BASILE GIAMBATTISTA (1575-1632)

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Napolitain engagé dans l'armée vénitienne, c'est lorsqu'il se trouvait en garnison dans l'île de Candie, que Giambattista Basile fut admis à l'Académie des extravagants, fondée par le noble vénitien Andrea Cornaro. Rentré dans sa patrie en 1608, il ne quittera plus le territoire de Naples que pour un séjour de quelques mois à Mantoue en 1612-1613. À partir de 1615, il est chargé de divers postes de gouverneur : Avellino, Aversa, et Giugliano, petite ville de Campanie où il mourra.

Basile se révèle un poète fécond. Il écrit Les Pleurs de la Vierge (Il Pianto della Vergine, 1608) ; Madrigaux et odes (Madrigali e ode, 1609) ; Églogues amoureuses (Egloghe amorose, 1612) ; Vénus affligée (Venere addolorata, 1612), un drame en cinq actes, etc. Il procure aussi des éditions de quelques poètes célèbres du xvie siècle : celles des poésies de Pietro Bembo (1616), de Della Casa (1617) et la première édition des poésies de son compatriote Galeazzo di Tarsia (1617). À partir de 1620, sa production poétique en langue italienne diminue. Il compose encore des poésies occasionnelles, quelques poèmes d'inspiration mariniste, comme L'Aretusa ou Il Teagene (1637), et un poème héroïque qui ne sera publié que quelques années après sa mort. Mais, dans la dernière partie de son existence, il s'affirme surtout comme écrivain dialectal, d'abord dans un recueil d'églogues intitulé Les Muses napolitaines (Le Muse napoletane, dont la première édition connue date de 1635), puis dans ce qui sera son maître ouvrage : Le Conte des contes (Lo Cunto de li cunti overo lo Trattenemiento de' peccerille, qui connut une édition posthume en 1634-1636).

Plus que dans ses poésies en langue italienne, où l'imitation pédante des poètes du xvie siècle alterne avec la rhétorique ampoulée du marinisme, Basile se révèle un grand écrivain dans ses œuvres en dialecte napolitain : dans Les Muses napolitaines, ouvrage inspiré de la poésie de son compatriote G. C. Cortese, où, dans un tourbillon de mots et d'images, il campe avec bonheur un certain nombre de silhouettes et d'épisodes colorés de la vie populaire napolitaine ; mais surtout dans Le Conte des contes, recueil de cinquante contes populaires narrés en cinq journées (d'où le titre de Pentaméron qu'on lui donnera plus tard) par dix femmes du peuple.

Dans ce schéma directement inspiré de celui du Décaméron de Boccace, Basile coule quelques-uns des chefs-d'œuvre les plus connus du folklore mondial, Cendrillon, La Belle au bois dormant (pour leur donner les titres que Perrault rendra ensuite célèbres) ainsi que l'histoire de Gagliuso et de sa chatte, que Perrault transformera plus tard en son Chat botté. La chatte que le jeune Napolitain Gagliuso a reçue en héritage se rend chaque matin au marché, où elle chaparde quelques poissons qu'elle apporte au roi de la part de son maître. D'autres fois, elle suit des chasseurs et s'empare du gibier tué pour le donner au roi. Le jour où le souverain manifeste le désir de connaître le généreux Gagliuso, la chatte raconte que les servantes de ce dernier se sont enfuies, emportant jusqu'à sa chemise. Revêtu d'habits d'apparat prêtés par le roi, Gagliuso se rend au palais. En raison de ses maladresses, la chatte peine à le faire reconnaître comme un riche seigneur et, finalement, propose elle-même au roi de visiter les terres de son maître. Précédant le cortège, elle annonce aux gardiens de troupeaux rencontrés que des bandits arrivent, et leur conseille de déclarer qu'ils sont au service de Gagliuso. Une fois la richesse de Gagliuso reconnue, ce dernier épouse la princesse, la dot lui servant à acheter un domaine en Lombardie et à devenir ainsi un authentique seigneur. Gagliuso remercie la chatte de ses bienfaits et promet, à sa mort, de la faire embaumer et de la garder près de lui dans une cage en or. Mais quelques jours plus tard, lorsque la chatte feint d'être morte, Gagliuso ordonne que son cadavre soit jeté par la fenêtre. La chatte, alors, après une violente diatribe contre l'ingratitude, part et disparaît à jamais.

Le résumé qui précède fournit un exemple du moralisme volontiers débonnaire dont Basile assaisonne la plupart de ses contes. Il ne saurait rendre compte de l'extrême exubérance du langage de l'auteur. Homme cultivé, Basile ne [...]

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Pour citer l’article

Paul LARIVAILLE, « BASILE GIAMBATTISTA - (1575-1632) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/giambattista-basile/