DIETERLEN GERMAINE (1903-1999)

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Au sein de l'école d'ethnologie française, le nom de Germaine Dieterlen – avec ceux de Solange de Ganay, Marcel Griaule, Michel Leiris, Deborah Lifchitz, Denise Paulme, André Schaeffner – est inséparable de la haute histoire des recherches menées depuis les années 1930 chez les Dogon de l'ancien Soudan français, l'actuel Mali.

Née à Paris en 1903 dans une famille protestante cévenole, Germaine Dieterlen découvre l'ethnologie en travaillant au musée d'Ethnographie du Trocadéro comme collaboratrice bénévole auprès de Georges Henri Rivière, alors chargé par Paul Rivet de concevoir ce qui deviendra le musée de l'Homme. En 1931, elle rencontre Marcel Griaule. Élève de Marcel Mauss, spécialiste de l'Abyssinie, Griaule met alors la dernière main à la préparation de la Mission Dakar-Djibouti (mai 1931-février 1933). Membre de la quatrième (Sahara-Cameroun, 1936-1937), puis de la cinquième (Niger-Lac Iro, 1938-1939) mission Griaule, Germaine Dieterlen conduit ses premières enquêtes sur les Dogon lors de son deuxième séjour en Afrique. De retour en France, elle entreprend l'exploitation de ses matériaux en même temps qu'elle parachève sa formation universitaire. En 1938, Griaule publie Masques dogons et Jeux dogons ; suivent en 1940 Organisation sociale des Dogons, de Denise Paulme, en 1941, Les Devises des Dogons, de Solange de Ganay, et Les Âmes des Dogons de Germaine Dieterlen.

Interrompues par la guerre, les recherches sur les populations du Soudan français reprennent dès 1946 (sixième mission Griaule). Après deux années passées à l'Office de la recherche scientifique coloniale, Germaine Dieterlen entre en 1948 au Centre national de la recherche scientifique. Désormais, elle retournera presque chaque année sur ses terrains de prédilection : chez les Dogon de Sanga, mais aussi chez leurs voisins proches ou lointains, ainsi chez les Bambara de Ségou, auxquels est consacrée sa thèse principale de doctorat d'État (1948), Essai sur la religion bambara, qui paraît en 1951. Directeur de recherche au C.N.R.S., directeur d'études à la Ve section (sciences religieuses) de l'École pratique des hautes études, responsable d'un groupe de recherche du C.N.R.S. (1969-1972) puis directeur du laboratoire Systèmes de pensée en Afrique noire (C.N.R.S.-E.P.H.E.), fondé en 1973, secrétaire générale de la Société des africanistes à partir de 1957 et pour de nombreuses années, bientôt appelée à des postes de responsabilité au sein de l'Institut international africain (Londres), Germaine Dieterlen, à partir des années 1960, occupe une place de tout premier plan dans sa discipline.

Marcel Griaule est mort en 1956, à l'âge de cinquante-huit ans, sans qu'ait été achevée, loin s'en faut, l'ample présentation synthétique de la pensée cosmogonique dogon à laquelle il travaillait en étroite relation avec Germaine Dieterlen. C'est en 1965 que paraît sous la signature de Marcel Griaule et de Germaine Dieterlen le premier volume du Renard pâle, plus précisément le premier fascicule, « La Création du monde », du premier tome, Le Mythe cosmogonique, du grand œuvre en devenir, dont la rédaction sera poursuivie mais non achevée. Il est vrai que bien d'autres tâches vont accaparer Germaine Dieterlen au long des trois décennies à venir. De 1967 à 1974, sur le Plateau dogon, les cérémonies du sigi déploient leurs fastes : à cette occasion Jean Rouch et Germaine Dieterlen ne co-réalisent pas moins de sept films, de Sigi 1967 à Sigi 1973-1974. En octobre 1971, à Paris, sous l'égide du C.N.R.S., Germaine Dieterlen organise un colloque international sur La Notion de personne en Afrique noire, qui va donner forme à un nouveau domaine de recherche.

En 1973, Michel Cartry recueille le double héritage intellectuel de la chaire et de la direction de laboratoire, mais l'activité de Germaine Dieterlen ne se ralentit pas pour autant, comme en témoignent les publications, les interventions, et toujours de nombreux projets : en 1992 encore, à propos de l'ouvrage L'Empire du Ghana, qui vient de paraître, on peut lire dans une dédicace : « C'est un début... »

Il n'est pas temps d'essayer de dresser un bilan d'une œuvre plus diverse qu'on ne le dit souvent et dont la part inédite est certainement très importante. L'une des clés de cette œuvre est peut-être fournie par le titre d'ensemble que Germaine Dieterlen a donné à deux de ses plus anciens (1955, 1959) mais aussi de ses plus importants articles : Mythe et organisation sociale au Soudan français. Le mode d'organisation d'une société y est présenté comme surdéterminé par une sorte de dispositif émanant d'un savoir mythique partagé, une pensée du monde et de la personne que transmettent la parole et le langage des signes, le rite ménageant la possibilité d'un passage entre l'univers du mythe et celui des pratiques sociales.

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Pour citer l’article

Michel IZARD, « DIETERLEN GERMAINE - (1903-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/germaine-dieterlen/