EUROPE, mythologie

La plus célèbre des Europes n'est pas celle que mentionne Hésiode (La Théogonie, 357) comme étant l'une des filles d'Océan et de Thétys, mais cette mortelle présentée dans L'Iliade (XIV, 321-323) comme la fille de Phénix, bien que la tradition s'accorde plutôt à voir en elle la sœur de ce dernier et donc la fille d'Agénor — lui-même fils de Libye et de Poséidon — et de Téléphassa. Zeus, séduit par sa beauté un jour qu'elle jouait sur la plage de Sidon, ou de Tyr, dont son père était roi, chargea Hermès de mener vers le rivage le troupeau royal qui paissait dans les montagnes. Lui-même revêtit l'aspect d'un taureau, à la robe couleur de neige, aux muscles du cou saillants, pourvu de grands fanons et de petites cornes, plus diaphanes qu'une gemme d'eau pure (Ovide, Les Métamorphoses, II, 833 sqq.). Sa beauté et sa douceur semblaient telles que la jeune fille, surmontant son appréhension, s'approcha de lui et suspendit des guirlandes de fleurs à ses cornes ; puis elle monta sur le dos de l'animal qui n'attendait que ce moment pour l'entraîner, agrippée de la main droite à une de ses cornes, vers le grand large. Le couple parvint ainsi à Gortyne, en Crète, où Zeus passa à l'acte, non loin d'une source, sous des platanes qui, dès lors, cessèrent de perdre leurs feuilles. De cette union naquirent trois fils, Minos, Sarpédon et Rhadamante. Avant de marier sa bien-aimée au roi de Crète, Astérion — qui n'avait pas d'enfants —, Zeus fit à celle-ci trois présents : il lui offrit Talos (l'impitoyable gardien des côtes de la Crète, qui, dans cette version, se présente comme une sorte de robot de bronze — dont seule Médée, dans la légende des Argonautes, parviendra à trouver la faille), un chien et un épieu de chasse qui, ni l'un ni l'autre, ne manquaient jamais la proie.

L'Enlèvement d'Europe, Véronèse

L'Enlèvement d'Europe, Véronèse

photographie

Véronèse (1528-1588), L'Enlèvement d'Europe. Palais ducal de Venise, Italie. 

Crédits : Bridgeman Images

Afficher

À la légende d'Europe se rattache la création de la constellation du Taureau, qui figure parmi les signes du Zodiaque, ainsi que la fondation par ses frères, partis en vain à sa recherche, d'un certain nombre de royaumes et de cités dont la plus célèbre est Thèbes, qui fut fondée par Cadmos.

Il n'est pas impossible qu'Europe, qui reçut après sa mort les honneurs divins et dont le nom signifie probablement : « au large visage » (eurus ou eureia ôps), soit une personnification de la pleine lune. Le mythe raconterait alors l'aufhebung des vieux cultes de la déesse Lune par la religion grecque, tout en participant lui-même de ce mouvement d'aufhebung — interprétation qu'on ne peut mentionner qu'avec la plus grande prudence.

—  Robert DAVREU

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Écrit par :

  • : enseignant en littérature générale et comparée à l'université de Paris-VIII, poète et traducteur

Classification


Autres références

«  EUROPE, mythologie  » est également traité dans :

EUROPE - Histoire de l'idée européenne

  • Écrit par 
  • Jean-Baptiste DUROSELLE, 
  • Alfred GROSSER
  •  • 10 491 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'Europe « géographique » de l'Antiquité »  : […] L'Europe est une héroïne mythologique, l'une des trois mille Océanides ou une Phénicienne enlevée par Zeus qui avait pris pour la séduire la forme d'un taureau. Pourquoi son nom a-t-il été donné à un territoire ? Hérodote, au ve siècle avant J.-C., se posait déjà la question : « Le plus curieux, c'est […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/europe-histoire-de-l-idee-europeenne/#i_14535

Pour citer l’article

Robert DAVREU, « EUROPE, mythologie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/europe-mythologie/