ÉVAGRE LE PONTIQUE (346-399)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Originaire du Pont, ordonné lecteur par saint Basile de Césarée, diacre par saint Grégoire de Nazianze, qu'il suivit à Constantinople, où sa prédication connut un grand succès, Évagre, « pour le salut de son âme », quitta cette capitale (382) et se retira d'abord à Jérusalem, puis en Égypte, où il se fit le disciple de Macaire d'Alexandrie et mena jusqu'à sa mort la vie monastique dans le désert de Nitrie (Skété). Il gagnait sa vie à transcrire des manuscrits.

Évagre est à notre connaissance le premier moine qui ait laissé une large production littéraire. À cause des condamnations qu'encourut sa mémoire pour ses tendances origénistes, ses œuvres ont pour la plupart disparu dans leur texte grec original et ne nous ont été conservées que dans des traductions syriaques, arméniennes, latines (Rufin, Gennade). La critique moderne a déjà beaucoup fait et a encore beaucoup à faire pour reconstituer l'héritage littéraire d'Évagre, dont on connaît : l'Antirrheticos (Réfutation), recueil de sentences à opposer aux tentations du démon, divisé en huit livres, un contre chacun des huit (sic) péchés capitaux — conservé en grec et en syriaque ; le Monachicos (Le Livre du moine), recueil de sentences en deux parties : le Practicos (La Vie active, c'est-à-dire l'ascèse), destiné au commençant (deux éditions, en soixante et onze et cent chapitres), et le Gnosticos (La Vie contemplative), pour le moine formé — en grec et en syriaque ; les Problemata gnostica (Problèmes sur la gnose, c'est-à-dire la contemplation), six groupes de cent sentences (Centuries), enseignements dogmatiques et ascétiques dont le désordre apparent cache une doctrine spirituelle très ferme — en syriaque et en arménien.

Deux opuscules attribués à Nil d'Ancyre sont à restituer à Évagre : La Prière, enseignements précieux en cent cinquante-trois sentences (comme les cent cinquante-trois poissons de la pêche miraculeuse !), et Les Mauvaises Pensées (la description qui y est donnée de l'« acédie », dégoût des choses spirituelles, est restée célèbre).

On a conservé en syriaque soixante-sept Lettres d'Évagre, auxquelles il faut joindre la Lettre VIII de saint Basile, qu'on doit aussi lui restituer.

Évagre avait encore composé des Commentaires sur les Psaumes et des Commentaires sur les Proverbes, dont des fragments importants ont été conservés dans les Selecta in Psalmos d'Origène ou dans les fragments de son commentaire sur les Proverbes.

Évagre a su donner de l'expérience spirituelle des moines du désert une synthèse tout inspirée de l'enseignement dogmatique et spirituel d'Origène, ce qui explique la suspicion dont fut victime son œuvre lors des controverses anti-origéniennes des vie et viie siècles (conciles de Constantinople de 553 et de 680). Mais on reconnaît de plus en plus l'influence considérable et féconde qu'il a exercée sur la spiritualité de l'Orient byzantin, où, avec saint Grégoire de Nysse et saint Maxime, il a été le grand initiateur. À travers Cassien, cette influence s'est répandue jusqu'en Occident. C'est de lui que viennent les grands thèmes de la spiritualité orientale : division de la vie spirituelle en vie active et vie contemplative ; nécessité du dépouillement de toute image et de toute forme pour parvenir à la contemplation ; identification de la prière et de la théologie, qui est connaissance (gnose) de la Trinité ; notion de l'apathie, qui est tout autre chose que l'impassibilité stoïcienne — paix et douceur d'une âme entièrement purifiée par le renoncement et la charité... Malgré ses mérites, cette mystique « intellectualiste » peut cependant inspirer une certaine réserve : on peut en particulier se demander quelle place y est faite à l'humanité du Christ.

Il ne faut pas confondre Évagre le Pontique avec d'autres personnages du même nom, tels Évagre d'Antioche (fin du ive s.), qui traduisit en latin la Vie d'Antoine de saint Athanase, ou Évagre le Scolastique (vie s.), auteur d'une Histoire ecclésiastique, qui est importante pour l'histoire des controverses nestoriennes et monophysites.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  ÉVAGRE LE PONTIQUE (346-399)  » est également traité dans :

ORIGÈNE (185-253/54) & ORIGÉNISME

  • Écrit par 
  • Pierre HADOT
  •  • 5 514 mots

Dans le chapitre « Évagre le Pontique »  : […] L'œuvre dans laquelle s'exprime le plus clairement l'origénisme d'Évagre, ses Centuries gnostiques , ne nous est pas parvenue en grec. A. Guillaumont en a découvert une version syriaque intégrale, non expurgée des passages origénisants, et il a pu ainsi reconstruire les grandes thèses origénistes d'Évagre. La première création ne comprend qu'un monde spirituel d' intelligences que Dieu – Trinité e […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre Thomas CAMELOT, « ÉVAGRE LE PONTIQUE (346-399) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/evagre-le-pontique/