FARRELL EILEEN (1920-2002)

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L'exceptionnelle étendue de son registre ainsi que la puissance d'une voix au timbre particulièrement riche promettaient à la chanteuse américaine Eileen Farrell une belle collection de triomphes dans les rôles dévolus aux sopranos dramatiques. Eileen Farrell ne s'en est pas contentée. Elle a su, bien au contraire, se révéler une impressionnante interprète non seulement de la musique « savante » de son siècle, mais aussi, de manière plus inattendue, de la comédie musicale, de la chanson et même du blues. Peu connue en Europe – sa carrière fut essentiellement américaine, son éclectisme dérangeant trop les traditions du Vieux Continent –, elle a été l'une des cantatrices les plus populaires du Nouveau Monde.

Eileen Farrell naît le 13 février 1920 à Willimantic (Connecticut) dans une famille d'origine irlandaise. Ses parents qui, sous le nom de scène de The Singing O'Farrells, jouissent d'une notoriété certaine dans l'univers du music-hall, se chargent de sa première formation musicale. Ils la confient ensuite à Merle Alcock, contralto appartenant à la troupe du Metropolitan Opera de New York, et à une pianiste et chef de chœur, Eleanor McLellan. Elle vient d'atteindre ses vingt ans quand la chaîne C.B.S. la remarque et lui offre sans hésiter une émission hebdomadaire de radio intitulée Eileen Farrell Sings. Avec une force de conviction rare, elle offre aux auditeurs un vaste panorama d'œuvres populaires de qualité, qu'il s'agisse de répertoire classique, de tubes de Broadway, de ballades traditionnelles et de standards du blues ou du jazz. Elle y accueille Frank Sinatra, qui ne résiste pas au plaisir de chanter en duo avec elle. Après sept ans de succès ininterrompu, elle abandonne le micro, au sommet de la popularité.

Elle fait en 1947 ses débuts au concert. Leopold Stokowski, qui avait découvert à la radio sa voix et son tempérament, la choisit pour chanter sur scène les Wesendonck Lieder de Wagner (1949). L'expérience est concluante puisqu'on la retrouve l'année suivante avec l'Orchestre philharmonique de New York au Roxy Theatre sous la baguette de Dimitri Mitropoulos pour un programme de musique classique destiné au grand public. C'est avec le même orchestre et le même chef qu'elle s'illustre le 12 avril 1951 dans le rôle de Marie de Wozzeck d'Alban Berg, donné en version de concert au Carnegie Hall. Enregistrée sur le vif, cette interprétation, qui offre à la fois une distribution idéale – avec Mack Harrell (Wozzeck), Frederick Jagel (le Tambour-major), Joseph Mordino (le Capitaine), David Lloyd (Andres) et Ralph Herbert (le Docteur) – et une direction flamboyante, fait figure, aujourd'hui encore, de référence.

Eileen Farrell se produit dès 1953 avec l'ensemble Bach Aria Group. En 1955, elle participe à l'enregistrement de la bande son du film de Curtis Bernhardt Interrupted Melody : l'œuvre retrace la vie de l'infortunée soprano australienne Marjorie Lawrence (1909-1970), qui réussit à poursuivre sa carrière lyrique pendant de nombreuses années malgré les atteintes d'une poliomyélite aiguë. Toujours en 1955 – il s'agit alors de ses premiers pas sur une scène d'opéra – elle chante le rôle-titre de Médée de Cherubini au Town Hall de New York. Elle triomphe ensuite dans Leonore du Trouvère de Verdi au côté du célèbre ténor suédois Jussi Björling sous la direction d'Oliviero De Fabritiis (Opéra de San Francisco, 1956). On la fête dans le rôle-titre de La Gioconda de Ponchielli (Lyric Opera de Chicago, 1957) et dans Santuzza de Cavalleria rusticana de Mascagni (San Francisco, 1958).

Cela ne l'empêche nullement de faire paraître un album de chansons populaires américaines sous le titre de I Gotta Right to Sing the Blues l'année même où elle entre au Metropolitan Opera de New York avec un mémorable Alceste de Gluck où elle s'illustre dans le rôle-titre au côté de Nicolai Gedda sous la direction d'Erich Leinsdorf. Pendant les cinq saisons où elle sera à l'affiche (1960-1965), ses relations avec le maître des lieux, Rudolf Bing, seront des plus orageuses : son franc-parler, la crudité de ses expressions, un bagout très boulevardier – elle préférera toujours la compagnie de son mari agent de police et les plaisanteries des machinistes à la fréquentation de la high society new-yorkaise – contribuent à l'incompréhension mutuelle de ces deux caractères explosifs.

Sa discographie, qui s'était ouverte avec une Neuvième Symphonie de Beethoven avec Nan Merriman et Jan Peerce sous la direction d'Arturo Toscanini, s'enrichit du Messie de Haendel avec l'Orchestre de Philadelphie dirigé par Eugene Ormandy et d'extraits d'œuvres de Wagner sous la direction de Leonard Bernstein. Il est bien regrettable que l'on n'ait jamais demandé à un tel calibre vocal d'interpréter en entier, sur scène comme au disque, les grands rôles wagnériens.

En 1970, Eileen Farrell fait ses adieux au concert et se consacre désormais à l'enseignement, d'abord à l'École de musique de l'université d'Indiana à Bloomington (1971-1980) puis à celle du Maine à Orono (1983-1985). En 1987, elle fait un retour remarqué à la télévision. À plus de soixante-dix ans, elle enregistre encore deux albums dédiés aux chansons de Michael Rodgers, Lorenz Hart et Harold Arlen. En 1999 paraissent ses Mémoires intitulées Can't Help Singing : The Life of Eileen Farrell (Northeastern University Press, Boston). Eileen Farrell meurt le 23 mars 2002 à Park Ridge (New Jersey).

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Pierre BRETON, « FARRELL EILEEN - (1920-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eileen-farrell/