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FOLIE, architecture

Dans la seconde moitié du xviiie siècle, la folie désigne une maison de plaisance que se faisaient construire l'aristocrate, le financier ou l'actrice, généralement aux alentours de Paris. Elle répondait dans sa destination et dans sa conception à un caprice de courtisan, qui se faisait un jeu de bâtir l'une de ces maisons dans un laps de temps très court, comme par une sorte de défi de l'argent au temps. Ces maisons furent parfois l'objet d'un pari ou d'une rivalité entre princes. Ainsi, la folie de Bagatelle (dont le nom exprime à lui seul une forme de défi), construite en soixante-quatre jours (en 1777), fut l'objet d'un pari entre le comte d'Artois et la reine : il lui soutint que « Bagatelle » serait édifié pendant le voyage du roi à Fontainebleau ; et le pari fut tenu, grâce à l'architecte Bélanger, spécialiste de ces constructions.

Hameau rustique - crédits : Peter Willi/  Bridgeman Images

Hameau rustique

Au niveau fonctionnel, les folies répondent parfaitement à leur destination de réunions intimes et galantes. Elles concilient en effet les besoins d'intimité et le désir de raffinement. Extérieurement, elles sont sobres, élégantes, parfaitement adaptées au dernier goût du néo-classicisme naissant (emploi de l'ordre dorique). La disposition intérieure des pièces, de proportions réduites, obéit à cette même exigence d'intimité : multiplication des salons, boudoirs, alcôves et salles de bains-salons, raffinement de la décoration (boiseries, ameublement somptueux). Il faut noter le soin apporté aux jardins, le désordre naturel apparent et composé dont ils sont l'objet : îles de magnolia, cavernes en mousse, allées sinueuses, kiosque chinois et petits temples entourent par exemple la folie Saint-James, que B. de Saint-James fit construire face à Bagatelle pour se poser en rival du comte d'Artois. Marie-Antoinette raffola de ces caprices que son architecte attitré Mique réalisa pour elle : Hameau de Trianon, le temple de l'Amour et le Belvédère.

Mais ce qui apparaît comme le comble de la « folie », ce sont les baraques féeriques de Versailles : constructions légères, en bois, enlevées aussitôt qu'élevées, à l'occasion des bals de la reine. Sous Louis XV déjà, on éleva ainsi, pour le mariage du dauphin, des salles de bois dans les manèges des Écuries pour les bals. Mais ce ne fut qu'à partir de 1785 qu'on dressa dans la cour Royale des baraques plus importantes. Luxueuses, elles répondaient à plusieurs impératifs : salle de bal, buffet, vastes cabinets de toilette et garde-robes pour les femmes, pièce pour les livrées. Plus tard, on y adjoignit des salles de jeux et une salle à manger pour le souper de la famille royale. L'un des architectes les plus sollicités fut Pierre Adrien Pâris, qui imagina également des décors à base d'arabesques, de rinceaux, de frises et de trophées guerriers. Les murs intérieurs étaient tapissés de tentures de damas, de soieries. On construisit des baraques en forme de tente turque dont il reste des exemples en dur en Suède à Drottningholm et Haga.

Les nombreuses aquarelles de Pâris (à la bibliothèque de Besançon) restituent la légèreté, la fantaisie de ces constructions éphémères qui constituent avec les folies de Bélanger et de Mique le reflet d'une société fondée sur le caprice et le défi permanent du luxe.

— Cariss BEAUNE

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Pour citer cet article

Cariss BEAUNE. FOLIE, architecture [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Média

Hameau rustique - crédits : Peter Willi/  Bridgeman Images

Hameau rustique

Autres références

  • BÉLANGER FRANÇOIS-JOSEPH (1744-1818)

    • Écrit par
    • 675 mots

    Protégé du comte de Caylus, disciple de David-Leroy et de Contant d'Ivry, Bélanger échoue au concours de l'Académie d'architecture (1765). Renonçant définitivement à cette distinction, il gagne l'Angleterre où il fait la connaissance de lord Shelburne pour qui il exécutera...

  • TSCHUMI BERNARD (1944- )

    • Écrit par et
    • 1 446 mots

    Fils de l'architecte suisse Jean Tschumi (1904-1962), qui avait été formé à l'école des Beaux-Arts de Paris, Bernard Tschumi est né à Lausanne en 1944. Son enfance se déroule à Paris, il étudie à Lausanne puis à l'E.T.H., école polytechnique de Zurich, dont il est diplômé...

  • VILLA, histoire

    • Écrit par , , et
    • 2 463 mots
    • 8 médias
    ...extraordinaire de variations « palladiennes ». En France, où le château domine toujours la construction des demeures, c'est seulement dans le parti léger des « folies » comme celle de Bagatelle par Bélanger (1775), ou dans des bâtiments annexes comme le logis de l'abbé à Royaumont par Le Masson (1785) qu'on...