DIETMAN ERIK (1937-2002)

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Artiste polymorphe (sculpteur, dessinateur, peintre), Erik Dietman s'est volontairement tenu en marge des mouvements artistiques avec lesquels il possédait cependant de nombreuses affinités (Nouveau Réalisme, Fluxus) pour produire une œuvre, d'abord drolatique et enjouée, puis de plus en plus généreuse et rabelaisienne. Au fil du temps, son art s'est imposé comme une des contributions les plus originales et les plus personnelles de la sculpture contemporaine.

Erik Dietman est né en 1937 à Jönköping en Suède. Renvoyé de l'école à l'âge de treize ans pour avoir « uriné sur le drapeau suédois », il fait un stage professionnel en orfèvrerie. Il ne s'attarde pas dans les écoles d'art, dont il trouve l'enseignement académique, préférant poursuivre sa formation en autodidacte. Sa rencontre en 1953 avec Oyvind Falhström qui vient de publier son manifeste sur la poésie concrète est déterminante. De même sa découverte de Marcel Duchamp et la lecture d'Ulysse de Joyce manifestent très tôt sa relation privilégiée aux objets et aux mots.

Objecteur de conscience, Dietman quitte la Suède en 1959 pour s'installer aux États-Unis, mais finalement il s'établit à Paris où il rencontre Robert Filliou et Daniel Spoerri. En 1962, il se lie d'amitié avec les artistes du mouvement Fluxus, Ben Vautier et Emmett Williams, sans pour autant intégrer leur groupe. Il réalise ses premiers objets recouverts de sparadraps qualifiés par lui d'objets pensés ou d'objets pansés.

En 1963, il s'installe pendant un an à Turin pour y préparer sa première exposition personnelle qui aura lieu un an plus tard à la galerie Il Punto Arte Moderna, dirigée par Gian Enzo Sperone. Après un voyage au Pays-Bas et à Venise, Erik Dietman s'installe à Nice en 1966 où il fréquente George Brecht et retrouve Robert Filliou. C'est l'époque où il crée ses pseudonymes (F. T. Bidlake et Outil O'Tool) et où il réalise Pain (le mot « pain », qui signifie également « douleur » en anglais, étant « écrit » à l'aide de pain véritable) et Remark on Window-Gardening (trois chaises bancales recouvertes de sparadraps, les pieds manquants se trouvant remplacés par trois cactus de grandeurs différentes).

En 1969, Dietman réalise des œuvres liées à l'actualité politique (Hommage à Black Power, Erik Dietnam-Erik Vietman), mais aussi au contexte artistique de l'époque (Neuf idées fait explicitement référence à l'art conceptuel). Après une année passée à Düsseldorf (1972) et un long séjour dans le Tessin (1973), Dietman revient dans le Var en 1975, l'année de sa première rétrospective au musée d'Art moderne de la Ville de Paris (Vingt années de sueur) et de sa première œuvre monumentale (Le Monument à la dernière cigarette, Ikast, Danemark).

Après l'exposition qui lui est consacrée au Moderna Museet de Stockholm (1976), Erik Dietman s'installe de nouveau en France, à Paris d'abord, puis à Courtenay dans le Loiret (1978). Les grands environnements éphémères qu'il réalise cette même année, en collaboration avec des enfants (Vaguement Vert, L'Arc de triomphe pour la bataille du Louisiana), le conduisent à travailler le marbre et le bronze. À partir de 1977, Dietman expose des œuvres « picturales » qui constituent une réponse ironique au « retour à la peinture » ambiant [En sortant de chez Duchamp, j'ai trouvé les clefs de Picasso,1979 ; Transes (à Van Garde), 1982].

Ses premiers modelages en 1980 annoncent un tournant décisif dans l'œuvre de l'artiste. Désormais Erik Dietman aborde la question de la sculpture, dans tous ses états (assemblage, bronze, pierre, marbre, verre...). Du Béret de Rodin (1984) aux Gardiens des fûts (1987), des Réflexions de la sculpture moderne (1986) à l'Éloge de l'envie (1995-2000), en passant par les sculptures du hall d'honneur de la mairie de Chinon (1985-1987), les sculptures d'Erik Dietman sont une ode permanente à la vie et au rire (ce qui n'exclut en aucune manière que ces œuvres, à l'instar de celles de son ami Roland Topor, aient aussi à voir avec une certaine gravité). Le Grand Prix national de sculpture qui lui est décerné en 1988 et l'exposition du Centre Georges-Pompidou en 1994 célèbrent en ce sens une œuvre tout entière dévolue aux relations des mots et des objets. « Pour moi, c'est le monde qui est une sculpture, et dans le monde il y a les mots qui sont insuffisants et que j'aide à ma façon en leur fabriquant des objets. »

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Écrit par :

  • : critique d'art, professeur d'esthétique à l'École nationale d'arts de Cergy-Pontoise

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Bernard MARCADÉ, « DIETMAN ERIK - (1937-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/erik-dietman/