HEMINGWAY ERNEST (1899-1961)

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Ernest Hemingway est le représentant le plus typique de ce qu'on a appelé la «  génération perdue ». On désigne par ce terme, aux États-Unis, la génération jetée dans la Première Guerre mondiale, sacrifiée en quelque sorte aussi bien moralement que physiquement, car les survivants en étaient souvent revenus terriblement désabusés. Ils étaient partis pour une croisade et n'avaient vu partout en Europe que des horreurs, des massacres absurdes et des victimes pitoyables. Après une si retentissante faillite de leur idéal, il leur avait été impossible de croire plus longtemps aux notions de gloire, d'honneur, de patrie, qui avaient causé tant de souffrances. Les œuvres des écrivains américains de cette génération ont donc remis en question toutes les valeurs morales et les vertus traditionnelles et exprimé avant tout un grand désarroi et un immense désenchantement. Cependant, la vie a fini par être la plus forte. Peu à peu, les plaies morales se sont refermées et certains de ces écrivains, dont Hemingway, se sont efforcés de redonner sens et valeur à l'aventure humaine. Aussi son œuvre dessine-t-elle une courbe assez harmonieuse, qui va du scepticisme négateur et profondément désespéré de ses premiers romans aux affirmations et au stoïcisme de sa maturité.

Ernest Hemingway correspondant de guerre

Photographie : Ernest Hemingway correspondant de guerre

Le journaliste et romancier américain Ernest Hemingway (1899-1961). Correspondant de guerre en Europe durant la Seconde Guerre mondiale, il rédige ici le texte d'un reportage, en 1944. 

Crédits : Kurt Hutton/ Getty Images

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De l'innocence américaine à l'expérience européenne

Hemingway sortait d'un milieu très bourgeois et très pieux. Un de ses oncles avait été missionnaire en Chine (comme les parents de Pearl Buck). Son père était gynécologue et sa mère, qui avait voulu devenir cantatrice, avait renoncé à sa carrière pour se consacrer au foyer. Elle semble avoir été très abusivement dominatrice. Le couple s'était fixé dans une petite ville cossue de la banlieue de Chicago, Oak Park, où Ernest Hemingway passa toute son enfance dans une atmosphère assez étouffante et très puritaine, mais d'où il avait l'occasion de s'échapper tous les étés pour vivre en sauvageon, un peu comme Tom Sawyer ou Huckleberry Finn, dans la maison d'été de la famille, au milieu des bois qui entourent le lac des Wallons au nord du Michigan. C'est là qu'il fit son apprentissage de chasseur et de pêcheur sous la conduite de son père. Il a utilisé les souvenirs de cette époque dans tout un cycle de contes consacrés à la jeunesse d'un héros imaginaire, Nick Adams qui, en fait, n'est autre que lui-même.

Il aimait trop la vie et tenait trop à échapper à l'influence de sa famille pour accepter, comme le voulaient ses parents, de faire des études dans une université. Dès sa sortie de l'excellente high school d'Oak Park, où il avait été un très bon élève, il se lança dans le journalisme et devint reporter au Kansas City Star, l'un des meilleurs quotidiens américains de l'époque. Le rédacteur en chef lui imposa un certain nombre de règles qu'il ne devait jamais plus oublier : « Faites des phrases courtes. Faites des introductions courtes. Servez-vous d'un anglais vigoureux. Soyez affirmatif et non pas négatif... »

Sur ces entrefaites les États-Unis entrent en guerre. Hemingway voudrait aller se battre en Europe, mais il ne peut s'engager à cause de sa mauvaise vue. Il ne réussit à partir qu'en avril 1918, lorsqu'il est accepté comme conducteur d'ambulance par la Croix-Rouge italienne. Peu de temps après se produit le grand événement de sa vie : le 8 juillet 1918, au petit jour, à Fossalta di Piave, sur le front austro-italien, alors qu'il distribuait du chocolat et des cigarettes en première ligne, un obus tombe sur un groupe d'hommes dont il faisait partie. Un des hommes est tué, un autre est grièvement blessé. Hemingway, touché lui-même aux jambes, prend ce blessé sur le dos et essaie de gagner l'arrière. Il est par deux fois touché par un tir de mitrailleuse, mais il réussit à atteindre un poste de secours. Une vingtaine d'éclats d'obus sont extraits de ses jambes (et non deux cent trente-sept comme il le prétendit plus tard).

Il passa plus de trois mois à l'hôpital de Milan et dut rapprendre à marcher. Il s'éprit d'une jeune infirmière américaine qui devait lui servir de modèle pour Catherine Barkley dans L'Adieu aux armes. Il aurait voulu l'épouser, mais elle lui préféra un officier italien. Il fut très éprouvé, semble-t-il, par cet échec. Bien qu'assez vite rétabli sur le plan physique, il resta longtemps malade nerveusement et souffrit en particulier d'insomnies torturantes. Il lisait beaucoup – et buvait – pour oublier la rencontre avec la mort qu'il avait faite en Italie, sorte de plongée effrayante dans le néant qu'il déc [...]

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Ernest Hemingway correspondant de guerre

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Pour qui sonne le glas, S. Wood

Pour qui sonne le glas, S. Wood
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Écrit par :

  • : professeur de littérature américaine à l'université de Paris-Sorbonne

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Pour citer l’article

Roger ASSELINEAU, « HEMINGWAY ERNEST - (1899-1961) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ernest-hemingway/