent à Milan en 1927. Un moment tenté par la prêtrise, il chante dans une chorale mais ne commence véritablement à travailler sa voix qu'à 16 ans. Remarqué lors d'un concours de chant à Florence, en 1938, il prend à partir de 1939 des leçons auprès de deux barytons, Luigi Montesanto – créateur de Michele dans Il Tabarro de Puccini en 1918 – et l'illustre Mariano Stabile. La guerre interrompt son apprentissage et il est incorporé dans l'armée italienne. Sa hiérarchie le reconnaît rapidement inapte au service et le juge plus utile à son pays sur les planches que sous les drapeaux. Il se fait alors une réputation sous le nom de Nino Florio dans le monde de la variété avec des mélodies populaires siciliennes auxquelles il restera fidèle sa vie durant. Après la défaite, il se réfugie en Suisse, où il est un temps interné. Radio-Lausanne le repère à l'occasion d'un reportage effectué dans son camp, et obtient qu'il puisse reprendre ses études et participer à certaines de ses émissions.

Ses débuts officiels ont lieu en 1946, au Teatro Municipale de Reggio nell'Emilia, dans le rôle de Des Grieux (Manon de Massenet). Dès 1947, il triomphe à l'Opéra de Rome et à la Scala de Milan. Le Metropolitan Opera de New York l'appelle en 1948 pour incarner le Duc de Mantoue (Rigoletto de Verdi). Il s'y produira 112 fois jusqu'en 1965. Après avoir été en 1951 son partenaire à São Paulo dans La Traviata de Verdi, Giuseppe Di Stefano va lier sa destinée musicale à celle de Maria Callas, à la scène comme au disque. Suit une longue liste d'enregistrements réalisés en commun (la plupart sous la direction de Tullio Serafin) : Lucia di Lammermoor de Donizetti (Edgardo, 1953), I Puritani de Bellini (Arturo, 1953), Cavalleria rusticana de Mascagni (Turiddu, 1953), une mémorable Tosca de Puccini sous la direction de Victor De Sabata (Mario, 1953), Paillasse de Leoncavallo (Canio, 1954), Rigoletto de Verdi (le Duc de Mantoue, 1955), Il trovatore de Verdi (Manrico, sous la direction de Karajan, 1956), La Bohème de Puccini (Rodolfo, sous la direction d'Antonino Votto, 1956), Un ballo in maschera de Verdi (Riccardo, sous la direction de Votto, 1956), Manon Lescaut de Puccini (Des Grieux, 1957). Parmi les sommets atteints par cette association, il faut citer les Traviata à la Scala de Milan en 1955, dans une mise en scène de Luchino Visconti et sous la direction de Carlo Maria Giulini.

Giuseppe Di Stefano poursuit néanmoins sur les grands plateaux lyriques du monde entier – Vienne, Covent Garden de Londres, Paris, Chicago, Mexico, San Francisco – une brillante carrière indépendante. Il lègue deux enregistrements prestigieux du Requiem de Verdi : avec Herva Nelli, Fedora Barbieri et Cesare Siepi sous la direction d'Arturo Toscanini (1951), avec Elisabeth Schwarzkopf, Oralia Dominguez et Cesare Siepi sous la direction de De Sabatta (1954). Il retrouve dans les studios les partenaires les plus prestigieux : Victoria de Los Angeles (Madama Butterfly[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )