SORIANO MARC (1918-1994)

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Marc Soriano est né au Caire en 1918. Après la mort de son père, sa famille se rend en Italie. Il séjourne à Pise entre 1921 et 1927, puis il vient vivre à Paris. Il est reçu à l'École normale supérieure en 1939. Mobilisé en 1939, blessé en avril 1940, il entre dans la Résistance en 1942 Premier de sa promotion à l'agrégation de philosophie en 1946, il travaille alors à Genève avec Jean Piaget. Il enseignera par la suite dans diverses universités. On a pu parler, à son propos, d'éclectisme. Son immense érudition, son inlassable curiosité, son intelligence buissonnière expliquent sans doute que son œuvre échappe aux définitions et aux normes.

Ainsi la thèse de Marc Soriano (Les Contes de Perrault. Culture savante et traditions populaires, 1968) fut d'abord parfois vivement contestée avant d'être saluée dix ans plus tard par la critique, lors de sa réédition, comme un modèle de la recherche en sciences humaines. Pour étudier un texte aussi célèbre qu'énigmatique, les Histoires, ou Contes du temps passé de Charles Perrault, Marc Soriano utilise avec bonheur l'histoire, l'ethnologie, la psychanalyse, selon une démarche résolument interdisciplinaire. Pourquoi Charles Perrault, grand commis de l'État et chef de file des Modernes, a-t-il entrepris d'adapter des récits populaires, des contes de nourrices, empreints de ces « superstitions » que lui-même méprise ? Plutôt qu'une psychobiographie, c'est une biographie anthropologique que nous propose Marc Soriano, éclairant la complexité de ces contes issus de la mémoire collective mais très secrètement marqués par l'équation personnelle de l'écrivain — notamment sa gémellité. En 1972, le Dossier Charles Perrault vient prolonger l'enquête, conçue à la manière d'un roman policier, sur la personnalité et l'itinéraire de l'académicien. La querelle des Anciens et des Modernes est évoquée encore, avec une ironie corrosive, dans La Brosse à reluire sous Louis XIV (1989).

La question qui sous-tend cette quête du sens est d'ordre philosophique plus que littéraire : elle porte sur le merveilleux, plus précisément sur la coexistence en chacun de nous de la pensée rationnelle et de la pensée magique. Cette même interrogation explique l'intérêt que Marc Soriano porte à la littérature pour la jeunesse et à la place de la lecture dans l'élaboration de la personnalité de l'enfant. Préfacé par Henri Wallon, le Guide de littérature pour la jeunesse (1959, 2e éd. 1975) est une somme incomparable. Marc Soriano consacre des études à La Fontaine, aux frères Grimm, à Hans Christian Andersen, à la comtesse de Ségur, à Jules Verne (Julliard, 1978). Quant à son intérêt pour la musique et la chanson populaires, il est perceptible dans les études consacrées à Dvořák, sur Béla Bartók et dans ses entretiens avec Joseph Kosma.

Parallèlement à cette réflexion critique, Marc Soriano écrit des livres pour la jeunesse : Les Contes de la fée Crapette, (1945), Le Colonel introuvable (1962), L'Homme du vendredi (1963), Le Mystère de la cigogne jaune (1965). Il publie aussi des romans, des nouvelles, des récits historiques. La Semaine de la comète. Rapport secret sur la jeunesse au temps de Louis-Philippe (Stock, 1981) sera adapté au théâtre.

En 1978, Marc Soriano, atteint de myasthénie, se trouve condamné au silence. Placé en réanimation à l'hôpital de Garches, où il mène « une vie aux frontières de la vie », il écrit avec deux de ses filles en 1982 le Testamour, ou Remèdes à la mélancolie, émouvant témoignage sur l'approfondissement de la tendresse et de la lucidité que suscite la perspective de la mort.

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Bernadette BRICOUT, « SORIANO MARC - (1918-1994) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marc-soriano/