BÉCAUD GILBERT (1927-2001)

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Né à Toulon en 1927, François Silly a choisi le pseudonyme Bécaud (nom du deuxième époux de sa mère) vers vingt-cinq ans, à son retour des États-Unis. Un prénom étroitement hexagonal et un nom qui en américain signifie « stupide » se devaient d'être remplacés par le second prénom du chanteur, et un nom qui évoquait à la fois une célèbre confiserie de l'époque et le mot populaire qui désigne le baiser. Prestance, saine chevelure ornant un sourire de séducteur méditerranéen, pointe d'accent du Midi, tout était réuni pour une brillante carrière.

Gilbert Bécaud suit d'abord les étapes traditionnelles de la vie d'artiste : les pianos-bars, le Conservatoire, les musiques pour les courts-métrages, et plus tard les cabarets parisiens. Jacques Pills l'engage comme accompagnateur : c'est avec lui qu'il se rend aux États-Unis. Il en rapportera le goût du show et l'énergie des vedettes de music-hall, dont certaines (Frank Sinatra notamment) interpréteront en anglais plusieurs de ses chansons. Édith Piaf, qui épousera Pills en 1952, le remarque et interprète Je t'ai dans la peau. C'est le début d'un immense succès. Pourtant, les paroles des quatre cents chansons qu'interprétera Bécaud sont pour la plupart de Maurice Vidalin, Pierre Delanoë et Louis Amade. Le chanteur est moins auteur-compositeur que vedette. Il impose une voix et un jeu de scène, efficaces et chaleureux. Il cultive les gestes et les objets fétiches, brutalisant les pianos, arborant une cravate à pois qui rehausse sa chemise impeccablement blanche et son costume bleu, portant sa main en conque sur l'oreille... Le tout renouvelle la chanson de variétés, en même temps que son ami Charles Aznavour avec qui il signe Méqué méqué ou C'est merveilleux l'amour (1958).

Bécaud est synonyme d'énergie, même si le surnom de « Monsieur 100 000 volts » s'imposa en partie sur un malentendu : si, lors de son concert de 1954, la salle de l'Olympia fut dévastée, ce n'était pas seulement parce que le chanteur avait libéré l'enthousiasme de ses fans, mais aussi parce que 2 000 spectateurs n'avaient pas trouvé la place qu'ils avaient espérée. Reste que sa présence bouillonnante, notamment sur la scène de cet Olympia où il devait faire trente-trois passages, tranche avec le jeu statique des artistes de l'époque. Elle ne fut dépassée que par celle des rockers qui allaient mettre dans la chanson une violence étrangère à l'interprète de Il fait des bonds... le pierrot qui danse (1957) ou des Marchés de Provence (1957). Il n'y eut pourtant pas de guerre déclarée entre la génération du baby-boom et Gilbert Bécaud. C'est même lui qui composa en 1960 Âge tendre et tête de bois, l'indicatif de l'émission télévisée animée par Albert Reisner, et qui s'adressait directement aux teen-agers. Certaines de ses chansons évoquent ces années où la France s'emploie à oublier l'après-guerre : la fantaisie et l'optimisme de l'artiste rejoignent un consumérisme insouciant, qui gagne du terrain sur la crispation idéologique. La flânerie dominicale sur les terrasses d'Orly (Dimanche à Orly, 1963) n'est pas sans rapport avec le développement d'un des plus grands aéroports du monde, à un moment où l'aviation française est en plein essor. L'amourette de Nathalie (1964) n'est possible que sur cette place Rouge vide de Soviétiques avec lesquels le gaullisme a su amorcer une forme de détente. Tu le regretteras (1965) est d'ailleurs un hommage au général de Gaulle, qui avait renoncé à l'Algérie française trois ans auparavant. Bécaud se lança également dans l'écriture d'un opéra (L'Opéra d'Aran, 1962), et d'une comédie musicale (Madame Rosa, 1986) à partir de La Vie devant soi d'Émile Ajar, qui rencontrèrent un vrai succès à Broadway.

Retenons la création d'un personnage dont le goût pour la théâtralisation, détonant mélange de sincérité et de cabotinage, a su exprimer l'amour de la vie, le bonheur ou l'amertume de l'amour (Mes Mains, Et maintenant...). À la différence des chanteurs-poètes qui ont interprété leurs propres textes comme Brassens, Brel ou Ferré, à la différence aussi de ceux qui n'existent que par leur seule voix, Bécaud fut d'abord un exceptionnel mélodiste, capable de transformer des thèmes conventionnels (Quand il est mort le poète, 1965 ; La Corrida, 1956) ou étrangement banals (Le Jou [...]

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Pour citer l’article

Michel P. SCHMITT, « BÉCAUD GILBERT - (1927-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gilbert-becaud/