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CONTROVERSES SCIENTIFIQUES PUBLIQUES

Les controverses ont toujours fait partie de l'avancée des sciences. Elles sont indispensables à la formation, au développement et à l'évaluation des théories, des méthodes, de la constitution et de l'interprétation des données. Certains auteurs considèrent la science comme une succession ininterrompue de controverses qui perdurent ou sont reformulées. Elles trouvent parfois divers modes de clôture. Qu'y a-t-il donc de nouveau aujourd'hui ? Certaines controverses scientifiques sont devenues publiques. Greffées autour de technologies susceptibles de causer des dommages graves pour l'environnement, la société, voire les générations futures, elles deviennent multiformes. Cette nécessité de prendre en compte divers aspects (scientifiques, économiques, éthiques, politiques) invite à la fois à imaginer des modes de compréhension des enjeux et à trouver des procédures d'accompagnement, voire de règlement de ces débats à entrées multiples. Les questions éthiques y ont pris une grande importance, tant pour indiquer ce qui pose problème qu'en ce qui concerne les tentatives d'encadrement des controverses scientifiques publiques. Un principe d'origine éthique, le principe de précaution, peu à peu stabilisé, noue ces différents aspects en conflit.

Controverses multifactorielles et nouveaux types de règlements

On parle parfois de controverse scientifique à propos de thèmes comme le clonage, le nucléaire, les neurosciences ou encore les organismes génétiquement modifiés, comme s'il s'agissait d'un objet singulier. Or il est rare que nous n'ayons affaire qu'à une seule controverse, en raison de la diffusion de celle-ci dans des milieux hétérogènes. Plusieurs cas de figure peuvent se présenter selon que la division persistante et publique entre membres de communautés scientifiques soutenant des arguments différents porte sur les faits, les principes (méthodologiques ou ontologiques), les interprétations ou les théories (McMullin, 1987). Les controverses scientifiques pourront donc être distinguées (Nelkin, 1995 ; Raynaud, 2003) selon divers traits : leur objet, le nombre de camps impliqués, l'extension, l'intensité, la durée, le genre de forums (constituants ou officieux) et leurs relations, la reconnaissance de l'existence de la controverse et, finalement, les types de règlements possibles. Ces derniers peuvent connaître diverses issues, entre la résolution qui suppose une solution rationnelle partagée et la clôture qui implique une procédure formelle sans aboutir nécessairement à un accord entre les parties. On peut distinguer, à cet égard, les modes suivants (Engelhardt et Caplan, 1987) : la perte d'intérêt des agents, la mobilisation de ressources extérieures au domaine scientifique, un argument ultime appuyé sur les critères scientifiques standards, la négociation. Si certains modes de règlement paraissent préférables, comme celui du recours aux critères scientifiques standards, l'histoire des sciences a pu accorder une pertinence à d'autres modes de clôture.

On peut regretter qu'il ne soit pas possible, pour certaines questions, de s'en tenir aux éléments « strictement scientifiques ». À côté des recherches sociologiques et historiques mettant en cause une approche hagiographique de « la » science, nous notons deux changements importants. Le premier est la reconnaissance de la responsabilité devant des choix techniques qui pourraient causer des dommages graves ou irréversibles (principe 15 de la Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement durable de juin 1992) et la nécessité éthique et politique d'agir sans avoir établi ceux-ci de façon robuste. Cette nouvelle donne est héritée de la politique de précaution, mais ce n'est pas la première fois que se pose une question de sécurité au sein d'une controverse.[...]

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Écrit par

  • : philosophe, chercheur au centre de recherche Sens, éthique, société, C.N.R.S., université de Paris-V

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • SCIENCES - Sociologie

    • Écrit par Yves GINGRAS
    • 5 557 mots
    • 2 médias
    ...Kuhn autour d'une « sociologie des intérêts » qui vise à expliquer les actions des scientifiques en fonction de leurs intérêts sociaux et cognitifs. Cette approche fait des controverses scientifiques un lieu stratégique de recherche, tout comme les querelles de priorité l'étaient pour les mertoniens....
  • TAMIFLU ou PHOSPHATE D'OSELTAMIVIR

    • Écrit par Gabriel GACHELIN
    • 2 437 mots
    • 1 média
    La controverse a réellement pris forme en 2009. Les observateurs de la Cochrane Collaboration, une institution britannique indépendante dévolue à l'Evidence-Based Medicine (médecine fondée sur les faits), reprenant l'évaluation des essais cliniques, avaient noté que la plupart de ces derniers...

Voir aussi