MAYER DANIEL (1909-1996)

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Militant des droits de l'homme et du socialisme,

mort à Orsay le 29 décembre 1996, Daniel Mayer était né à Paris le 29 avril 1909. Fils d'un représentant et d'une institutrice, il travailla dès quatorze ans, après avoir obtenu son certificat d'études primaires. Adhérent à la Ligue des droits de l'homme et au Parti socialiste S.F.I.O. dès 1927, par révolte contre l'exécution aux États-Unis des anarchistes Sacco et Vanzetti, il devint journaliste ; professant qu'« informer, c'est manifester son estime », il fut responsable de la rubrique sociale du Populaire de 1933 à 1939. Reconstructeur du Parti socialiste clandestin en zone sud, il fut l'agent de liaison de Léon Blum, alors emprisonné par l'État français. Il édita sa plaidoirie du procès de Riom et contribua à faire connaître la prise de position gaulliste de l'ancien président du Conseil qui écrivait, le 21 octobre 1942, que la force du général était « de personnifier la résistance et la résurrection nationales » et qu'il tenait donc « pour une lourde faute d'apporter à la collaboration [avec de Gaulle] la moindre trace de méfiance ou de réserve ». Il se rendit clandestinement à Londres en avril 1943 et remit à Charles de Gaulle la dernière lettre que lui adressa Léon Blum avant sa déportation en Allemagne.

La mission de Daniel Mayer – comme celle de Georges Buisson – contribua à ce que le Conseil national de la Résistance constitué par Jean Moulin comportât des délégués des partis politiques. Le général de Gaulle jugea en effet qu'il était « normal et même souhaitable que la Résistance – tout en demeurant unie et cohérente – se teinte et se nuance des tendances politiques traditionnelles et diverses ». C'est dans cet esprit que Daniel Mayer fut membre du C.N.R. et y batailla en socialiste pour la Libération. Il se trouvait au premier rang du défilé du 26 août 1944 sur les Champs-Élysées, comme il devait l'être rue Soufflot en mai 1981 ; il siégea à l'Assemblée consultative puis dans les deux Assemblées constituantes de 1944 à 1946. Ministre du Travail et de la Sécurité sociale dans le cabinet Blum de 1946, il garda le portefeuille des Affaires sociales ou celui du Travail près de trois ans dans les ministères Ramadier, Schuman, Marie et Queuille, affirmant une vraie stabilité ministérielle. Il dut affronter les grèves quasi insurrectionnelles de 1947, avec plus de 23 millions de jours de grève contre 374 000 en 1946 ; il releva alors le salaire minimum, accorda 11 p. 100 d'augmentation dans le secteur public ainsi qu'une modification de la grille indiciaire.

Daniel Mayer fut à l'origine de la chute du cabinet Queuille en octobre 1949 parce que, après avoir accepté quelques dérogations au blocage des salaires, il demanda le retour à la liberté des conventions collectives, conquête de 1936 abandonnée depuis la guerre et que devait légaliser l'Assemblée en février 1950. Le Parti radical veilla ensuite à le faire exclure de tout gouvernement. Député S.F.I.O. de la Seine, il présida la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale de 1953 à 1957 ; il contribua au rejet de la Communauté européenne de défense et mit en garde le gouvernement Laniel contre toute demande d'intervention nucléaire américaine en Indochine. En novembre 1957, il fut le seul député socialiste à voter contre la création de camps d'internement d'Algériens en France. Privé par son groupe de toute fonction, il démissionna du Parlement le 29 avril 1958 par souci d'exercer en toute indépendance sa mission de président de la Ligue des droits de l'homme, tâche qu'il assura sans discontinuer de mars 1958 à 1975 avant de présider, de 1977 à 1982, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme.

Il avait été, en 1960, à l'origine du Parti socialiste unifié. Au cours de toutes ses années, il ne cessa d'affirmer : « Le socialisme est la clé des droits de l'homme. » Il aspirait à ce qu'on acceptât « enfin que des gens différents soient néanmoins égaux » et qu'advînt un nouvel ordre social naissant de quatre lignes d'action : développer le savoir, rechercher la vérité, s'approcher de la justice, protéger l'homme de l'oppression de l'État.

Il dirigea aux Presses universitaires de France la collection Esprit de [...]

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  • : docteur en études politiques et en histoire, historien associé à la Délégation aux commémorations nationales du ministère de la Culture et de la Communication

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Pour citer l’article

Charles-Louis FOULON, « MAYER DANIEL - (1909-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/daniel-mayer/