HABACHE GEORGES (1924-2008)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La vie de Georges Habache résume, à elle seule, l'histoire des mouvements de la gauche palestinienne qui adoptent un positionnement de distance critique à l'égard de l'Organisation de libération de la Palestine (O.L.P.) de Yasser Arafat, ainsi que de sa principale formation politique, le Fatah. Elle est entièrement associée au Front populaire de libération de la Palestine (F.P.L.P.) qu'il a fondé en 1967 et dirigé jusqu'en 2000.

Georges Habache est né en 1926 à Lydda (aujourd'hui Lod en Israël). Il est issu d'une famille palestinienne de rite chrétien orthodoxe appartenant à la classe moyenne. Il a vingt-deux ans en 1948, lorsque la première guerre israélo-arabe éclate et que ses parents sont contraints de quitter précipitamment la Palestine. Étudiant en médecine à Beyrouth, il se retrouve interdit de « retour » dans sa patrie d'origine. Cet épisode est au cœur de son engagement politique.

En 1951, il fait partie des cofondateurs du Mouvement des nationalistes arabes (M.N.A.) qui défend l'idée que la libération de la Palestine passe par l'unité arabe, la mobilisation du peuple et la lutte armée. En 1958, la création de la République arabe unie – qui fédère les régimes égyptien et syrien plutôt sous la houlette de Nasser, leader de la Ligue arabe – sécrète, chez lui, l'espoir d'une « revanche » arabe prochaine. Mais la sévère défaite militaire essuyée par les gouvernements arabes face à Israël en 1967 fragilise la position du raïs égyptien et l'idée même du panarabisme. Habache considère, dès lors, que seule la mobilisation des Palestiniens peut assurer la récupération de la terre patrie. Il crée le Front populaire de libération de la Palestine dans cette optique.

Le F.P.L.P. est un mouvement nationaliste, d'inspiration marxiste, qui acquiert une « renommée » internationale à la fin des années 1960 en pratiquant des détournements d'avions de ligne. Ceux-ci répondent à deux objectifs : faire connaître la « cause » palestinienne à l'extérieur ; négocier auprès d'Israël des libérations de prisonniers politiques. Georges Habache soutient ces opérations militaires sans y participer. En revanche, il est de toutes les luttes qui agitent les régimes politiques abritant de fortes populations de réfugiés palestiniens, comme en Jordanie en 1970 ou au Liban en 1982.

Plus généralement, le positionnement de Georges Habache et de sa formation politique ne se comprend que rapporté à son antagonisme avec Yasser Arafat et sa faction, le Fatah. En 1974, Habache constitue un « Front du refus » pour s'opposer à l'évolution dogmatique de l'O.L.P. qui fait désormais de la proclamation d'un État sur une partie du territoire revendiqué sa priorité. Il rejette également les rapprochements intempestifs (quoique intermittents) de Yasser Arafat avec les régimes jordanien et égyptien, qu'il juge trop liés aux États-Unis, défenseurs « naturels » d'Israël dans la région. Il critique enfin la direction personnelle de Yasser Arafat et l'absence de concertation au sein de la centrale palestinienne. La signature des accords de paix entre Israël et l'O.L.P. en 1993 achève de placer Habache dans le camp de l'opposition. Celui-ci considère, en effet, que ces accords marginalisent les réfugiés palestiniens, dont il fait partie. Il juge, par ailleurs, que seule la création d'un État binational attribuant des droits égaux aux populations juives et arabes est à même d'apporter une paix durable dans la région. Pour autant, il préfère rester au sein de l'O.L.P., de manière à contrôler – de l'intérieur – les évolutions stratégiques et idéologiques de cette organisation. Cette position garantit aussi, selon lui, la préservation de l'unité nationale.

Contestataire critique, George Habache sait faire preuve de pragmatisme politique. En 1972, devant l'incompréhension des opinions publiques occidentales face aux tactiques de lutte du F.P.L.P., il annonce publiquement que celui-ci renonce à pratiquer des détournements d'avions de ligne. En 2000, à la demande de la majorité des membres du bureau politique de sa formation, il accepte de transférer une partie de la direction du mouvement de Damas vers les Territoires palestiniens. Ce transfert, qui entérine, selon lui, des accords de paix qu'il rejette, complète le processus de territorialisation de l'O.L.P. engagé par Yasser [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : maître de conférences habilitée à diriger des recherches, Sciences Po Aix

Classification

Autres références

«  HABACHE GEORGES (1924-2008)  » est également traité dans :

JORDANIE

  • Écrit par 
  • Philippe DROZ-VINCENT, 
  • Philippe RONDOT
  •  • 19 647 mots
  •  • 16 médias

Dans le chapitre « Le poids des Palestiniens »  : […] Les conséquences de la guerre de juin 1967 sont catastrophiques pour la Jordanie. Elle perd sa province la plus riche économiquement, réduisant le royaume à une Transjordanie aux trois quarts désertique. Deux cent mille nouveaux réfugiés viennent rejoindre ceux de 1949, faisant de la population de la rive orientale une population à majorité palestinienne (56 p. 100). L'intégration, malgré l'effor […] Lire la suite

PALESTINIENNE AUTORITÉ

  • Écrit par 
  • Olivier CARRÉ, 
  • Aude SIGNOLES
  • , Universalis
  •  • 28 724 mots
  •  • 18 médias

Dans le chapitre « Les Palestiniens dans la crise du Golfe et dans les négociations israélo-arabes de paix (1990-1994) »  : […] Comme le reconnaissent quelques intellectuels palestiniens, tel Walid Khalidi, et quelques acteurs politiques de premier plan, tel Abou Iyad qui paya de sa vie le 15 janvier 1991 à Tunis son point de vue, l'implication de l'O.L.P. aux côtés de l' Irak dans la crise du Golfe d'août 1990 à février 1991 représente l'un des plus cuisants revers palestiniens. Mais il en résulte aussi le vaste réseau d […] Lire la suite

Pour citer l’article

Aude SIGNOLES, « HABACHE GEORGES - (1924-2008) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/georges-habache/