HOPPER DENNIS (1936-2010)

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Attachant et contradictoire, Dennis Hopper fut un personnage aux multiples facettes. S'il a exercé au cinéma en tant qu'acteur et réalisateur, il a été également un photographe inventif et un peintre original, comme l'a montré en 2008 une belle exposition de la Cinémathèque française.

Né à Dodge City (Kansas), il débute comme acteur dès l'âge de dix-huit ans à la télévision, puis surtout au cinéma dans La Fureur de vivre (Rebel Without a Cause, Nicholas Ray, 1955) où, bien qu'il soit dans l'ombre de James Dean, sa présence (regard clair, visage en lame de couteau, corps tendu et nerveux) se remarque. Il est proche de la jeune star au destin tragique qu'il retrouve dans Géant (Giant, George Stevens, 1956). Dennis Hopper a assumé avec grâce cette influence qui aurait pu devenir encombrante et qui allait lui permettre en fait d'accéder au statut d'icône. À plusieurs reprises, qu'il incarne le cow-boy trafiquant de tableaux de L'Ami américain (Der amerikanische Freund, Wim Wenders, 1977) ou le père alcoolique de Rusty James (Rumble Fish, Francis Coppola, 1983), on voit en effet se dessiner ce que James Dean aurait pu être s'il avait vécu plus longtemps.

Cet homme doux dans la vie privée, qui allait évoluer de la rébellion juvénile au conservatisme prudent vers la fin de sa vie, a trouvé un véritable bonheur d'acteur en incarnant une incroyable galerie de personnages détraqués : fou furieux rendu hagard par les drogues (le journaliste bardé d'appareils photo d'Apocalypse Now !, Francis Coppola, 1979), jaloux maladif (Red Rock West, John Dahl, 1993) ou méchant d'anthologie, au regard illuminé et à la voix rauque. Sans oublier, évidemment, le mafieux à l'inhalateur, imprévisible et aux colères terrifiantes, de Blue Velvet (David Lynch, 1986), l'artificier obsédé par la vitesse de Speed (Jan de Bont, 1994) ou le motard des mers de Waterworld (Kevin Reynolds, 1995). Dans cet emploi, Hopper ne faisait que donner de l'ampleur aux nombreuses figures de malfrats et de petites frappes qu'il interpréta en début de carrière, notamment dans des westerns (Règlements de comptes à OK Corral [Gunfight at the OK Corral], John Sturges, 1957 ; La Fureur des hommes [From Hell to Texas], Henry Hathaway, 1958 ; et cela jusqu'à Luke la main froide [Cool Hand Luke], Stuart Rosenberg, 1967 ; 100 Dollars pour un shérif [True Grit], H. Hathaway, 1969).

Acteur certes limité mais doté d'une réelle présence et éminemment touchant dans ses excès, Dennis Hopper est également un cinéaste contesté, mais dont l'importance, sur un plan tant sociologique qu'historique, est indéniable. Easy Rider (1969), sa première réalisation, mise sur pied au moyen d'un petit budget et avec l'aide de proches (Peter Fonda, Jack Nicholson, Terry Southern), a vite pris la dimension d'un fait de société. En distribuant le film, la Columbia, major hollywoodienne, fit fortune et prit conscience de l'attrait considérable de la contre-culture sur les spectateurs. Cette odyssée tragique de deux hippies dans une Amérique déchirée entre préjugés et progrès est devenue l'archétype de ce que l'on appelle depuis le road movie. Le style de Hopper, hétéroclite, parfois criard quand il veut être psychédélique, crée une forme et des figures inoubliables : on ne peut nier que ce film marque la reconnaissance de Jack Nicholson. Dire qu'Easy Rider a vieilli ne signifie rien : c'est une œuvre de son temps et un témoignage. En cela son importance dépasse celle du cinéma tout court.

Easy Rider, de Dennis Hopper

Photographie : Easy Rider, de Dennis Hopper

Easy Rider (1969), de Dennis Hopper, à travers le voyage de motards conduisant des choppers (motos customisées), évoque une nouvelle traversée des États-Unis et marque un tournant dans l'histoire du cinéma américain. Ici, Dennis Hopper (à gauche) et Peter Fonda. 

Crédits : Columbia pictures/ Coll. Tout le cinéma/ D.R.

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Ce succès inattendu allait précipité Hopper dans une aventure suicidaire, pour laquelle Hollywood, déboussolé, lui laissa carte blanche : entre 8 1/2 et Sam Peckinpah, The Last Movie (1971) est une œuvre incohérente, visiblement conçue et réalisée « sous influence », aux fulgurances passionnantes mais au message confus. Le film achevé laissa les producteurs si interdits qu'il ne fut pas exploité normalement en salle. Hopper dut attendre 1980 avant de revenir à la réalisation avec Garçonne (Out of the Blue), une œuvre beaucoup plus sobre, très attachante, qui suit la dérive d'une adolescente en révolte, bardée de cuir, le cinéaste inter [...]

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Écrit par :

  • : historien du cinéma, maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, membre du comité de rédaction de la revue Positif

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EASY RIDER, film de Dennis Hopper

  • Écrit par 
  • Kristian FEIGELSON
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Easy Rider est la première réalisation d'un acteur, Dennis Hopper, qui pour l'occasion décide d'occuper les deux côtés de la caméra. Après La Fureur de vivre (Rebel Without a Cause, 1955) de Nicholas Ray, […] Lire la suite

Pour citer l’article

Christian VIVIANI, « HOPPER DENNIS - (1936-2010) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dennis-hopper/