CASTELO BRANCO CAMILO (1825-1890)

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Par son respect de la tradition, son goût du terroir, sa sensibilité larmoyante, versatile et pathétique, son langage opulent, son style truculent, succulent et turbulent, son opposition farouche au factice et au postiche, Camilo Castelo Branco est un écrivain typiquement portugais, mais il a été influencé par le roman-feuilleton français et par Balzac. Il est le précurseur de ces courants ethnologiques, archéologiques et régionalistes, qui commencent à se manifester en son pays à peu près au moment de sa mort. Il est l'un des représentants de cette recherche de la culture en vase clos, à laquelle ne cesse de s'opposer, depuis le xviiie siècle au moins, une lignée d'esprits critiques, novateurs et cosmopolites. C'est cette dernière que représente son contemporain Eça de Queirós. Mais la passion de Camilo mérite, au fond, la même attention que l'effort de modernisme, couronné de succès, de son rival. Ayant souffert des oppressions, produit de la société bourgeoise de son temps, ayant sympathisé avec tous ceux qui en étaient les victimes, Camilo n'en proclame pas moins son adhésion aux principes au nom desquels s'exerçait cette oppression : religion, État aristocratico-bourgeois, famille, chasteté. Son œuvre, comme sa vie, exprime d'une façon dramatique et incohérente un refus. Elle se finit d'une manière très portugaise aussi, dans la résignation, le désespoir, la castration, la folie, le suicide.

Il est le plus fécond des écrivains portugais : il a laissé, notamment, 140 volumes originaux et 2 700 lettres ; il a assuré la rédaction ou été le collaborateur de 90 périodiques ; il a préfacé ou annoté 75 volumes, traduit une quinzaine d'ouvrages français. Enfin, 70 livres de différents auteurs renferment un écrit inédit de Camilo. Outre les romans et les nouvelles, il a cultivé la poésie et le théâtre, s'est essayé à l'histoire, l'histoire littéraire et la généalogie. Il a été, enfin, un critique bouillant et un redoutable polémiste, et n'a cessé de susciter tantôt l'admiration fanatique, tantôt le mépris souriant.

Une vie d'anticonformiste

Enfant naturel, Camilo perdit sa mère à deux ans et son père à huit. Il dut alors quitter Lisbonne, où il était né, pour le nord du pays (Vila Real, Vilarinho da Samardã), où il fut recueilli d'abord par une tante, puis par une sœur aînée. Un curé de village s'occupa de sa première instruction. Ses amours furent précoces. À seize ans, on le laissa épouser une paysanne de son âge – à moins qu'il n'y fût forcé. Bientôt père, il ne tarda pas à quitter le toit conjugal pour d'autres lieux et d'autres amours. Ses études ne témoignent pas de plus de constance. En 1843, il s'inscrivit à la faculté de médecine de Porto ; en 1845, il était à Coïmbre et cherchait sans plus de succès à faire son droit. Plus tard, après avoir tâté des armes, il entra au séminaire diocésain de Porto, mais recula à la veille de recevoir les ordres. En 1846, il enleva une jeune fille, aventure qui les mena tous deux en prison. Camilo en sortit vite, mais s'était partout attiré assez d'ennemis pour être victime de plusieurs attentats. À partir de 1848, ayant choisi la carrière littéraire, il se fixe à Porto où ses amours font scandale : une poétesse, une religieuse qui s'occupait d'un enfant à lui, enfin une femme mariée (Ana Plácido).

En 1851, avec deux complices, il attaqua un journaliste qui lui déplaisait. En 1852, il se battit en duel avec le fils de la poétesse, fut blessé, voulut se battre de nouveau. En 1860, objet d'un mandat d'arrêt, il s'enfuit et finalement fut incarcéré à Porto, où l'était déjà Ana Plácido. Le roman Amour de perdition (1862), écrit en prison, connut un immense succès. Libéré, Camilo sera désormais fidèle à la plume et à Ana Plácido, qui, courageuse et aimant les lettres, se révèle la compagne qu'il lui faut. D'abord installés à Lisbonne, ils iront, à la mort du mari d'Ana (1864), vivre dans sa maison, à São Miguel de Seide, qui deviendra le port d'attache de Camilo, déjà célèbre. C'est une sorte de stabilité, mais non le bonheur. L'un des fils du couple (Nuno), que Camilo réussit à marier à une héritière, a la passion du jeu et accumule les incartades ; l'autre (Jorge) sombre dans la folie. Dès 1877, l'écrivain lui-même souffrait de troubles nerveux et visuels. Dix ans après, il est pratiquement aveugle, et en 1890, comprenant que c'est sans remède, il se donne la mort.

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Pour citer l’article

António COIMBRA MARTINS, « CASTELO BRANCO CAMILO - (1825-1890) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/camilo-castelo-branco/