ÉCONOMIE MONDIALE2020 : l'effondrement économique, sombre corollaire de la crise sanitaire

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Indicateurs économiques (2020)

Indicateurs économiques (2020)
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Times Square vide (New York, mars 2020)

Times Square vide (New York, mars 2020)
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Fabrication du vaccin Moderna contre la Covid-19

Fabrication du vaccin Moderna contre la Covid-19
Crédits : Olivier Maire/ EPA-EFE

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L’année 2020 est marquée par un terrible choc : la pandémie de Covid-19, qui répand la maladie et la mort et qui, au niveau économique, engendre crises profondes et incertitude. Elle est rythmée par les fluctuations de l’épidémie et les à-coups des décisions politiques. La plupart des pays ont ainsi connu un stop-and-go, avec l’alternance de confinements et de déconfinements, de contractions d’activité et de reprises.

Bien que la pandémie, qui, à la fin de 2020, a touché environ 85 millions de personnes et causé de l’ordre de 1,9 million de décès, se soit propagée avec une intensité et un enchaînement différents selon les pays, toute l’économie mondiale est profondément impactée par les mesures prises dans chaque pays, qu’elles visent à endiguer la propagation du virus ou à en atténuer les conséquences économiques et sociales. Elle est ainsi au cœur d’une crise multidimensionnelle qui affecte tous les ressorts de la vie sociale. Au niveau politique, s’impose partout un triptyque diabolique, véritable casse-tête des dirigeants, où l’économie entre en conflit avec la santé et la liberté – liberté de se déplacer, de travailler, d’entretenir des rapports sociaux.

Entre deux extrêmes, le confinement total et le simple respect des « gestes barrières », les mesures sanitaires comportent toute une gamme de restrictions, principalement des interdictions de certaines activités collectives (enseignement, sport, spectacles, restauration, rassemblements) et des limitations de mobilités nationales et transfrontalières. L’effet économique est brutal sur les capacités productives – l’offre – comme sur la demande, les revenus en baisse entravant la consommation. La crise se transmet rapidement entre les pays par la rupture des chaînes d’approvisionnement comme par l’effondrement de la demande. Les pouvoirs publics doivent recourir à une panoplie de mesures, différentes selon les pays, destinées à en amortir les conséquences sur les personnes et sur l’appareil productif : maintien des emplois, soutien des revenus, injection de liquidités.

La crise est donc générale : la variation de PIB mondial perd près de 7,5 points, la croissance passant de 3 p. 100 en 2019 à –4,4 p. 100 en 2020. Pour les pays avancés, elle atteint –5,8 p. 100, plus marquée pour la zone euro (–8,3 p. 100) que pour les États-Unis (–4,3 p. 100). Les géants asiatiques offrent deux cas extrêmes : la Chine, seul pays à bénéficier d’un taux positif, ne perd que 4 points de croissance, de 6 p. 100 à 2 p. 100, alors que l’Inde en perd 14, passant de 4 p. 100 à –10 p. 100. Pour les pays en développement se conjuguent les effets de la pandémie sur des systèmes de santé précaires, la baisse des débouchés pour les matières premières, l’effondrement du tourisme et des entrées de fonds opérées par les travailleurs émigrés.

Indicateurs économiques (2020)

tableau : Indicateurs économiques (2020)

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Les très grandes inégalités de revenus par habitant ne se réduisent pas en 2020, avec aux extrêmes, les États-Unis (3,65 fois la moyenne mondiale) et l'Afrique subsaharienne (à peine plus de 1/5e de la moyenne mondiale). Le revenu par habitant des États-Unis est environ un tiers plus... 

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À l’inverse des crises précédentes où le secteur des services était moins touché que l’industrie manufacturière, les activités de services reposant sur des interactions entre personnes (restaurants, cafés, hôtellerie, tourisme, arts et spectacles…) ont été particulièrement affectées.

Les répercussions sur le commerce mondial sont fortes, mais moindres qu’en 2008-2009. Celui-ci baisse de 9,2 p. 100 en volume, en dépit d’une évolution positive pour les échanges de produits médicaux liés à la Covid-19 et électroniques (smartphones, ordinateurs), parallèlement à une contraction faible des échanges de produits alimentaires. Toutefois, la comparaison avec la crise de 2009 est éloquente : si la baisse du volume des échanges en 2020 est plus de deux fois supérieure à celle du PIB, la crise financière avait alors entraîné une chute du commerce mondial six fois plus forte que celle du PIB. Cette résistance relative des échanges internationaux s’explique par l’effet des mesures de confinement qui affectent surtout la consommation de biens et services domestiques, alors que le maintien partiel des revenus a, relativement, soutenu les achats de biens importés. Mais les importations se contractant plus fortement que les exportations, les déséquilibres extérieurs tendent à se résorber pour de nombreux pays.

Les conséquences humaines sont sévères. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), la réduction des heures travaillées dans le monde en 2020 par rapport à l’année précédente serait de l’ordre de 400 millions d’équivalents temps plein. La part des travailleurs de l’économie informelle touchés est particulièrement élevée, encore plus pour les femmes (42 p. 100) que pour les hommes (32 p. 100). Près de 90 millions de personnes supplémentaires pourraient tomber en dessous du seuil de pauvreté de 1,9 dollar par jour.

L’année 2020 est donc historique ; elle bat dans la quasi-totalité des pays des records de chute du PIB et d’explosion des déficits publics ; mais, nouvelle illustration de la déconnexion entre la finance et l’économie réelle, les places financières sont, après le choc de début d’année, relativement stables, enregistrant même de belles performances (Dow Jones +6 p. 100, NASDAQ +39 p. 100, CSI chinois +24 p. 100).

États-Unis, les ombres d’une fin de mandat

À la fin de la troisième année de son mandat, le président Trump pouvait se prévaloir d’excellentes performances économiques, dues aux mesures de soutien fiscal et de dérégulation mais aussi à la situation économique très favorable dont il avait hérité. À la fin de 2019, le marché du travail aux États-Unis était pratiquement en situation de plein emploi (taux de chômage de 3,5 p. 100), la part des ménages sous le seuil de pauvreté affichait son plus bas niveau historique et le taux de croissance atteignait 2,2 p. 100. De bons résultats qui ne masquaient toutefois pas une dégradation du commerce extérieur en dépit des mesures protectionnistes, une dette publique accrue peu conforme au dogme républicain de rigueur budgétaire et un accroissement des inégalités.

À partir du printemps, le pays est particulièrement touché par la pandémie, d’autant que l’administration Trump en a minimisé la gravité. Ainsi, à la fin de 2020, les États-Unis sont le premier pays en nombre de cas de Covid-19 et en nombre de morts (de l’ordre de 335 000). La baisse du PIB de plus de 4 p.100 est inégale selon les secteurs ; les activités les plus préservées sont celles qui s’adressent à une demande domestique incompressible (commerce alimentaire, notamment) et échappent au confinement ou celles dont la demande est stimulée par la crise (télécommunications, informatique, biens médicaux) ; au contraire, les secteurs dépendants d’une demande étrangère et les services reposant sur un contact humain souffrent particulièrement.

Times Square vide (New York, mars 2020)

photographie : Times Square vide (New York, mars 2020)

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L'activité des grands centres urbains s'est considérablement réduite dès le printemps de 2020 à la suite des mesures prises pour freiner la circulation du virus responsable de la Covid-19, à l'instar de Times Square, à New York. 

Crédits : Noam Galai/ Getty Images

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Le taux de chômage, qui était autour de 4 p. 100 en début d’année, explose en avril, atteignant 14,7 p. 100, puis décroît régulièrement pour atteindre 8 p. 100 en octobre. Les deux tiers des pertes d’emploi touchent des populations à faible niveau de qualification et de revenu.

Les mesures mises en place pour soutenir l’économie sont massives. En mars, républicains et démocrates adoptent le CARES Act, un plan d’aide de 2 200 milliards de dollars, combinant allocations chômage, soutien des revenus et aides aux entreprises. Une rallonge de près de 500 milliards est décidée en avril, puis une autre de 900 milliards en décembre après un long blocage politique entre le président républicain et la Chambre des représentants à majorité démocrate. De son côté, la Réserve fédérale, à l’initiative de son président Jerome Powell, baisse les taux d’intérêt et injecte des liquidités pour inciter les banques à prêter.

Le Japon face à des problèmes structurels et conjoncturels

Le pays est peu touché directement par la Covid-19, mais la crise mondiale due à la pandémie s’ajoute aux autres chocs conjoncturels qui affectent l’économie nippone : catastrophes naturelles, report des jeux Olympiques... La croissance de l’économie japonaise, faible en 2019, s’effondre en 2020 (–5,3 p.100) en raison de la contraction de la demande domestique, du tourisme, qui représente 8 p. 100 du PIB, et d’exportations fragilisées par les tensions internationales, qu’il s’agisse de l’impact du conflit commercial entre la Chine et les États-Unis sur les chaînes d’approvisionnement ou des différends commerciaux avec la Corée du Sud, corollaires des discussions sur la compensation du travail forcé pendant la période coloniale. Le report des jeux Olympiques de Tōkyō repousse les recettes attendues alors que les investissements réalisés pèsent sur les dépenses publiques.

En 2020, le chômage augmente de 2,4 p. 100 à 3,3 p. 100, tout en restant à des niveaux très faibles. Le déficit budgétaire, de 3 p. 100 du PIB en 2019, passe à 10 p. 100 sous l’effet des mesures destinées à soutenir l’activité, l’emploi et le revenu des ménages, auxquelles s’ajoutent les dépenses de reconstruction après les catastrophes naturelles de 2018 et 2019.

La troisième puissance économique mondiale, technologiquement très en pointe, avec un excédent extérieur exceptionnel, reste entravée par de lourds problèmes structurels : un déclin démographique inexorable, une pénurie de main-d’œuvre dans un pays réfractaire à l’immigration, une dualité du marché du travail entre salariés très protégés et travailleurs précaires, et la dette publique la plus élevée des pays de l’OCDE (240 p. 100 du PIB). Shinzo Abe, Premier ministre depuis 2012, démissionne en septembre pour des raisons de santé : les « Abenomics », du nom dont on a qualifié ses mesures de relance, ont eu des effets positifs mais modestes sur la croissance. Quant aux politiques de lutte contre la déflation et le vieillissement de la population active, force est de constater qu’elles n’ont pas eu de résultats probants.

L’exception chinoise : une puissance économique et institutionnelle renforcée

Premier pays gravement touché par la Covid-19, puisque le premier cas aurait été identifié à Wuhan, dans la province du Hubei, la Chine a mené une politique rigoureuse, voire brutale, de contrôle de l’épidémie, qui a porté ses fruits, même s’il ne faut pas sous-estimer une certaine opacité des statistiques. Si l’économie a subi une forte crise en début d’année (–6,8 p. 100 au premier trimestre), elle a rebondi rapidement (+3,2 p. 100 au deuxième), aboutissant à une croissance positive pour 2020 et bénéficiant d’un effet « premier touché, premier guéri » qui lui a permis de développer ses parts de marché au détriment des concurrents. Les statistiques officielles sous-estiment le chômage, puisqu’elles ne prennent pas en compte les travailleurs migrants (plus du tiers des emplois), dont les allers-retours entre villes et zones rurales suivent les mouvements de l’économie ; les non-qualifiés et les jeunes diplômés sont particulièrement touchés, ce qui a incité les pouvoirs publics à encourager les embauches les concernant et à développer les emplois précaires. La consommation des ménages en a ressenti les effets, d’autant que le plan de relance a mis l’accent sur le soutien aux entreprises et l’investissement public. Les exportations, en particulier les produits médicaux et les matériels liés au télétravail (ordinateurs, téléphones, écouteurs) à destination des pays confinés, ont augmenté. La part de marché de la Chine dans le commerce mondial a progressé fortement de 20 à 25 p. 100 après la crise de la Covid-19.

La pandémie et le ralentissement de l’économie mondiale qui en résulte confortent la transition opérée en Chine consistant à axer le développement économique sur la demande intérieure : la contribution de la consommation à la croissance progresse, de même que la part des services dans la production. Les inégalités et la pauvreté d’une partie importante de la population, en particulier dans les zones rurales, restent un poids tant économique que politique. Les deux autres faiblesses du miracle chinois perdurent : le niveau des atteintes à l’environnement demeure critique et la situation financière des ménages, des entreprises et des collectivités publiques est marquée par un endettement excessif.

Dans le contexte de crise mondiale et d’affaiblissement du leadership américain, trois grands accords internationaux ont singulièrement renforcé le poids de la Chine. Au début de 2020, la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis connaît un répit avec la signature d’un accord commercial, qualifié d’historique par Donald Trump, qui se traduit par un engagement d’achats massifs de produits américains par la Chine (200 milliards de dollars en deux ans) et des dispositions relatives à la protection de la propriété industrielle et aux transferts de technologies ; mais les droits de douane imposés par les États-Unis ne sont pas remis en cause.

Le 15 novembre est signé le Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP) entre les dix membres de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est, dont le Vietnam, Singapour, l’Indonésie), la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ; seule l’Inde, qui appréhende la domination chinoise, ne s’y est pas jointe. L’accord, qui englobe 2 milliards d’habitants et 30 p. 100 du PIB mondial, instaure une zone de libre-échange et incorpore des dispositions sur la propriété intellectuelle mais pas sur la protection des travailleurs ni sur l’environnement. Ainsi le mandat de Trump s’achève sur un accord commercial autour de la Chine alors qu’il avait débuté avec le retrait des États-Unis de l’Accord de partenariat transpacifique (TPP, pour Trans-Pacific Partnership), négocié par Obama et qui créait, autour des États-Unis, un partenariat entre des pays américains de la façade pacifique et des pays aujourd’hui membres du RCEP (Japon, Australie, Singapour, Malaisie, Vietnam).

En novembre toujours, la Chine fait adopter un accord de restructuration de la dette des pays pauvres, ce qui illustre son poids grandissant dans les accords internationaux. Alors que les précédents ne concernaient que le Club de Paris s’y associent cette fois d’autres créanciers et non des moindres : la Chine elle-même, bien sûr, qui détient un tiers de la dette africaine, l’Inde, l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud et la Turquie.

Les autres BRICS aux prises avec de grandes difficultés

L’Inde, un effondrement catastrophique

Troisième pays le plus touché en termes de nombre de morts (de l’ordre de 150 000), mais avec un faible ratio de décès rapporté à la population (un peu plus de 100), l’Inde a dû mettre en place un strict confinement au printemps. L’économie indienne est dramatiquement affectée par la crise : depuis 2003, en dehors d’un taux de croissance de 3 p. 100 en 2009, l’Inde a enregistré pendant seize années un taux de croissance compris entre 5 et 8 p. 100, dont onze années avec un taux de croissance supérieur à 7 p. 100. En 2020, celui-ci tombe à –10,3 p. 100. La chute est inégale selon les secteurs : alors que le secteur primaire a été relativement épargné, le secteur industriel a été considérablement ébranlé et celui des services s’est effondré. Les conséquences humaines sont catastrophiques : dans un pays où l’emploi formel ne compte que 10 p. 100 des actifs, qui sont les moteurs de l’épargne et du crédit, une baisse de 20 p. 100 de ces effectifs salariés (soit 19 millions de personnes) affecte profondément l’équilibre macroéconomique. Les jeunes, qui représentent plus de 45 p. 100 de la population active, sont les premières victimes. Ce pays, extrêmement inégalitaire, qui regroupait en 2015 le quart de la pauvreté mondiale – cette proportion tendait à reculer sous l’effet d’une croissance forte –, enregistre un retour en arrière dramatique.

En dépit d’une poussée inflationniste, la Banque de réserve de l’Inde (RBI) a mené une politique active. Comme dans de nombreux pays, la situation des finances de l’État central et celle des États fédérés s’est dégradée fortement, mais la balance commerciale s’est améliorée sous l’effet de la baisse des importations (contraction de la consommation et baisse des prix des hydrocarbures).

La Russie, victime de sa dépendance aux hydrocarbures

La Russie est très affectée par la baisse de plus de 10 p. 100 de la demande mondiale de gaz, dont elle est le premier producteur (20 p. 100 de la production mondiale), et de pétrole (troisième derrière les États-Unis et l’Arabie Saoudite), pour lequel la baisse des prix se conjugue avec une baisse des volumes. Le budget fédéral, dont les prélèvements sur les hydrocarbures représentent 40 p. 100 des ressources, et l’ensemble de la production industrielle s’en trouvent fragilisés. De plus, le rouble a fortement baissé : si, en début d’année, un euro s’échangeait contre 70 roubles, le cours montait à plus de 90 roubles en fin d’année, ce qui nourrit des tensions inflationnistes. Bien que la récession soit moins marquée que dans la zone euro, elle a fait basculer plus d’un million de personnes en dessous du seuil de pauvreté et le président Poutine a repoussé de 2024 à 2030 son objectif de réduction de la pauvreté de 50 p. 100. De surcroît, les tensions géopolitiques – crises dans la sphère d’influence russe (la Biélorussie en particulier), tentative d’assassinat de l’opposant Alexeï Navalny et réactions internationales… – s’accentuent et pourraient peser sur le projet gazier russo-allemand, Nord Stream 2. Enfin, le déclin de la population active, l'insuffisance de la diversification industrielle ainsi que la faiblesse de la productivité et du taux d'investissement sont autant de faiblesses structurelles de l'économie russe qui entravent les possibilités de croissance à long terme.

L’Afrique du Sud : l’ère post Zuma et les tensions dues à la crise

Pays du continent le plus industrialisé, l’Afrique du Sud est aussi celui qui a été le plus affecté par la pandémie (plus de 700 000 cas, plus de 20 000 décès). Le confinement sévère adopté au printemps s’est traduit par une chute brutale du PIB, les secteurs des mines, de la construction, de l’industrie manufacturière et du tourisme étant particulièrement touchés ; seule l’agriculture est épargnée. Le gouvernement de Cyril Ramaphosa a mis en œuvre un plan de relance représentant près de 10 p. 100 du PIB et la banque centrale a mené une politique monétaire vigoureuse de relance. Cyril Ramaphosa, arrivé à la présidence début 2018, s’efforce de réparer les dégâts des pratiques de corruption (« capture de l’État ») de son prédécesseur Jacob Zuma, qui ont rendu critique la situation des entreprises publiques et des finances publiques tout en accentuant le caractère instable de l’environnement juridique et fiscal des entreprises. La crise économique ne peut qu’aviver les tensions sociales et raciales ainsi que les risques d’insécurité.

Brésil, pandémie et pauvreté

Pour partie à cause de l’absence de cohérence entre les décisions sanitaires de l’État fédéral et celles des États, le Brésil est fortement touché par la pandémie, avec plus de 190 000 décès à la fin de 2020. Toutefois, la croissance, faible en 2019 (1,1 p. 100), a subi un recul relativement modeste (–5,8 p. 100).

La contraction de la demande des ménages brésiliens est nette : les effets positifs de la désinflation, de la hausse des actifs financiers et surtout des aides de l’État sur le revenu des ménages – avec en particulier le programme d’aide d’urgence aux travailleurs informels, d’un coût de 4 p. 100 du PIB – n’ont pas suffi à compenser une forte dégradation du marché du travail.

Bien que 28 millions de personnes soient sorties de la pauvreté depuis le milieu des années 2000, il reste toujours 10 p. 100 de la population au-dessous du seuil de pauvreté et les 5 p. 100 les plus riches perçoivent la même part du revenu national que les 95 p. 100 restants, faisant du Brésil l’un des pays les plus inégalitaires au monde. Le pays reste marqué par l’importance des travailleurs informels (presque 40 p. 100) dans une situation de fragilité extrême face aux accidents du travail, aux pertes d’emploi et aux problèmes de santé.

Les pays en voie de développement en souffrance

L’Amérique latine : un lourd tribut à la pandémie

La croissance de l’Amérique latine, continent particulièrement touché par la pandémie, déjà nulle en 2019, passe en 2020 à –8,1 p. 100, avec des chutes particulièrement marquées en Équateur (–11 p. 100), en Argentine (–11,8 p. 100) au Pérou (–13,9 p. 100) et au Venezuela (–25 p. 100).

L’Afrique : victime collatérale de la pandémie

Alors qu’au début de la pandémie les craintes étaient très fortes concernant ses évolutions en Afrique, le continent a été relativement peu touché, puisque environ 63 000 décès étaient avérés à la fin de 2020 – chiffre comparable à celui de la France pour une population 16 fois supérieure, soit 1,1 milliard d’habitants. Les explications sont multiples : climat chaud, jeunesse de la population, densité démographique, vie à l’extérieur, éventuelles immunités croisées, réactions collectives nourries des leçons de l’épidémie d’Ebola...

Si le taux de croissance de l’Afrique subsaharienne était supérieur à 3 p. 100 les deux années précédentes, il tombe à –3 p. 100 en 2020. Aucun État n’est épargné, mais le choc est plus dur pour les pays très dépendants des recettes touristiques – Maurice et les Seychelles, par exemple, perdent 17 p. 100 de croissance – et les pays exportateurs d’hydrocarbures que pour ceux dont l’économie est diversifiée – en Côte d’Ivoire et au Rwanda, par exemple, la croissance baisse tout en restant positive. L’Afrique subsaharienne est confrontée à d’immenses difficultés sanitaires – à la propagation de l’épidémie s’ajoute le risque d’une moindre prévention d’autres maladies (rougeole, malaria) – et sociales – une partie de la population tombant au-dessous du seuil de pauvreté – avec des marges budgétaires réduites. Le nombre de pays en détresse financière est passé de 8 à 17 au cours des cinq dernières années sous l’effet du poids de la dette, de la réduction des entrées de capitaux, de la modération des prix des produits d’exportation et de l’incertitude multiforme.

Europe : de sévères crises sanitaire et économique, mais un sursaut collectif

L’Europe, continent le plus touché par les deux vagues de pandémie de 2020 – en particulier la Belgique, l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni et la France – est aussi très affectée par la crise économique qui en découle. Mais l’impact de la deuxième vague en fin d’année est plus faible en raison de contraintes atténuées et d’une adaptation des acteurs économiques à la situation. Les secteurs sont inégalement touchés, les services de contact avec la clientèle étant sinistrés alors que l’industrie est moins frappée. La crise économique pèse sur l’emploi malgré les mesures massives de chômage partiel : le nombre de chômeurs a augmenté de 13 p. 100 pour arriver à 16 millions, le taux de chômage des moins de vingt-cinq ans a augmenté de plus de 2 points passant à 18 p. 100 dans la zone euro. Sur le plan monétaire, le taux d’inflation est proche de zéro, alors que la politique monétaire accommodante est source d’inquiétude ; le cours de l’euro, stable à 1,1 dollar pour un euro dans la première moitié de l’année, est passé au dernier trimestre à 1,2.

Fabrication du vaccin Moderna contre la Covid-19

photographie : Fabrication du vaccin Moderna contre la Covid-19

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En 2020, à contre-courant de l'évolution de l'économie, le secteur pharmaceutique est dynamisé par la pandémie de Covid-19. On voit ici une usine de fabrication du vaccin Moderna contre le coronavirus SARS-CoV-2, à Viège (Suisse). Ce vaccin repose sur la technologie de l'ARN messager. 

Crédits : Olivier Maire/ EPA-EFE

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L’Allemagne, sensiblement moins touchée que les autres pays européens, a opéré des révisions de politique économique, faisant passer le pragmatisme avant l’orthodoxie économique et financière : le dispositif de chômage partiel (Kurzarbeit), destiné à permettre aux entreprises de conserver les compétences pendant la crise, a été largement utilisé, quitte à retarder les restructurations nécessaires dans des secteurs tels que l’automobile ou la métallurgie. La suspension des règles d’insolvabilité, destinée à éviter des faillites d’entreprises, joue dans le même sens. Toutefois, c’est dans le domaine des finances publiques que l’Allemagne a opéré le plus grand virage, passant d’un excédent de plus de 1,2 p. 100 du PIB au cours des dernières années à un déficit de l’ordre de 7 p. 100, s’expliquant, pour un tiers, par l’effet conjoncturel, et surtout par d’audacieux plans de relance de 750 milliards et de 130 milliards adoptés en mars et en juin.

L’Italie et l’Espagne, très frappées par la pandémie voient leurs économies durement atteintes, en particulier par le naufrage des activités liées au tourisme ; c’est l’Espagne qui connaît en Europe la plus forte baisse de sa production en raison de la part des services et des petites entreprises dans son économie.

L’économie du Royaume-Uni souffre de l’orientation de son industrie vers la consommation des ménages. La perspective du Brexit a occupé encore le devant de la scène jusqu’au 30 décembre, date de la signature d’un accord de commerce et de coopération avec l’Union européenne. En dehors de la pêche, les négociations se sont concentrées sur l’accès au marché intérieur européen, soulignant la difficile compatibilité entre un retour à une souveraineté absolue, exigé par le gouvernement britannique, et l’interdiction de toute pratique de concurrence déloyale sur le marché européen. Par ailleurs, le Royaume-Uni s’est activé à signer des accords avec des pays tiers, dans le but d’éviter d’en être réduit aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), mais ces accords ne sont pas plus avantageux que ceux de l’Union européenne et ne représentent que 10 p. 100 du commerce britannique alors que l’Europe en représente 50 p. 100.

La France, elle aussi sévèrement touchée par la Covid-19, a mis en œuvre des politiques vigoureuses de soutien à l’emploi (chômage partiel) et aux entreprises, auxquelles s’ajoute l’annonce d’un plan à plus long terme de 100 milliards destiné à promouvoir la croissance et s’appuyant sur trois grands piliers : l’écologie, la compétitivité, la cohésion sociale. Le déficit public a été multiplié par quatre, arrivant à 11,3 p. 100 du PIB.

Au niveau collectif, l’Union européenne tente d’adopter des mesures de relance monétaire et budgétaire à des niveaux également extraordinaires. En mars, la Banque centrale européenne (BCE) a lancé le Pandemic Emergency Purchase Programme (PEPP), programme massif d’achats de dettes publiques et privées d’un niveau de 750 milliards d’euros en mars, augmenté de 600 milliards en juin, dans le but de faire baisser le coût de l’endettement des États, des entreprises et des ménages. Selon la BCE, ce dispositif a permis un gain de croissance de 1,3 p. 100 et le sauvetage d’un million d’emplois dans la zone euro.

Le Conseil européen de juillet a vu l’affrontement entre deux camps, celui des « frugaux » (Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède, Finlande) hostiles aux subventions européennes – surtout celles à destination du Sud – et les autres, menés par la France et une Allemagne nouvellement convertie aux plans de relance. Un tel plan de 750 milliards d’euros est adopté (« Next Generation EU ») adossé au budget pluriannuel de 1 074 milliards d’euros. Il n’a été entériné par le Conseil européen que le 11 décembre, grâce à un compromis avec l’alliance des pays « illibéraux » – Hongrie et Pologne – qui refusait qu’il soit conditionné au respect de l’État de droit ; ce point a été clarifié sans être pour autant abandonné. Les fonds sont principalement destinés aux trois pays les plus touchés par la Covid-19 – l’Espagne, l’Italie et la France.

« Next Generation EU » comporte de nombreuses innovations. Premièrement, il s’agit non seulement de prêts aux États pour 360 milliards, mais aussi de subventions pour 390 milliards. Deuxièmement, ces fonds sont couverts par un emprunt de l’Union européenne, qui joue un rôle d’intermédiation en empruntant à taux bas pour prêter à des pays qui auraient dû payer des taux plus élevés sur les marchés. Troisièmement, il est prévu que des ressources propres soient levées pour le remboursement de l’emprunt, ce qui rend ainsi l’Union européenne moins soumise, en tant qu’institution, aux contributions des États. Il s’agit, dans l’immédiat, d’une taxe sur les plastiques à usage unique ; une taxe carbone aux frontières, une taxe sur les « GAFA » et une autre sur les transactions financières ont été évoquées pour l’avenir. Quatrièmement, 30 p. 100 du budget doivent cibler le changement climatique afin d’obtenir la neutralité carbone en 2050. 

Il est probable que la crise de 2020 constituera une date charnière vers « un monde d’après » très différent. Les mesures générales et massives de soutien à l’économie, inévitables, ont alourdi de manière colossale les dettes publiques, ce qui fragilise les États et les systèmes financiers et ne peut être supporté qu’avec des taux d’intérêt extrêmement bas. La Chine confirme sa toute-puissance économique et politique, que le changement de présidence américaine ne pourra que faiblement contrarier. Les relocalisations d’activités ne semblent pas de nature à remettre en cause profondément le commerce mondial. La lutte contre le réchauffement climatique entre en concurrence avec d’autres priorités : relance économique et protection sociale. Si, dans toutes les crises, les structures productives les plus fragiles disparaissent et les survivantes sortent renforcées, la brutalité de celle-ci exacerbe cette tendance. Certaines activités sont fortement ébranlées, en particulier toutes celles liées aux transports et aux services de contact avec la clientèle ; la « digitalisation » des économies et des pratiques sociales s’accélère. Les pays, les territoires et les catégories sociales déjà touchés par la précarité voient leur situation se dégrader encore. La réduction du nombre des conflits sociaux ne doit pas faire illusion : les inégalités croissantes et la marginalisation accrue de certaines couches de population sont lourdes de contestations à venir. Les tensions entre pays pauvres et pays riches sont, elles aussi, susceptibles de s’accentuer.

—  Jean-Pierre FAUGÈRE

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«  ÉCONOMIE MONDIALE, depuis 1990  » est également traité dans :

ÉCONOMIE MONDIALE - 2019 : entraves à la croissance, recul de la mondialisation

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre FAUGÈRE
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L'année 2019 se caractérise par un essoufflement de la croissance mondiale, accentué par une montée du protectionnisme et atténué par des conditions de financement exceptionnellement favorables. En passant de 3,6 à 3 p. 100, la croissance de l’économie mondiale enregistre son niveau le plus faible depuis la crise de 2008-2009. Le fléchissement est qu […] Lire la suite

ÉCONOMIE MONDIALE - 2018 : croissance, restrictions commerciales et argent plus cher

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  • Jean-Pierre FAUGÈRE
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En termes de croissance, l’année 2018 semble une simple réplique de l’année précédente : la croissance mondiale du produit intérieur brut (PIB) reste à 3,7 p. 100, celle des pays avancés se maintient à 2,4 p. 100 et celle des pays en voie de développement et émergents (ou « pays du Sud »), à 4,7 p. 100. Pourtant, un certain nombre de changements affectent l’économie mondiale, qui pourraient faire […] Lire la suite

ÉCONOMIE MONDIALE - 2017 : expansion, inégalités, fragilités

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  • Jean-Pierre FAUGÈRE
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La croissance mondiale s’est nettement accélérée en 2017, passant de 3,2 à 3,6 p. 100 par rapport à 2016, poussée par des taux d’intérêt faibles, un progrès des profits et des investissements, ainsi que par une hausse des prix des matières premières. Une grande partie des pays est concernée. Les pays avancés connaissent, certes, une croissance inférieure à la c […] Lire la suite

ÉCONOMIE MONDIALE - 2016 : dynamisme asiatique et replis nationaux

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre FAUGÈRE
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L’année 2016 est marquée, sur le plan économique, par une tendance de plusieurs pays au repli sur eux-mêmes. La comparaison entre la croissance de la production mondiale et la croissance du commerce mondial est lourde de signification. En 2014, le commerce mondial progressait de 3,9 p. 100, donc plus rapidement que la production (3,4 p. 100), mais en 2015 e […] Lire la suite

ÉCONOMIE MONDIALE - 2015 : entre reprise et crise des matières premières

  • Écrit par 
  • Axel MARMOTTANT
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En 2015, le prix du pétrole est resté très bas. Deux facteurs ont concouru à la pérennité de cet état de fait important pour l’économie de la planète : la surabondance de l’offre – alimentée par la guerre des prix que se livrent les pays de l’O.P.E.P. et les États-Unis, producteurs de pétrole et de gaz de schiste –, ainsi que l’essoufflement de la demande, provoqué par le ralentissement de l’écono […] Lire la suite

ÉCONOMIE MONDIALE - 2014 : nouvelle répartition de l'activité

  • Écrit par 
  • Axel MARMOTTANT
  •  • 3 448 mots
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En 2014, la croissance de l'activité économique mondiale se situe à peu près au même niveau qu’en 2013, à 3,3 p. 100. Géographiquement, elle se répartit cependant de manière différente. Elle est plus forte dans les pays avancés, en raison de la reprise modérée de la croissance dans la zone euro et de la croissance toujours dynamique des États-Unis, et ce malgré […] Lire la suite

ÉCONOMIE MONDIALE - 2013 : une croissance mondiale apathique

  • Écrit par 
  • Axel MARMOTTANT
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En 2013, l’activité mondiale subit encore les conséquences de la crise financière. Bridée par le désendettement en cours, elle semble condamnée à avancer à un rythme lent. Embarrassés par la crise de la dette souveraine, notamment aux États-Unis et dans la zone euro, les gouvernements ont réduit leurs dépenses, et le secteur privé a dans l’ensemble diminué ses […] Lire la suite

ÉCONOMIE MONDIALE - 2012 : le monde dans la crise

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  • Nicolas SAGNES
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L'économie mondiale a dû affronter des vents contraires de plus en plus violents en 2012. L'année a été marquée par la poursuite de la crise des dettes souveraines, particulièrement dans la zone euro, et par une forte progression du chômage dans de nombreux pays développés. Victime de ce contexte, la croissance mondiale s'e […] Lire la suite

ÉCONOMIE MONDIALE - 2011 : une année de tourmente

  • Écrit par 
  • Nicolas SAGNES
  •  • 3 084 mots
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Après une embellie relative en 2010, l'économie mondiale a pénétré en 2011 dans une zone de fortes turbulences financières. L'année a été marquée par le déferlement de la crise de la dette dans la zone euro, caractérisée par la fin de la confiance des investisseurs dans les titres obligataires des États. Dans ce contexte, la croissance mondiale s'est établie à […] Lire la suite

ÉCONOMIE MONDIALE - 2010 : entre rigueur et relance économiques

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  • Nicolas SAGNES
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L'année 2010 a pris quelque distance avec la tornade financière des années 2008 et 2009. L'économie mondiale est sortie de récession pour entamer une reprise, dans un contexte de croissance des échanges mondiaux après une contraction historique l'année précédente. La Chine s'est trouvée au cœur de cette reprise, en venant alimenter les importations de la p […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Jean-Pierre FAUGÈRE, « ÉCONOMIE MONDIALE - 2020 : l'effondrement économique, sombre corollaire de la crise sanitaire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 avril 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-mondiale-2020-l-effondrement-economique-sombre-corollaire-de-la-crise-sanitaire/