CARTES À JOUER

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Origine du jeu de cartes

En France

La littérature française, jusqu'à la fin du xive siècle, ne propose aucun texte certain qui fasse quelque allusion aux cartes, alors que les règles de bien d'autres jeux sont déjà connues. En décembre 1254, un édit de Saint Louis interdit plusieurs sortes de jeux de hasard, mais les cartes ne sont pas nommées. Cette omission n'est pas moins remarquable dans la littérature religieuse que dans les édits et dans les œuvres des trouvères, des romanciers et des moralistes. Les prédicateurs dénoncent la frivolité des échecs, du tric-trac, et les dangers diaboliques des dés. Aucun sermon ne met en garde les fidèles contre la séduction des cartes. En 1369, une ordonnance de Charles V défend même de jouer aux billes, aux boules et aux quilles. Si l'usage des cartes avait été général à cette époque, il aurait été mentionné et prohibé plus sévèrement encore que ces jeux anodins.

En revanche, à partir de 1370, en France, comme en d'autres pays européens, les documents explicites et certains abondent. Citons l'arrêt de la prévôté de Paris, défendant de jouer, pendant les jours ouvrables, aux « paumes, boules, cartes, dés et quilles » (1377), un extrait d'archives notariales de Marseille mentionnant les nahipi (1381), une ordonnance de Lille prohibant le « jeu des quartes » (1382).

En Italie

En Italie, le premier texte mentionnant le jeu de cartes (ludus qui vocatur naibbe) est un décret du 23 mars 1375 des Prieurs de Florence. Le document le plus important est une observation de Niccola della Tuccia, auteur de la Chronique de Viterbe et qui, en l'an 1379, déclare : « Fu recato in Viterbo il gioco delle carte da un Saracino chiamato Hayl  », note que complète une autre indication de ce manuscrit : « Il gioco delle carte che in saracino parlare si chiama nayb. » Nous savons ainsi, de façon certaine, qu'un jeu de cartes, au moins, est d'origine orientale. Mais cela ne signifie pas nécessairement que les cartes, telles que nous les connaissons depuis la fin du xive siècle, n'aient pas été inventées en Europe en tant que jeu de hasard, sous une forme déjà différente des naibi qui, en réalité, semblent, sous leur forme primitive, avoir été un jeu d'enfants. Dans une chronique florentine de 1393, Giovani Morelli recommande, en effet, d'éviter les jeux de hasard comme les dés et d'imiter les enfants qui jouent aux osselets, à la toupie et aux « naibes » (naibi). Il s'agit là, selon toute vraisemblance, d'un ensemble d'images dont on peut admettre le rôle pédagogique. Rabelais n'a pas oublié cette fonction médiévale des cartes. Dans le célèbre programme d'éducation qu'il destine à Gargantua, il fait jouer aux cartes le jeune géant afin d'ouvrir son intelligence à l'arithmétique. Dans la seconde moitié du Moyen Âge, plusieurs collections d'images eurent un but didactique, comme, par exemple, la célèbre Biblia pauperum, la « Bible des pauvres ».

En Allemagne

Cette distinction entre les naibi et les cartes à jouer, acquise en 1408, était déjà reconnue par les inventaires des possessions des ducs d'Orléans. On y mentionne, dans des catégories différentes, les cartes « saracènes » et les cartes « de Lombardie ». Cette dernière expression doit retenir l'attention car, en Allemagne, les cartes à jouer ont été introduites après la campagne de l'empereur Henri VII en Italie (entre 1310 et 1312). Le jeu du Landsknecht, le « lansquenet », était alors le divertissement favori des soldats impériaux et, bien que l'on ait élevé des doutes sur le texte du décret de Wurtzbourg qui aurait défendu aux ecclésiastiques, dès 1329, l'usage des cartes, de nombreux historiens allemands affirment, avec quelque rai son, l'antériorité du lansquenet par rapport au « piquet » français. Il faut noter également que la traduction littérale de Landsknecht, composé de Land (« terre, pays », mais aussi « lieu de campagne ») et de Knecht (« serviteur, valet », ce que signifiait d'abord, noblement, l'anglais knight, « chevalier »), n'est pas très éloignée du sens premier de « lieutenant », « tenant lieu de », qui, étymologiquement, traduit exactement naïb. Ainsi peut-on admettre que le lansquenet a été inspiré par les naibi, mais qu'il s'agit cependant d'une invention européenne et relativement tardive, dont la diffusion dépendait d'abord du développement de la fabrication du papier et des progrès de la reproduction à bon marché des images, par la taille en bois et la [...]

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  • : historien des sciences et des techniques, ingénieur conseil

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Pour citer l’article

René ALLEAU, « CARTES À JOUER », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cartes-a-jouer/