JANEQUIN CLÉMENT (1485 env.-1558)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Un bouquet de chansons

Janequin a peu composé pour l'église. On lui doit seulement deux messes polyphoniques sur des thèmes de chansons : messe La Bataille (1534) et messe L'Aveuglé dieu (1538). Un seul motet nous reste, Congregati sunt, à quatre voix, qu'on pense issu d'un recueil paru en 1533 chez Attaingnant sous le titre Sacrae Cantiones seu motectae, et qui n'a jamais été retrouvé. On lui doit en outre cinq recueils de psaumes et chansons spirituelles, à savoir : Premier Livre contenant vingt-huit psaumes de David (édité par Nicolas Du Chemin, 1549), Deuxième Livre de chansons et cantiques spirituels (Du Chemin, 1555), Premier Livre contenant plusieurs chansons spirituelles avec les Lamentations de Jérémie (Le Roy et Ballard éd., 1556), Proverbes de Salomon (Le Roy et Ballard, 1558), Octante-Deux Psaumes de David (Le Roy et Ballard, 1559).

Mais la partie la plus importante et la plus représentative de l'œuvre de Janequin reste les quelque trois cents chansons publiées à partir de 1520 par Andrea Antico à Rome, et successivement à Paris par Pierre Attaingnant, Nicolas Du Chemin, Adrien Le Roy et Robert Ballard, enfin par Jacques Moderne à Lyon. Outre les nombreuses éditions anthologiques groupant selon l'usage du temps des chansons de plusieurs auteurs, il convient de souligner que tous les éditeurs parisiens ci-dessus cités ont consacré des recueils entiers à la seule production de Janequin.

Si la musique religieuse de Janequin paraît assez pâle, comparée à celle de son aîné Josquin Des Prés ou à celle de ses contemporains flamands et protestants, ses chansons en revanche constituent un modèle du genre. Le règne de François Ier marque l'apogée de cette forme particulière dite « chanson française » ou mieux « chanson parisienne » qui allait, dans la seconde partie du xvie siècle, céder la place au madrigal italien. On peut distinguer trois styles dans cet abondant répertoire de chansons : les deux premiers (chanson sentimentale, chanson grivoise) ont été pratiqués par la plupart des musiciens français de l'époque (citons, aux côtés de Janequin, Sermisy, Certon, Passereau, Hesdin, Jacotin, Sandrin, Le Heurteur...), le troisième (la chanson descriptive) appartient en propre à Janequin.

La chanson sentimentale, composée sur des thèmes poétiques assez conventionnels, est généralement de mouvement modéré, avec des mélodies simples souvent ornées de mélismes ; sa fluidité fait son charme (mentionnons comme exemple de ce type chez Janequin, la chanson Qu'est-ce d'amour ? sur des vers de François Ier).

La chanson grivoise, souvent très rabelaisienne, se signale par sa vivacité : les valeurs sont brèves, le texte déclamé syllabiquement, souvent entrecoupé de mots inventés aux sonorités cocasses ; l'écriture contrapuntique y est généralement serrée avec des rebondissements rythmiques qui confèrent à ces courtes pièces un dynamisme inimitable. Au reste, ce genre est resté l'apanage des musiciens français et Janequin l'a traité en virtuose (Citons, entre autres, les chansons Un petit coup ma mie, Or viens çà ma mie Perrette, Au joli jeu de pousse-avant...).

Enfin la partie la plus originale et la plus célèbre de l'œuvre de Janequin est constituée par les grandes chansons descriptives, de dimensions beaucoup plus amples que les autres et qu'on peut considérer comme les ancêtres de ce qu'on appelle « la musique à programme ». Les premières en date restent les plus connues : Le Chant des oiseaux ; La Guerre (la bataille de Marignan) ; La Chasse (« Gentils veneurs », retraçant les péripéties d'une chasse de François Ier en forêt de Fontainebleau) ; L'Alouette ; Les Cris de Paris. Vinrent ensuite : Le Caquet des femmes, à 5 voix, et plus tard Le Siège de Metz et La Guerre de Renty.

Dès sa publication, en 1529, Le Chant des oiseaux fut transcrit pour luth par Francesco da Milano. La Guerre fut souvent imitée dans toute l'Europe, et notamment à Venise par Andrea Gabrieli qui en donna une version instrumentale amplifiée.

La forme de ces chansons à programme apparaît libre, conditionnée par le sujet traité : dans Le Chant des oiseaux, un refrain, « Réveillez-vous, cœurs endormis », et plusieurs couplets, chacun consacré à un oiseau différent ; dans la plupart des autres, deux grandes parties, introduites par une sorte de frontispice [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  JANEQUIN CLÉMENT (1485 env.-1558)  » est également traité dans :

CONTREPOINT

  • Écrit par 
  • Henry BARRAUD
  •  • 4 645 mots

Dans le chapitre « Du contrepoint à l'harmonie »  : […] À ce stade très évolué de la musique polyphonique commence à se manifester un sentiment harmonique diffus, dont la signification pour nous est évidemment différente de ce qu'elle fut pour les musiciens de l'époque. Les agrégats sonores résultant des rencontres entre les parties reçoivent en effet aujourd'hui un nom et une fonction empruntés à un langage dont la syntaxe était alors totalement incon […] Lire la suite

Le Chant des oiseaux, JANEQUIN (Clément)

  • Écrit par 
  • Alain FÉRON
  •  • 363 mots

Dans le chapitre « Auteur »  : […] Protégé de Jean de Foix, Janequin fréquente les cercles humanistes, est chanoine et curé dans le Bordelais et gagne l'Anjou en 1533. À plus de soixante ans, il décide d'entreprendre des études universitaires, qu'il achève à Paris, où il finit ses jours. Nommé compositeur ordinaire du roi en 1558, il meurt sans avoir pu profiter des avantages financiers de sa nouvelle charge. Son catalogue comporte […] Lire la suite

Pour citer l’article

Roger BLANCHARD, « JANEQUIN CLÉMENT (1485 env.-1558) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/clement-janequin/