RICHESSE DÉFINITIONS ET MESURES DE LA

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Pays riches, pays pauvres. Cette opposition courante n'est pratiquement jamais représentée autrement que par référence à la richesse économique, elle-même définie sur la base du P.I.B. (produit intérieur brut), ou du P.I.B. par habitant. Or qu'est-ce que le P.I.B. ? En termes simples, c'est, dans un pays, la somme des valeurs ajoutées de toutes les productions annuelles de biens et de services marchands, à laquelle on ajoute le coût de production des services non marchands des administrations (par exemple l'enseignement et la santé publique). Avec une précision : pour suivre des évolutions dans le temps (c'est la croissance économique) ou pour effectuer des comparaisons internationales, on « élimine » l'influence des variations de prix, afin d'estimer le P.I.B. « en volume » ou « à prix constants », ou encore en « parités de pouvoir d'achat » (taux de conversion monétaire qui éliminent les différences de niveau de prix existant entre les pays).

Cette « convention de richesse », qui porte à la fois sur la définition du périmètre de la richesse et sur la façon de la mesurer, s'est imposée de façon universelle. Elle n'a pourtant guère plus d'un demi-siècle d'existence. Et divers signes laissent augurer qu'elle pourrait bien à son tour, comme d'autres conventions antérieures, laisser la place à des conceptions et mesures alternatives.

Quelques leçons de l'histoire de la pensée économique

La richesse des nations, pour reprendre le titre de l'œuvre la plus connue d'Adam Smith (1723-1790), n'a pas toujours été pensée dans les termes actuels. La comptabilité nationale, celle qui fournit les outils de calcul du P.I.B., a été mise au point, pour l'essentiel, entre les années 1930 et 1970, et le premier rapport sur les comptes de la nation date, en France, de 1951. D'importantes hésitations ont marqué cette période, et c'est par exemple seulement en 1976 que les conventions en vigueur en France ont intégré les services non marchands des administrations dans la définition de la richesse nationale (le P.I.B.). Ils en étaient exclus avant cette date, premier indice de l'intervention de choix de type politique dans une mesure qui ne nous paraît aujourd'hui naturelle que parce qu'on a oublié les débats fondateurs. Mais bien d'autres indices peuvent être trouvés en remontant plus loin dans l'histoire. On s'aperçoit alors que ce sont largement les intérêts et les idées des détenteurs du pouvoir économique, des « puissants », qui ont été à chaque époque au cœur de la conception dominante de la richesse.

La richesse chez les mercantilistes et les physiocrates (du XVIe au XVIIIe siècle)

Pour les économistes dits mercantilistes du xvie et du xviie siècle, la vraie richesse du royaume réside dans la possession d'un stock de métaux précieux, et la richesse progresse quand ce stock augmente, essentiellement par l'exportation, le commerce au loin, et la guerre. Une telle vision est congruente avec celle qui mesure la puissance alors grandissante de la monarchie par sa capacité à entretenir une armée et une cour, à contrôler ses territoires et ses suzerains, sur la base de l'or et de l'argent qu'elle détient, grâce aux recettes fiscales et, surtout, grâce à la conquête agressive de marchés extérieurs.

Pour les économistes physiocrates du xviiie siècle, dont les deux représentants les plus connus sont les Français Richard Cantillon (1680 env.-1734) et François Quesnay (1694-1774), il n'y a de vraie richesse que dans la terre. Seul le travail agricole est productif de richesse, parce que seule la terre multiplie les biens, à l'image du grain semé. Les autres activités ne font que les transformer, et elles ne peuvent se déployer que si un surplus net est produit par l'agriculture, permettant de nourrir d'autres actifs « improductifs » ou « classes stériles ». Quesnay a modélisé cette représentation dans son « circuit économique » (1758). Les physiocrates ont une vision éminemment matérialiste de la richesse, mais c'est aussi une représentation qui a fait d'eux les conseillers du Prince. Ils se présentent eux-mêmes comme les théoriciens du « despotisme légal ».

Il se pourrait d'ailleurs que, dans la période à venir, la raréfaction des [...]

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Écrit par :

  • : professeur honoraire à l'université de Lille-I

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Jean GADREY, « RICHESSE DÉFINITIONS ET MESURES DE LA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/definitions-et-mesures-de-la-richesse/