FRANCEL'année politique 2004

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Un gouvernement malmené

Les déboires électoraux de la droite – qui alimentèrent en retour de fortes critiques à l'encontre du Premier ministre, jusqu'au sein de son propre camp – trouvent leur cause dans l'insatisfaction ressentie envers le gouvernement dirigé par Jean-Pierre Raffarin. Si l'on excepte les gouvernements d'Édith Cresson et d'Alain Juppé, le taux de mécontentement à l'égard de Matignon atteignit des niveaux records dans l'opinion. Selon les baromètres publiés chaque mois par T.N.S. Sofres, alors que 40 p. 100 des Français ne faisaient pas confiance au Premier ministre en décembre 2002 (contre 53 p. 100 qui lui faisaient confiance), ils étaient 69 p. 100 en décembre 2003 (contre 29 p. 100), le taux culminant à 72 p. 100 en mai 2004 pour atteindre encore 70 p. 100 en décembre. Envers le président de la République, ce même taux dépasse également le plus souvent 60 p. 100 au cours de l'année 2004 (65 p. 100 en mai), démentant l'idée courante que, sous la Ve République, l'impopularité du chef de gouvernement polarise les griefs et préserve la popularité du « monarque républicain ». Cette défiance accompagne le pessimisme des Français qui ont majoritairement le sentiment que « les choses ont tendance à aller plus mal ».

Dans ce contexte, jusqu'au remaniement limité de fin novembre consécutif au départ de Nicolas Sarkozy du gouvernement, l'incertitude a été permanente en 2004 quant au départ ou au maintien de Jean-Pierre Raffarin à la tête du gouvernement, ces rumeurs affaiblissant la position du Premier ministre, en butte par ailleurs au manque de discipline de certains ministres et aux critiques, parfois ouvertes, de membres importants du parti majoritaire, notamment de Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale et réputé proche de Jacques Chirac. Une distance à son égard a pu apparaître également dans les propos du président lors de son entretien télévisé du 1er avril 2004 consécutif au premier remaniement décidé dans la foulée de l'échec de la droite aux régionales et aux cantonales. Au-delà du départ de plusieurs membres du gouvernement – notamment Francis Mer (auquel succède à Bercy Nicolas Sarkozy, lui-même remplacé à l'Intérieur par Dominique de Villepin), Jean-François Mattei, Jean-Jacques Aillagon, Luc Ferry, Roselyne Bachelot, Jean-Paul Delevoye –, l'Élysée a clairement critiqué l'action du précédent gouvernement Raffarin sur des dossiers importants (recherche, allocation spécifique de solidarité, intermittents du spectacle, assurance-maladie) et demandé une réorientation, accréditant l'idée d'un Premier ministre « en sursis ». Il devait, en fait, tenir jusqu'au référendum de mai 2005 sur la notification du traité constitutionnel européen.

Au cours de cette année 2004, si la réforme de l'assurance-maladie devait être acceptée sans remous majeurs, l'assouplissement des 35 heures ne fut pas décidé sans discordes au sein de la majorité et du gouvernement. Les allers-retours sur certains dossiers, notamment en matière d'environnement, et certains conflits entre des ministres importants (Michèle Alliot-Marie à la Défense, Dominique de Villepin à l'Intérieur, Jean-Louis Borloo à l'Emploi, au Travail et à la Cohésion sociale) et le nouveau ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Nicolas Sarkozy, voire entre le chef de l'État et ce dernier, alimentèrent la chronique politique jusqu'au départ du patron de Bercy pour la présidence de l'U.M.P., sans que ce départ apparaisse comme un facteur probable de pacification. Le groupe parlementaire U.M.P. devait également avoir des différends (sur la décentralisation et sur la fiscalité notamment) avec le Premier ministre, sans pour autant faire figure de force de proposition suffisamment solide pour éclairer l'action gouvernementale à moyen terme.

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France : élections régionales de 2004

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France : élections régionales (1986-2004)

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France : composition des conseils régionaux (1992-2004)

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France : élections cantonales (1988-2004)

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  • : président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique

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Pour citer l’article

Nicolas TENZER, « FRANCE - L'année politique 2004 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-l-annee-politique-2004/