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ÉCONOMIE (Définition et nature) Une science trop humaine ?

Théorie économique et expérimentation

Les théories, quelles qu'elles soient, sont au départ le fruit de l'imagination, des croyances et même, parfois, des opinions de ceux qui les formulent. Pour effectuer un tri parmi elles, jusqu'à n'en retenir qu'une seule, à propos d'un phénomène donné, la méthode idéale est celle des expériences contrôlées, où l'on isole le phénomène étudié, en ne conservant que ce qui est pris en compte dans la théorie – à certaines perturbations près, considérées comme négligeables. En économie, de telles expériences ne sont toutefois pas possibles. Comme le remarquait John Stuart Mill au milieu du xixe siècle : « Pour l'investigation expérimentale directe de la formation du caractère, il faudrait élever et éduquer un certain nombre d'êtres humains depuis leur enfance jusqu'à la maturité ; et pour instituer scientifiquement les expériences, il serait nécessaire de connaître et de noter chacune des sensations ou impressions éprouvées par le jeune pupille longtemps avant qu'il parle [...]. Une circonstance en apparence insignifiante qui aurait échappé à notre vigilance pourrait introduire des impressions et des associations qui vicieraient l'expérience en tant que manifestation authentique d'effets découlant de causes déterminées. » Ce qui est vrai pour l'individu l'est encore plus pour la société, formée d'une multitude d'individus, où les « circonstances en apparence insignifiantes » sont évidemment bien plus nombreuses.

Quelques économistes ont, malgré tout, procédé depuis longtemps à certaines « expériences ». Il a toutefois fallu attendre 2002 pour que la profession accorde un peu d'intérêt à ce qu'on appelle « l'économie expérimentale » (prix Nobel attribué conjointement à Daniel Kahneman et à Vernon Smith). Cette réticence s'explique aisément. D'une part, un premier type d'expériences, sur les comportements des individus (objet des travaux de Kahneman), conduit à constater que les personnes interrogées (y compris les étudiants en économie) ne réagissent généralement pas comme le suppose la théorie – les « causes apparemment insignifiantes » (routine, sentiment de justice, par exemple), dont parlait Mill, semblent au contraire très agissantes. D'autre part, un second type d'expériences, comme celles menées par Vernon Smith sur le fonctionnement des marchés, ne cherche nullement à reproduire ce qui se passe dans la réalité, car cela est impossible ; le propos est de tester les réactions d'individus placés dans des cadres particuliers, en cherchant celui qui est le plus efficace (l'approche est de fait normative).

Un étudiant en économie peut d'ailleurs avoir accompli tout son cursus sans jamais avoir entendu parler de telles « expériences » et, à plus forte raison, sans jamais en avoir fait. Cela serait inconcevable en physique, en chimie et même en biologie.

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Écrit par

  • : maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • MARITIMISATION DE L'ÉCONOMIE

    • Écrit par Geoffroy CAUDE
    • 3 979 mots
    • 8 médias

    Depuis l’Antiquité, la voie maritime a permis aux navigateurs de commercer en transportant dans leurs navires des quantités de marchandises très supérieures à celles que permettaient les voies terrestres – ainsi, les Égyptiens, qui allaient jusqu’à Sumatra quelque 1200 ans avant notre ère ou, plus...

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