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FED (Federal Reserve System ou Système fédéral de réserve américain)

La banque centrale des États-Unis

Pour devenir pleinement banque centrale, le F.R.S. se doit de concevoir et de définir une politique monétaire. Il s'engage plus avant dans cette voie en se dotant d'une analyse originale du mécanisme monétaire et d'un instrument nouveau, les opérations d'open market. Encore faut-il qu'il parvienne à repousser les prétentions du Trésor à définir la politique monétaire selon ses propres objectifs. Le Fed n'y réussit qu'en 1951.

Le conflit entre le Fed et le Trésor

Dans la mesure où le Trésor cesse d'être sa propre banque, comme dans le Système bancaire national de 1863, les banques fédérales de réserve sont amenées à remplir ce rôle. L'objectif principal du Trésor est de placer les émissions primaires de titres de dette fédérale et de refinancer les dettes échues au moindre coût possible. Le Trésor doit aussi se ménager un accès permanent au marché secondaire des titres publics afin, éventuellement, de pouvoir soutenir les cours. Dès 1917, le secrétaire au Trésor impose à la Réserve fédérale d'acheter des titres publics à des taux inférieurs aux taux d'intérêt du marché. Il demande aussi aux banques fédérales de réserve d'escompter à des taux favorables les titres publics détenus par les agents et les banques du secteur privé, et d'accueillir dans des conditions avantageuses leurs demandes d'avances garanties par des titres publics. Ces éléments forment la Bank borrow-and-buy policy, la politique des achats-ventes de la Banque, une des premières lignes de conduite imposées au Fed par le Trésor.

La subordination du F.R.S. au Trésor se confirme clairement à l'occasion du financement de la dépense publique pendant la Seconde Guerre mondiale puis la guerre de Corée. Quand le Trésor, désireux de limiter le coût de ses emprunts, impose un barème de taux d'intérêt fixes sur les émissions de titres fédéraux (de 3/8 p. 100 pour les bons à 90 jours à 2,5 p. 100 pour les obligations à vingt-cinq ou trente ans), le F.R.S. est supplanté dans sa mission de définition et de conduite de la politique monétaire. Il n'est plus possible de mener des opérations d'open market, dans la mesure où les taux d'intérêt du marché secondaire dépendent étroitement des taux administrés du marché primaire. Par ailleurs, l'inflation courante, dont le taux est plus élevé que les taux d'intérêt nominaux, rend négatifs les taux réels, ôtant tout attrait aux placements en titres.

Au terme d'un conflit long et vif, un accord finit par être annoncé, le 4 mars 1951, entre le Trésor et le Fed sur leurs rôles respectifs : la gestion de la dette publique échoit au Trésor et la conduite de la politique monétaire revient au Fed. On attend de ce compromis moins de chevauchements de compétences et de conflits d'intérêts. La priorité va ensuite à la politique monétaire, même pendant la période de la guerre du Vietnam. C'est aussi le point de départ d'une grande partie des débats sur l'indépendance de la banque centrale, qui ne suscitent d'ailleurs qu'un intérêt relativement modéré aux États-Unis, par rapport à d'autres pays.

Les opérations d'open market

La naissance du F.O.M.C.

Après 1920, la doctrine des effets réels ne convainc plus autant et le Board la critique de plus en plus. Apparaissent alors des opérations d'achats de titres publics sur le marché secondaire libre (open market) par des banques fédérales de réserve, désireuses de détenir des portefeuilles d'actifs dont le revenu leur permet de verser des dividendes aux actionnaires et de couvrir leurs dépenses de fonctionnement. La Banque fédérale de New York, sous l'impulsion de Benjamin Strong, son premier gouverneur de 1914 à 1928, voit aussi dans ces opérations d'achat et de vente de titres publics[...]

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Écrit par

  • : professeur de sciences économiques à l'université de Bordeaux-IV-Montesquieu, directeur du Groupe de recherche en analyse et politique économiques, unité mixte du C.N.R.S. 5113

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Alan Greenspan

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