JUAN MANUEL DON (1282-? 1349)

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Neveu d'Alphonse X le Sage, petit-fils de saint Ferdinand, don Juan Manuel, l'un des grands seigneurs les plus influents de son temps, né au château d'Escalona, près de Tolède, occupa de très hautes charges dès sa jeunesse. Il participa à de nombreuses guerres nobiliaires pendant les règnes de Ferdinand IV et l'Alphonse XI. Il est considéré comme le plus grand prosateur castillan du xive siècle. Ses poésies (Libro de los cantares) ont été perdues ; ses œuvres mineures sont : un traité de chasse, Libro de la caza, un ouvrage didactique à l'usage de son fils, Libro infinido, et un récit à caractère autobiographique, Libro de las armas. Il est surtout l'auteur de trois grands livres. Écrit en 1326, le Libro del caballero y del escudero n'est pas seulement un recueil de conseils à l'intention d'un jeune écuyer, inspirés par le plus pur idéal chevaleresque. Il s'agit plutôt d'une somme des connaissances de l'époque dans tous les domaines, de la théologie aux sciences naturelles. Raymond Lulle, saint Isidore, Alphonse le Sage ont laissé leur marque dans cette encyclopédie didactique et morale. Le Libro de los estados (entre 1327 et 1332) est un récit initiatique où la religion chrétienne est appelée à la rescousse par un maître incapable de répondre à toutes les questions de son disciple sur la condition humaine et sur la distribution de la société en plusieurs états. L'ouvrage contient aussi un art du gouvernement politique qui est peut-être l'essentiel pour un auteur dont l'ambition allait jusqu'à se juger digne de la couronne royale et qui adhère de tout son être au système hiérarchique médiéval, parfaitement organisé selon la volonté de Dieu et donc inamovible. Raymond Lulle inspire aussi ce livre où l'on retrouve la légende de Bouddha d'après la version castillanne de Barlaam y Josafat. Écrit entre 1330 et 1335, seulement publié en 1575, le Conde Lucanor ou Libro de Apolonio est le chef-d'œuvre populaire de Juan Manuel. Il comprend cinq parties et une cinquantaine de récits ; dans chacun d'eux le jeune comte Lucanor présente à son précepteur Patronio un problème particulier. Des apologues suivis d'une morale illustrent la réponse du maître ; le tout est résumé par un distique. L'ensemble forme un panorama de toutes les situations de l'existence humaine. Fables, satires, paraboles, récits fantastiques ou réalistes, beaucoup de ces histoires sont universellement célèbres : les voleurs de drap ; le magicien don Yllán ; la laitière et son pot au lait ; le garçon qui épousa une mégère ; le vieillard, son fils et l'âne ; le renard et le corbeau qui tenait en son bec un fromage... Les sources sont multiples : les Évangiles, Ésope, Phèdre, Pline, Calila et Dimna, Pantchatranta... ; toute une tradition arabe en partie perdue est recueillie ici. Ces éléments disparates sont traités avec un tel talent de conteur et un tel bonheur d'expression que l'ensemble compose une œuvre homogène, qui porte la marque d'un style. Riche de sagesse et de bon sens, le Conde Lucanor est au confluent de la tradition littéraire médiévale et du roman moderne. Il annonce le Décaméron de Boccace qu'il précède de quelques treize ans, mais dont il se distingue par une exigence morale refusant tout libertinage et par une conception assez austère, voire cynique, de la vie en société. Le Conde Lucanor connut une fortune exceptionnelle : on en retrouve l'écho aussi bien chez l'archiprêtre de Hita, chez Calderón ou chez Gracián que chez Cervantés, Shakespeare ou La Fontaine.

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  • : professeur émérite des Universités, membre correspondant de la Real Academia Española

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Bernard SESÉ, « JUAN MANUEL DON (1282-? 1349) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/don-juan-manuel/