CERTAINS L'AIMENT CHAUD, film de Billy Wilder

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Le brouillage des sexes

Certains l'aiment chaud n'est évidemment pas la première comédie fondée sur l'usurpation d'identité et le changement de sexe. Billy Wilder, talentueux scénariste de La Huitième Femme de Barbe-Bleue (Bluebeard's Eigth Wife, 1938) et de Ninotchka (1939), deux irrésistibles comédies d'Ernst Lubitsch, a avoué s'inspirer de Fanfare d'amour (1935) de Richard Pottier et de ses remakes des années 1950, ainsi que d'un film muet allemand aujourd'hui disparu, Ciel et terre, tous fondés sur le travestissement. Mais Wilder, avec son complice I. A. L. Diamond, voulait trouver une idée originale qui amène deux hommes, hétérosexuels notoires, et même coureurs de jupons, à se travestir en femmes et les oblige à conserver tout au long du récit leurs vêtements féminins. Cela ne pouvait être qu'une question de vie ou de mort. D'où la trouvaille audacieuse du massacre de la Saint-Valentin – épisode emblématique aux États-Unis de la guerre des gangs – et l'ouverture du film avec le corbillard et la fausse entreprise de pompes funèbres.

La réussite du film tient indéniablement au croisement de deux genres, la comédie de travestissement et le film de gangsters, et donc à l'imbrication thématique de la menace de mort violente et du désir sexuel. George Raft, qui incarne Spats Colombo, est tout droit sorti du Scarface (1932) d'Howards Hawks et il ne dirige pas une bande de gangsters d'opérette. Le tandem Joe et Jerry, incarnés par Tony Curtis et Jack Lemmon parfaitement complémentaires, se retrouve à bord du train de nuit, mêlé aux membres de l'orchestre féminin en tenue légère comme des enfants gourmands laissés sans surveillance dans une pâtisserie. L'actrice Norma Jean Baker s'est forgé la personnalité cinématographique appelée Marilyn Monroe, il lui est donc aisé d'incarner avec subtilité la caricature de cette même Marilyn en la personne de Sugar Kane. Elle est candide, romanesque, fidèle autant que Joe et Jerry sont cyniques, calculateurs, roués et volages. L'un et l'autre déplacent habilement les frontières du masculin et du féminin, si bien que les séquences finales brouillent à dessein toutes les différences sexuelles, jusqu'à l'ambivalence complète, puisque personne n'est parfait, c'est-à-dire totalement homme ou totalement femme.

Il faut ajouter que le personnage de Sugar, chanteuse de l'orchestre, permet à Marilyn d'interpréter en cours de film une douzaine de chansons dont I'm Through with Love, I Wanna Be Loved by You et, bien entendu, Some Like it Hot. Elles ne sont pas pour peu dans l'immense succès populaire du film.

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Michel MARIE, « CERTAINS L'AIMENT CHAUD, film de Billy Wilder », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/certains-l-aiment-chaud/