FRANCEL'année politique 2004

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Une droite non stabilisée

Ces difficultés de l'action gouvernementale sont pour partie liées au malaise de la droite. Certes, celui-ci est inséparable d'un problème de personnes, mais il ne s'y réduit pas. C'est d'abord, le pari gagné par François Bayrou de maintenir une U.D.F. indépendante, qui n'enregistra guère de défections au sein de ses rangs après la création du grand parti d'Alain Juppé ; capable de tenir tête à une U.M.P. largement majoritaire sans être réellement hégémonique, elle s'est constituée en instance de surveillance critique du gouvernement. Ensuite, la faiblesse de l'U.M.P. en termes d'apport doctrinal pour le gouvernement donna l'impression d'un certain flottement quant à l'orientation de la droite. Parfois tentée par un libéralisme plus manifeste (en matière fiscale, de droit du travail, de protection sociale), la droite manifeste aussi son refus de réformes trop radicales et sait faire preuve d'une sensibilité plus sociale, encouragée par le président de la République. Au sein du gouvernement comme du groupe parlementaire U.M.P., des penchants divers, sinon incompatibles, cohabitent. Par ailleurs, les difficultés personnelles d'Alain Juppé, condamné en 2004 en première instance à dix ans d'inéligibilité et dix-huit mois de prison avec sursis – peine finalement réduite en appel, en fin d'année, à un an d'inéligibilité et quatorze mois avec sursis – dans l'affaire des « emplois fictifs » de la mairie de Paris, affaiblirent d'autant plus l'U.M.P. que son président avait clairement annoncé sa volonté, en tout état de cause, d'abandonner sa charge au Congrès du 28 novembre en même temps que ses mandats électifs.

Si elle n'est pas une surprise, l'élection de Nicolas Sarkozy à cette occasion laisse encore ouvertes les interrogations sur l'avenir de la droite. Si sa maîtrise de la communication l'a rendu populaire dans l'électorat de droite et chez un grand nombre de militants, le dirigeant ne fait pas pour autant l'unanimité dans sa famille politique en 2004. Les fidèles de Jacques Chirac n'oublient pas le soutien accordé à Édouard Balladur en 1995 et ses critiques répétées envers son mentor en politique. Certains escomptent encore que le président se présentera une troisième fois en 2007 ou guettent un accident de parcours de Nicolas Sarkozy, d'autant plus volontiers que certaines de ses thématiques – la discrimination positive, la révision de la loi de 1905 sur la laïcité, un discours parfois jugé trop libéral – ou son style même paraissent éloignés des traditions de la droite française. Le président de la République peut aussi participer à l'évolution des positions de son propre camp : ainsi, en prenant parti pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne si elle en remplit toutes les conditions, il prend à contre-pied son parti d'origine et son électorat. Une autre inconnue reste l'évolution de l'extrême droite : si elle paraît divisée dans la perspective de la succession de Jean-Marie Le Pen, notamment entre la fille de celui-ci et Bruno Gollnisch, faisant apparaître aussi des contestations locales (autour notamment de Jacques Bompard, maire d'Orange), ses scores continuent de perturber le jeu politique classique.

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France : élections régionales de 2004

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France : élections régionales (1986-2004)

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France : composition des conseils régionaux (1992-2004)

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France : élections cantonales (1988-2004)

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  • : président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique

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Pour citer l’article

Nicolas TENZER, « FRANCE - L'année politique 2004 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-l-annee-politique-2004/