ÉCONOMIE MONDIALE2020 : l'effondrement économique, sombre corollaire de la crise sanitaire

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Europe : de sévères crises sanitaire et économique, mais un sursaut collectif

L’Europe, continent le plus touché par les deux vagues de pandémie de 2020 – en particulier la Belgique, l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni et la France – est aussi très affectée par la crise économique qui en découle. Mais l’impact de la deuxième vague en fin d’année est plus faible en raison de contraintes atténuées et d’une adaptation des acteurs économiques à la situation. Les secteurs sont inégalement touchés, les services de contact avec la clientèle étant sinistrés alors que l’industrie est moins frappée. La crise économique pèse sur l’emploi malgré les mesures massives de chômage partiel : le nombre de chômeurs a augmenté de 13 p. 100 pour arriver à 16 millions, le taux de chômage des moins de vingt-cinq ans a augmenté de plus de 2 points passant à 18 p. 100 dans la zone euro. Sur le plan monétaire, le taux d’inflation est proche de zéro, alors que la politique monétaire accommodante est source d’inquiétude ; le cours de l’euro, stable à 1,1 dollar pour un euro dans la première moitié de l’année, est passé au dernier trimestre à 1,2.

Fabrication du vaccin Moderna contre la Covid-19

Photographie : Fabrication du vaccin Moderna contre la Covid-19

En 2020, à contre-courant de l'évolution de l'économie, le secteur pharmaceutique est dynamisé par la pandémie de Covid-19. On voit ici une usine de fabrication du vaccin Moderna contre le coronavirus SARS-CoV-2, à Viège (Suisse). Ce vaccin repose sur la technologie de l'ARN messager. 

Crédits : Olivier Maire/ EPA-EFE

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L’Allemagne, sensiblement moins touchée que les autres pays européens, a opéré des révisions de politique économique, faisant passer le pragmatisme avant l’orthodoxie économique et financière : le dispositif de chômage partiel (Kurzarbeit), destiné à permettre aux entreprises de conserver les compétences pendant la crise, a été largement utilisé, quitte à retarder les restructurations nécessaires dans des secteurs tels que l’automobile ou la métallurgie. La suspension des règles d’insolvabilité, destinée à éviter des faillites d’entreprises, joue dans le même sens. Toutefois, c’est dans le domaine des finances publiques que l’Allemagne a opéré le plus grand virage, passant d’un excédent de plus de 1,2 p. 100 du PIB au cours des dernières années à un déficit de l’ordre de 7 p. 100, s’expliquant, pour un tiers, par l’effet conjoncturel, et surtout par d’audacieux plans de relance de 750 milliards et de 130 milliards adoptés en mars et en juin.

L’Italie et l’Espagne, très frappées par la pandémie voient leurs économies durement atteintes, en particulier par le naufrage des activités liées au tourisme ; c’est l’Espagne qui connaît en Europe la plus forte baisse de sa production en raison de la part des services et des petites entreprises dans son économie.

L’économie du Royaume-Uni souffre de l’orientation de son industrie vers la consommation des ménages. La perspective du Brexit a occupé encore le devant de la scène jusqu’au 30 décembre, date de la signature d’un accord de commerce et de coopération avec l’Union européenne. En dehors de la pêche, les négociations se sont concentrées sur l’accès au marché intérieur européen, soulignant la difficile compatibilité entre un retour à une souveraineté absolue, exigé par le gouvernement britannique, et l’interdiction de toute pratique de concurrence déloyale sur le marché européen. Par ailleurs, le Royaume-Uni s’est activé à signer des accords avec des pays tiers, dans le but d’éviter d’en être réduit aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), mais ces accords ne sont pas plus avantageux que ceux de l’Union européenne et ne représentent que 10 p. 100 du commerce britannique alors que l’Europe en représente 50 p. 100.

La France, elle aussi sévèrement touchée par la Covid-19, a mis en œuvre des politiques vigoureuses de soutien à l’emploi (chômage partiel) et aux entreprises, auxquelles s’ajoute l’annonce d’un plan à plus long terme de 100 milliards destiné à promouvoir la croissance et s’appuyant sur trois grands piliers : l’écologie, la compétitivité, la cohésion sociale. Le déficit public a été multiplié par quatre, arrivant à 11,3 p. 100 du PIB.

Au niveau collectif, l’Union européenne tente d’adopter des mesures de relance monétaire et budgétaire à des niveaux également extraordinaires. En mars, la Banque centrale européenne (BCE) a lancé le Pandemic Emergency Purchase Programme (PEPP), programme massif d’achats de dettes publiques et privées d’un niveau de 750 milliards d’euros en mars, augmenté de 600 milliards en juin, dans le but de faire baisser le coût de l’endettement des États, des entreprises et des ménages. Selon la BCE, ce dispositif a permis un gain de croissance de 1,3 p. 100 et le sauvetage d’un million d’emplois dans la zone euro.

Le Conseil européen de juillet a vu l’affrontement entre deux camps, celui des « frugaux » (Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède, Finlande) hostiles aux subventions européennes – surtout celles à destination du Sud – et les autres, menés par la France et une Allemagne nouvellement convertie aux plans de relance. Un tel plan de 750 milliards d’euros est adopté (« Next Generation EU ») adossé au budget pluriannuel de 1 074 milliards d’euros. Il n’a été entériné par le Conseil européen que le 11 décembre, grâce à un compromis avec l’alliance des pays « illibéraux » – Hongrie et Pologne – qui refusait qu’il soit conditionné au respect de l’État de droit ; ce point a été clarifié sans être pour autant abandonné. Les fonds sont principalement destinés aux trois pays les plus touchés par la Covid-19 – l’Espagne, l’Italie et la France.

« Next Generation EU » comporte de nombreuses innovations. Premièrement, il s’agit non seulement de prêts aux États pour 360 milliards, mais aussi de subventions pour 390 milliards. Deuxièmement, ces fonds sont couverts par un emprunt de l’Union européenne, qui joue un rôle d’intermédiation en empruntant à taux bas pour prêter à des pays qui auraient dû payer des taux plus élevés sur les marchés. Troisièmement, il est prévu que des ressources propres soient levées pour le remboursement de l’emprunt, ce qui rend ainsi l’Union européenne moins soumise, en tant qu’institution, aux contributions des États. Il s’agit, dans l’immédiat, d’une taxe sur les plastiques à usage unique ; une taxe carbone aux frontières, une taxe sur les « GAFA » et une autre sur les transactions financières ont été évoquées pour l’avenir. Quatrièmement, 30 p. 100 du budget doivent cibler le changement climatique afin d’obtenir la neutralité carbone en 2050. 

Il est probable que la crise de 2020 constituera une date charnière vers « un monde d’après » très différent. Les mesures générales et massives de soutien à l’économie, inévitables, ont alourdi de manière colossale les dettes publiques, ce qui fragilise les États et les systèmes financiers et ne peut être supporté qu’avec des taux d’intérêt extrêmement bas. La Chine confirme sa toute-puissance économique et politique, que le changement de présidence américaine ne pourra que faiblement contrarier. Les relocalisations d’activités ne semblent pas de [...]

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Indicateurs économiques (2020)

Indicateurs économiques (2020)
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Times Square vide (New York, mars 2020)

Times Square vide (New York, mars 2020)
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Fabrication du vaccin Moderna contre la Covid-19

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Jean-Pierre FAUGÈRE, « ÉCONOMIE MONDIALE - 2020 : l'effondrement économique, sombre corollaire de la crise sanitaire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-mondiale-2020-l-effondrement-economique-sombre-corollaire-de-la-crise-sanitaire/