TAYLOR CHARLES GHANKAY (1948- )

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Homme politique et chef de guerre, Charles Taylor fut le président du Liberia de 1997 à 2003. Exilé, il fut finalement rattrapé par la justice internationale pour sa responsabilité dans la guerre civile qui a dévasté le pays durant les années 1990 et pour les crimes commis durant la guerre civile qui faisait rage dans la Sierra Leone voisine.

Né le 27 janvier 1948 au Liberia, Charles Ghankay Taylor est le fils d'un juge. Il appartient à l'élite américano-libérienne, descendante des esclaves affranchis originaires des États-Unis qui fondèrent le Liberia au début du xixe siècle. Il poursuit des études supérieures aux États-Unis, où il obtient en 1977 un diplôme en économie. De retour au Liberia, il est nommé à la tête des services généraux par le président Samuel K. Doe. En 1983, ce dernier accuse Charles Taylor d'avoir détourné près d'1 million de dollars. Celui-ci s'enfuit alors aux États-Unis, où il est finalement incarcéré. Il s'évade avant d'être extradé et réapparaît en Libye, où il fonde le Front national patriotique du Liberia (F.N.P.L.), une milice armée.

Les forces de Charles Taylor envahissent le Liberia à la fin de l'année 1989. Elles atteignent la capitale Monrovia en juillet 1990, mais se heurtent à des groupes rivaux. Le président Samuel K. Doe est tué lors des combats. Pendant sept ans, les factions armées se livrent une guerre féroce qui fait plus de 150 000 victimes et oblige plus de la moitié de la population à fuir. Le F.N.P.L. ne parvient pas à s'emparer de la capitale, mais il contrôle les zones rurales et les richesses naturelles du pays. Les combats s'étendent rapidement à la Sierra Leone voisine, et, face à l'enlisement du conflit, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (C.E.D.E.A.O.) envoie une force d'interposition. Finalement, un accord de paix est signé en 1995 ; il permet l'organisation d'élections qui ont lieu le 19 juillet 1997. Charles Taylor remporte le scrutin avec 75 p. 100 des suffrages. L'opposition dénonce des fraudes.

Durant son mandat, le président Taylor restructure l'armée en recrutant des membres de son ancienne milice. Des conflits éclatent alors avec l'opposition, et Monrovia devient le théâtre de combats de rues et de pillages généralisés. La communauté internationale accuse le chef de l'État de soutenir les rebelles de la Sierra Leone et, en 2000, le Conseil de sécurité des Nations unies impose des sanctions au Liberia. Le pays plonge à nouveau dans la guerre civile. Le président Taylor, accusé de violations graves des droits de l'homme, est mis en examen, en 2003, par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (T.S.S.L.). Charles Taylor s'exile alors au Nigeria. Toutefois, en mars 2006, le gouvernement libérien obtient son extradition. Inculpé pour sa responsabilité dans les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis durant la guerre civile au Sierra Leone, il est jugé à La Haye. Son procès débute le 4 juin 2007.

Lors du procès, l'accusation fait venir à la barre quatre-vingt-onze témoins, avant de terminer son plaidoyer en février 2009. Charles Taylor présente alors sa défense et récuse toutes les charges portées contre lui, notamment celle d'avoir enrôlé des enfants soldats, ordonné des mutilations sur des civils et vendu illégalement des diamants (les « diamants de sang ») pour financer le conflit dans les années 1990. Le procès se termine en mars 2011 et le verdict est rendu le 26 avril 2012. Charles Taylor est reconnu coupable de onze chefs d'accusation pour sa responsabilité dans les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis par les forces rebelles pendant la guerre civile au Sierra Leone ; il est toutefois reconnu non coupable d'avoir ordonné ou d'être l'instigateur de ces crimes. Le 30 mai 2012, le T.S.S.L. le condamne à cinquante ans de prison. Sa peine est confirmée en appel le 26 septembre 2013. Charles Taylor, qui purge sa peine dans une prison britannique, est le premier ancien chef d’État à être définitivement condamné par un tribunal international depuis la Seconde Guerre mondiale.

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Pour citer l’article

« TAYLOR CHARLES GHANKAY (1948- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-ghankay-taylor/