CASTELO BRANCO CAMILO (1825-1890)

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Le romancier

De l'œuvre de Camilo, on retient surtout aujourd'hui le roman, qui en constitue la plus grande partie, et les écrits polémiques. D'aucuns tiennent ses romans pour des nouvelles. Le thème le plus courant en est l'amour contrarié. Les intrigues n'y sont ni surprenantes ni compliquées, mais événements et péripéties abondent beaucoup plus que dans la plupart des romans portugais et, notamment, dans ceux d'Eça de Queirós. La progression vers le dénouement y est parfois foudroyante et inéluctable (Amour de perdition). Ils sont écrits à la troisième personne, mais l'auteur n'hésite pas à intervenir, se lançant dans des commentaires ou des digressions. Camilo contribua à diriger le roman vers les thèmes contemporains et bourgeois. Lors de ses débuts, étaient surtout cultivés au Portugal le roman historique et le roman rustique-idyllique. Il s'essaya à l'un et à l'autre. Mais il pratiqua aussi une sorte d'infra-littérature à sensation, assez lucrative. Sa première « nouvelle » est le récit dramatique d'un parricide, dont s'occupaient alors les journaux. Publiée en 1848, elle a seize pages et est intitulée : Aïe Marie ! Ne me tue pas, je suis ta mère ! On le voit : Camilo ne dédaignait pas les voies les plus directes pour toucher le public. Il fut le premier Portugais à vivre exclusivement de sa plume. De ses romans historiques, le meilleur est Le Juif (1866), sur le martyre de l'écrivain A. José da Silva, brûlé par l'Inquisition (1739) et sur la vie difficile des nouveaux chrétiens de son temps. Les nouvelles rustiques (Douze Mariages heureux, 1859-1861 ; Nouvelles du Minho, 1875-1877) reflètent ses souvenirs d'enfance à Vilarinho et son expérience de la vie à Seide. Mais elles n'ont rien de bucolique, ni d'agréablement pittoresque. Comme ses romans historiques, comme ses romans à sujet moderne et bourgeois, elles abordent un genre nouveau au Portugal, le roman passionnel. Plus que le feuilleton romanesque (Mystères de Lisbonne, 1854) ou la terreur (Livre noir de l'abbé Denis, 1855), c'est la passion amoureuse qui est le domaine de Camilo. Il exploite avec maestria le contraste entre la passion et le cadre contraignant de la vie quotidienne. Le Roman d'un homme riche (1861), les Étoiles funestes (1862) figurent parmi les chefs-d'œuvre de la littérature sentimentale en langue portugaise. Miguel de Unamuno pensait qu'Amour de perdition était peut-être « le roman d'amour le plus intense et le plus profond qui ait jamais été écrit par un Ibérique ». Cependant, pour intense qu'il paraisse, le roman de Camilo n'est pas exclusivement passionnel. Cet écrivain est aussi un rieur, mais, chez lui, le sarcasme et l'amertume ne sont jamais très loin. Il lui arrive de chercher à dessein l'effet comique, et, souvent, il ne peut s'empêcher de mêler aux plus dramatiques de ses nouvelles une note sardonique, qui déclenche d'autant mieux l'hilarité qu'elle prend le lecteur à l'improviste ! Parfois, drame et farce se répondent tout au long d'une même nouvelle en une sorte de contrepoint si subtil qu'il aboutit à l'ambiguïté et que les personnages apparaissent lamentables ou drôles selon l'optique du lecteur (La Chute d'un ange, 1866). D'autre part, par sa lucidité intermittente, mais pénétrante, par sa connaissance des milieux qu'il évoque, par sa communion avec les misérables, et avec le peuple, par son sens de la langue, Camilo est, très tôt, une sorte de réaliste qui s'ignore et qui ignore le réalisme. Peintre admirable, jamais flatteur, de Porto et du Minho, il comprit vite que le public appréciait non seulement l'analyse psychologique, mais l'étude des milieux. Enfin, lorsque le réalisme triomphe au Portugal par la plume d'Eça de Queirós, Camilo sentant son prestige menacé, son domaine ébranlé, se défend par un pastiche truculent de la nouvelle littérature. Bien lui en prit ! Cela donna deux romans très différents de sa manière habituelle : Eusébio Macário (1879) et La Canaille (1880), puis, en forçant moins la note, La Brésilienne de Prazins (1882). Ce dernier livre, histoire d'un mariage forcé dont le dénouement est la folie de la femme, présente un point de départ et maintes situations tout à fait conventionnels et « camiliens », mais la façon de traiter le sujet, la nature des épisodes et la minutie des descriptions en font un véritable chef-d'œuvre de la littérature réaliste d'expression portugaise.

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António COIMBRA MARTINS, « CASTELO BRANCO CAMILO - (1825-1890) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/camilo-castelo-branco/