GOZZI CARLO (1720-1806)

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Héritier d'une vieille noblesse vénitienne déchue, Carlo Gozzi n'est pas un écrivain-né. Il ne se manifesta guère, en effet, que pour s'opposer après avoir définitivement fait son choix de la solitude. C'est pourquoi son œuvre est surtout faite de libelles et de pamphlets pleins de bruit et de fureur, d'almanachs satiriques et de poèmes burlesques dans lesquels il déverse sa bile contre ses contemporains corrompus par la philosophie matérialiste du siècle des Lumières et, plus particulièrement, contre ce bourgeois de Goldoni dont les comédies, qui bravent l'honnêteté et bouleversent l'ordre sacré de la subordination, l'exaspèrent.

Homme de théâtre lui-même, il a mis le merveilleux féerique au service de sa polémique, transformant ainsi le royaume des fées en une allégorie tantôt philosophique tantôt morale. Mémorialiste, il compte parmi les plus grands par son sens de l'observation, son humour et son pittoresque.

Un polémiste atrabilaire

Carlo Gozzi est originaire de Venise ; c'est dans cette ville aussi qu'il mourut à l'âge de quatre-vingt-six ans.

Issu d'une noble famille ruinée, son éducation fut assez négligée pour qu'on puisse voir en lui un autodidacte acharné à l'étude malgré les contrariétés d'une santé précaire qui aigrit son caractère. Sa jeunesse fut celle d'un solitaire, d'une humeur taciturne et austère, ayant la littérature pour toute passion. Il écrivit « furieusement » toutes sortes de pièces, en vers ou en prose, jusqu'à vingt et un ans : il dut alors mettre fin à ses exercices de style pour prendre du service à Zara, en Dalmatie, où pendant trois ans il s'occupa des fortifications. Quand il revint à Venise, la situation économique de sa famille, qui avait beaucoup empiré, fut cause d'incessantes vexations que la mort du père ne fit qu'aggraver. Ses frères et ses sœurs se disputèrent le patrimoine avec une avidité telle qu'il lui fallut quitter la maison de ses ancêtres pour aller vivre à l'écart, en guerre contre tout et contre tous. Plus amer que jamais, il passera le reste de son existence à plaider pour soutenir ses intérêts et ceux des siens, n'ayant d'autre distraction que la fréquentation des troupes de comédiens ou celle de ses amis de l'académie des Granelleschi, société littéraire qui s'était donné pour but de restaurer le classicisme compromis par les extravagances de l'art baroque et de maintenir vivant le bon et beau langage en résistant à l'envahissement du français.

C'est au sein de cette académie qu'il fit ses premières armes de satirique en publiant, en 1757, La Tartana degli influssi (La Tartane des épidémies), un pamphlet sous forme d'almanach en vers qui prédisait, entre autres, l'arrivée à Venise d'un bateau chargé de mauvaises comédies, celles du romanesque abbé Pietro Chiari et celles de Carlo Goldoni. D'autres libelles de la même veine suivirent qui firent apparaître un polémiste agressif, contempteur d'une société abhorrée pour toutes ses nouveautés. Le plus important d'entre eux est La Marfisa bizzarra (Marfise la Bizarre), poème héroï-comique dans le style de Luigi Pulci, paru en 1772, mais dont les dix premiers chants furent composés dès 1761. Il l'a lui-même défini « un tableau historique des mœurs corrompues de sa patrie ». Les chevaliers de la cour de Charlemagne, grossièrement caricaturés, font les frais de cette satire de l'idéologie des Lumières. Car Gozzi croit au « bel ordre de la subordination » et ne conçoit pas d'autre société qu'une société hiérarchisée où chacun se tient à sa place, conscient de ses droits et plus encore de ses devoirs. Il nage à contre-courant, s'obstinant à regarder vers un passé plus mythique que réel qui lui sert de repoussoir au présent. C'est ce conservatisme qui explique pour une bonne part sa virulence contre Goldoni, auquel il reprochait notamment d'avoir souvent attribué dans son théâtre « les filouteries, les fourberies et le ridicule à ses personnages nobles et les actions héroïques, sérieuses et généreuses à ses personnages plébéiens ». À l'éthique du travail implicitement contenue dans les comédies de son compatriote où triomphe le monde des marchands et des artisans, il opposait la morale abstraite des « gens de qualité », avec une hargne n'excluant pas la méchanceté. Esprit bilieux, [...]

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Écrit par :

  • : professeur de langue et littérature italiennes à l'université de Dijon

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LA TRILOGIE DE LA VILLÉGIATURE, Carlo Goldoni - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Françoise DECROISETTE
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Lorsque les trois comédies composant La Trilogie de la villégiature sont représentées pour la première fois en octobre 1761, à Venise, au théâtre San Luca, Carlo Goldoni (1707-1793) a cinquante-quatre ans. Depuis son entrée dans le monde du théâtre en 1748, il a réussi à imposer aux acteurs le jeu « prémédité », le respect du texte et de l'auteur. En modifiant ainsi les habitudes scéniques des i […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Norbert JONARD, « GOZZI CARLO - (1720-1806) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/carlo-gozzi/