Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

LASDUN DENYS (1914-2001)

Trop traditionnel dans les années 1960 aux yeux de l'orthodoxie moderniste, trop moderne pour l'Angleterre des années 1980 rompue au postmodernisme, l'architecte Denys Lasdun ne s'est jamais voulu un porte-parole. Il a appartenu en effet à la génération qui a pris ses distances avec l'urbanisme de la Charte d'Athènes, pour renouer avec les notions de culture locale et de contexte urbain, tout en intégrant l'héritage poétique de Le Corbusier. Son influence sera ainsi décisive sur l'émergence du brutalisme architectural anglais.

Né à Londres en 1914, Lasdun s'inscrit dans un premier temps au Royal College of Music, avant de se diriger vers l'Architectural Association, en 1932. Un an auparavant, il avait lu la traduction anglaise de l'ouvrage de Le Corbusier Vers une architecture (1923), et visité à Paris ses œuvres majeures. Il signe sa première construction en 1934, avec la maison Silver Greys à Oxshott (Surrey), d'esthétique encore traditionnelle, avant de travailler chez Wells Coates (1935-1937) et dans l'agence Tecton de Berthold Lubetkin, en 1938. C'est cependant seul qu'il conçoit pour un peintre la maison du 32, Newton Road (Paddington, Londres, 1937), inspirée des maisons des années 1920 de Le Corbusier, réalisation qui marque son entrée dans le Mouvement moderne, de même que son adhésion au groupe Mars, la délégation anglaise aux Congrès internationaux d'architecture moderne (C.I.A.M.). Recueillant des influences diverses (l'architecte baroque anglais Nicolas Hawksmoor, F. L. Wright, Cézanne), s'intéressant à la botanique et à la biologie, Lasdun donnera une traduction personnelle du Mouvement moderne à partir des années 1950.

Des réalisations londoniennes, telles que l'école Hallfield à Paddington (1951), dont chaque fonction est dotée de sa forme propre, les immeubles à Bethnal Green (1952-1957), dont les branches (les cluster blocks) apparaissent comme une relecture des unités d'habitation de Le Corbusier, ou encore l'immeuble du 26, Saint James's Place en bordure de Green Park (1958), sont les témoins de sa recherche d'une expression formelle nouvelle. En 1956-1957, il tient, avec John H. Davies, une chronique anonyme dans la revue Architectural Design, sous le titre „Thoughts in Progress“. Avec le Royal College of Physicians à Regent's Park (1959), Lasdun entame un nouveau cycle : proche des terraces de John Nash, il propose une architecture à la fois organique, dont les imbrications d'espaces rappellent la peinture de Paul Klee, et classique dans la rythmique des ouvertures des façades. Cette première synthèse des influences de Lasdun sera aussi l'un des premiers bâtiments anglais de l'après-guerre à bénéficier d'une audience internationale.

En 1960, Lasdun fonde, avec Alexander Redhouse et Peter Softley, l'agence Denys Lasdun and Partners, qui se verra confier plusieurs grands projets jusque dans les années 1980. Après le projet non réalisé de trois tours pour des laboratoires à Cambridge (1961), l'agence étudie à partir de 1962 les bâtiments de l'University of East Anglia, près de Norwich : la disposition en gradins et les circulations séparées ont pour but d'établir un lien très étroit entre l'homme et le paysage. Dès lors, les plates-formes et les terrasses – assimilées à des strates géologiques –, auxquelles Lasdun oppose fréquemment le thème de la tour, deviennent les dispositifs fondamentaux de son architecture. On les retrouve au Christ College à Cambridge (1966), à l'Institut de l'éducation de l'université de Londres (1965), mais surtout au Théâtre national à Londres, son œuvre majeure, conçue entre 1963 et 1967 et achevée en 1976. Dans l'axe du pont de Waterloo, face à la Sommerset House, Lasdun aménage, derrière des terrasses qui sont autant d'espaces publics, deux salles différentes : le théâtre Olivier, dit[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : professeur, université de Picardie Jules-Verne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

Voir aussi