ÉCONOMIE MONDIALE2020 : l'effondrement économique, sombre corollaire de la crise sanitaire

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L’année 2020 est marquée par un terrible choc : la pandémie de Covid-19, qui répand la maladie et la mort et qui, au niveau économique, engendre crises profondes et incertitude. Elle est rythmée par les fluctuations de l’épidémie et les à-coups des décisions politiques. La plupart des pays ont ainsi connu un stop-and-go, avec l’alternance de confinements et de déconfinements, de contractions d’activité et de reprises.

Bien que la pandémie, qui, à la fin de 2020, a touché environ 85 millions de personnes et causé de l’ordre de 1,9 million de décès, se soit propagée avec une intensité et un enchaînement différents selon les pays, toute l’économie mondiale est profondément impactée par les mesures prises dans chaque pays, qu’elles visent à endiguer la propagation du virus ou à en atténuer les conséquences économiques et sociales. Elle est ainsi au cœur d’une crise multidimensionnelle qui affecte tous les ressorts de la vie sociale. Au niveau politique, s’impose partout un triptyque diabolique, véritable casse-tête des dirigeants, où l’économie entre en conflit avec la santé et la liberté – liberté de se déplacer, de travailler, d’entretenir des rapports sociaux.

Entre deux extrêmes, le confinement total et le simple respect des « gestes barrières », les mesures sanitaires comportent toute une gamme de restrictions, principalement des interdictions de certaines activités collectives (enseignement, sport, spectacles, restauration, rassemblements) et des limitations de mobilités nationales et transfrontalières. L’effet économique est brutal sur les capacités productives – l’offre – comme sur la demande, les revenus en baisse entravant la consommation. La crise se transmet rapidement entre les pays par la rupture des chaînes d’approvisionnement comme par l’effondrement de la demande. Les pouvoirs publics doivent recourir à une panoplie de mesures, différentes selon les pays, destinées à en amortir les conséquences sur les personnes et sur l’appareil productif : maintien des emplois, soutien des revenus, injection de liquidités.

La crise est donc générale : la variation de PIB mondial perd près de 7,5 points, la croissance passant de 3 p. 100 en 2019 à –4,4 p. 100 en 2020. Pour les pays avancés, elle atteint –5,8 p. 100, plus marquée pour la zone euro (–8,3 p. 100) que pour les États-Unis (–4,3 p. 100). Les géants asiatiques offrent deux cas extrêmes : la Chine, seul pays à bénéficier d’un taux positif, ne perd que 4 points de croissance, de 6 p. 100 à 2 p. 100, alors que l’Inde en perd 14, passant de 4 p. 100 à –10 p. 100. Pour les pays en développement se conjuguent les effets de la pandémie sur des systèmes de santé précaires, la baisse des débouchés pour les matières premières, l’effondrement du tourisme et des entrées de fonds opérées par les travailleurs émigrés.

Indicateurs économiques (2020)

Tableau : Indicateurs économiques (2020)

Les très grandes inégalités de revenus par habitant ne se réduisent pas en 2020, avec aux extrêmes, les États-Unis (3,65 fois la moyenne mondiale) et l'Afrique subsaharienne (à peine plus de 1/5e de la moyenne mondiale). Le revenu par habitant des États-Unis est environ un tiers plus... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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À l’inverse des crises précédentes où le secteur des services était moins touché que l’industrie manufacturière, les activités de services reposant sur des interactions entre personnes (restaurants, cafés, hôtellerie, tourisme, arts et spectacles…) ont été particulièrement affectées.

Les répercussions sur le commerce mondial sont fortes, mais moindres qu’en 2008-2009. Celui-ci baisse de 9,2 p. 100 en volume, en dépit d’une évolution positive pour les échanges de produits médicaux liés à la Covid-19 et électroniques (smartphones, ordinateurs), parallèlement à une contraction faible des échanges de produits alimentaires. Toutefois, la comparaison avec la crise de 2009 est éloquente : si la baisse du volume des échanges en 2020 est plus de deux fois supérieure à celle du PIB, la crise financière avait alors entraîné une chute du commerce mondial six fois plus forte que celle du PIB. Cette résistance relative des échanges internationaux s’explique par l’effet des mesures de confinement qui affectent surtout la consommation de biens et services domestiques, alors que le maintien partiel des revenus a, relativement, soutenu les achats de biens importés. Mais les importations se contractant plus fortement que les exportations, les déséquilibres extérieurs tendent à se résorber pour de nombreux pays.

Les conséquences humaines sont sévères. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), la réduction des heures travaillées dans le monde en 2020 par rapport à l’année précédente serait de l’ordre de 400 millions d’équivalents temps plein. La part des travailleurs de l’économie informelle touchés est particulièrement élevée, encore plus pour les femmes (42 p. 100) que pour les hommes (32 p. 100). Près de 90 millions de personnes supplémentaires pourraient tomber en dessous du seuil de pauvreté de 1,9 dollar par jour.

L’année 2020 est donc historique ; elle bat dans la quasi-totalité des pays des records de chute du PIB et d’explosion des déficits publics ; mais, nouvelle illustration de la déconnexion entre la finance et l’économie réelle, les places financières sont, après le choc de début d’année, relativement stables, enregistrant même de belles performances (Dow Jones +6 p. 100, NASDAQ +39 p. 100, CSI chinois +24 p. 100).

États-Unis, les ombres d’une fin de mandat

À la fin de la troisième année de son mandat, le président Trump pouvait se prévaloir d’excellentes performances économiques, dues aux mesures de soutien fiscal et de dérégulation mais aussi à la situation économique très favorable dont il avait hérité. À la fin de 2019, le marché du travail aux États-Unis était pratiquement en situation de plein emploi (taux de chômage de 3,5 p. 100), la part des ménages sous le seuil de pauvreté affichait son plus bas niveau historique et le taux de croissance atteignait 2,2 p. 100. De bons résultats qui ne masquaient toutefois pas une dégradation du commerce extérieur en dépit des mesures protectionnistes, une dette publique accrue peu conforme au dogme républicain de rigueur budgétaire et un accroissement des inégalités.

À partir du printemps, le pays est particulièrement touché par la pandémie, d’autant que l’administration Trump en a minimisé la gravité. Ainsi, à la fin de 2020, les États-Unis sont le premier pays en nombre de cas de Covid-19 et en nombre de morts (de l’ordre de 335 000). La baisse du PIB de plus de 4 p.100 est inégale selon les secteurs ; les activités les plus préservées sont celles qui s’adressent à une demande domestique incompressible (commerce alimentaire, notamment) et échappent au confinement ou celles dont la demande est stimulée par la crise (télécommunications, informatique, biens médicaux) ; au contraire, les secteurs dépendants d’une demande étrangère et les services reposant sur un contact humain souffrent particulièrement.

Times Square vide (New York, mars 2020)

Photographie : Times Square vide (New York, mars 2020)

L'activité des grands centres urbains s'est considérablement réduite dès le printemps de 2020 à la suite des mesures prises pour freiner la circulation du virus responsable de la Covid-19, à l'instar de Times Square, à New York. 

Crédits : Noam Galai/ Getty Images

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Le taux de chômage, qui était autour de 4 p. 100 en début d’année, explose en avril, atteignant 14,7 p. 100, puis décroît régulièrement pour atteindre 8 p. 100 en octobre. [...]

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Indicateurs économiques (2020)

Indicateurs économiques (2020)
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Times Square vide (New York, mars 2020)

Times Square vide (New York, mars 2020)
Crédits : Noam Galai/ Getty Images

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Fabrication du vaccin Moderna contre la Covid-19

Fabrication du vaccin Moderna contre la Covid-19
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Pour citer l’article

Jean-Pierre FAUGÈRE, « ÉCONOMIE MONDIALE - 2020 : l'effondrement économique, sombre corollaire de la crise sanitaire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-mondiale-2020-l-effondrement-economique-sombre-corollaire-de-la-crise-sanitaire/