URFÉ HONORÉ D' (1557-1625)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'auteur de L'Astrée est né à Marseille ; son père est issu d'une ancienne famille du Forez, sa mère est apparentée à la maison ducale de Savoie, son oncle est gouverneur de la Provence. Honoré d'Urfé est d'abord élevé au château de la Bastie en Forez, puis à Paris au collège de Tournon. Encore tout jeune homme, il prend parti pour la Ligue et demeurera fidèle au duc de Nemours, chef du mouvement dans sa province, même après que la Ligue aura été défaite. Arrêté à deux reprises, d'Urfé doit quitter la France et trouve refuge en Savoie. C'est là qu'il compose Sireine, un poème pastoral, publié en 1604, qui est une allégorie de ses amours, et des Épîtres nouvelles (1598, 1603, 1608), où d'Urfé développe, dans une prose à la fois érudite et encombrée, une théorie platonicienne de l'amour. Dès sa première jeunesse d'Urfé s'est épris de sa belle-sœur, Diane de Chateaumorand, l'épouse de son frère aîné. Lorsque ce mariage est dissous, Honoré, qui était entré par désespoir et avant l'âge dans l'ordre des Chevaliers de Malte, se fait alors relever de ses vœux pour épouser Diane. Mais cette union ne s'avère pas très heureuse, et ils se séparent bientôt, sans toutefois cesser de se voir et sans que les raisons de leur décision soient connues avec exactitude. Attaché au service du duc de Savoie, d'Urfé, qui est un homme d'action, partage son temps entre le Forez et la Savoie, où il fréquente ses amis François de Sales et Camus. Il participe à plusieurs expéditions militaires, et c'est au cours d'une campagne menée par le duc de Savoie contre la république de Gênes que d'Urfé trouve la mort à Villefranche-sur-Mer.

Il laisse inachevé le livre qui l'a rendu célèbre, L'Astrée, dont la première partie avait paru en 1607. Roman pastoral, roman d'aventure, roman psychologique, cette longue épopée amoureuse raconte peut-être, comme l'a prétendu d'Urfé lui-même, son amour pour sa belle-sœur Diane. Les très complexes aventures du berger Céladon et de la bergère Astrée, qui finiront par un mariage, les évolutions de ces innombrables bergers, galants et philosophes, qui analysent interminablement sous les châtaigniers du Forez les moindres nuances et délicatesses de l'amour idéal, conçu comme une passion poétique, mélancolique et parfaite — tout cela peut sembler aujourd'hui pratiquement illisible. Mais ce roman, qui est véritablement le premier roman sentimental, a exercé une influence profonde tant sur la littérature classique, dont il est à l'origine, que sur les mœurs de l'époque, encore extrêmement grossières : L'Astrée fournissait aux lecteurs du xviie siècle, fatigués des romans de chevalerie et aspirant à la peinture d'une existence tendre et tranquille, une sorte de code de l'amour et de la civilité où l'amour honnête, fondé sur l'estime et la morale, était réhabilité et où étaient proposées des valeurs nouvelles comme la fidélité, la discrétion, la décence, la patience, la maîtrise de soi. Le succès de L'Astrée fut immense et La Fontaine, qui en tira un médiocre opéra, pouvait dire : Étant petit garçon, je lisais son roman, / Et je le lis encore ayant la barbe grise.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  URFÉ HONORÉ D' (1557-1625)  » est également traité dans :

L'ASTRÉE, Honoré d'Urfé - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Christian BIET
  •  • 1 519 mots

On a, de nos jours, trop tendance à négliger les grands romans des xvie et xviie siècles. On se fie à Cervantès pour repousser les romans de chevalerie, on croit sur parole les Scarron, Sorel et autres Furetière, qui parodient les auteurs d'Amadis, de L'Astrée et du […] Lire la suite

LES AMOURS D'ASTRÉE ET DE CÉLADON (É. Rohmer)

  • Écrit par 
  • Joël MAGNY
  •  • 995 mots

Dès le premier regard, on perçoit que l'intrigue qu'Éric Rohmer a retenue des quelque cinq mille pages de L'Astrée (1607-1628), le célèbre roman pastoral d'Honoré d'Urfé, ressemble à s'y méprendre à une quintessence des « Contes moraux », des « Comédies et proverbes » et des « Contes des quatre saisons ». Dans un pays enchanteur suspendu dans le temps et l'espace, le berger Céladon (Andy Gill […] Lire la suite

PASTORALE, genre littéraire

  • Écrit par 
  • Daniela DALLA VALLE CARMAGNANI, 
  • Jacqueline DUCHEMIN, 
  • ETIEMBLE, 
  • Charlotte VAUDEVILLE
  •  • 6 897 mots

Dans le chapitre « Perspectives »  : […] La pastorale est plus vivace en Europe qu'on ne le dit souvent : elle n'a jamais cessé depuis Sacchetti. L'auteur d' Ubu Roi est aussi celui d'une Pastorale publiée en 1897, qui s'ouvre sur : L'espoir des prés et le sourire du ciel calme pour se clore sur ce très beau vers : L'ivoire courbé pair au front bas des taureaux. Amyntas, Corydon, Mopsus hantent Gide. Tout imprégnées qu'on les sache de […] Lire la suite

PRÉCIOSITÉ

  • Écrit par 
  • Roger LATHUILLÈRE
  •  • 2 980 mots

Dans le chapitre « Le vrai visage de la préciosité »  : […] En réalité, la préciosité a revêtu des aspects beaucoup plus complexes. Elle n'est pas cet esprit superficiel et léger qu'on lui attribue d'ordinaire. Frivole parfois, attirée par des riens galants tels qu'on en trouve dans les Poésies de Voiture, les Recueils manuscrits de Valentin Conrart, ceux de Charles de Sercy, elle ne se cristallise pas seulement dans quelques jeux gratuits des ruelles, co […] Lire la suite

Pour citer l’article

Nicole QUENTIN-MAURER, « URFÉ HONORÉ D' - (1557-1625) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/honore-d-urfe/