CAMILLE, lat. MARCUS FURIUS CAMILLUS (fin Ve s.-365 av. J.-C.)

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Issu de la famille patricienne des Furia à Rome, Camille appartient à la génération lointaine des grands hommes d'État et des chefs de guerre des débuts de la République romaine, aux ~ ve et ~ ive siècles. Aussi est-il difficile, dans la vie et dans la carrière de Camille, de faire la part de l'histoire et celle de la légende. Plutarque, qui lui a consacré une de ses Vies des hommes illustres, et Tite-Live, qui le mentionne, se contredisent souvent à son sujet. Quelles que soient les controverses dont il est l'objet, Camille est un héros dont l'histoire romaine s'est emparé pour l'édification du peuple. Passant par toutes les étapes du cursus honorum, Camille se distingue déjà comme censeur par sa ténacité : il oblige en effet les célibataires à épouser les veuves des soldats romains morts pour la patrie. S'ils refusent le mariage, il leur impose alors une forte amende. Nommé plusieurs fois dictateur en une période difficile où Rome entreprend la conquête de l'Étrurie et doit peu de temps après s'opposer à l'invasion des Gaulois, Camille en ~ 395 commande le siège de Véies, capitale des Étrusques, qui dure depuis dix ans. La situation paraît incertaine au moment où les eaux du lac d'Albano montent dangereusement. Un haruspice étrusque, sans doute soudoyé par le Sénat de Rome, affirme que les Romains peuvent vaincre s'ils laissent les eaux du lac s'écouler dans la plaine. Aussitôt Camille entreprend de gigantesques travaux pour détourner les eaux du lac, puis il fait creuser en grand secret un souterrain qui passe sous les remparts de la ville assiégée et aboutit à la citadelle. Des soldats d'élite sont dépêchés dans le souterrain, tandis que, pour faire diversion, Camille attaque la ville de toutes parts. Au moment où les Romains s'apprêtent à sortir du souterrain, ils entendent un haruspice décréter au roi de Véies qui fait le sacrifice d'une génisse à Junon que ceux qui enlèveront les entrailles de la victime auront la victoire. Les Romains surgissent alors, s'emparent par surprise des entrailles fumantes de la bête et courent en faire l'offrande à Camille. Aussitôt Véies, se sentant abandonnée des dieux, se soumet aux vainqueurs qui la pillent selon l'antique coutume, en dépit des larmes de Camille. Ce sentiment de pitié, Camille l'éprouvera lors du siège de Faléries, capitale des Falisques. Ainsi il renvoie le maître d'école de cette ville qui est venu lui livrer ses élèves. Devant une telle magnanimité, les habitants de Faléries ouvrent leurs portes aux Romains et Camille interdit alors à ses soldats le pillage.

Un si grand esprit d'équité ne rend pas Camille toujours populaire, surtout lorsqu'il s'oppose à la décision des Romains d'abandonner leur ville et de faire de Véies leur nouvelle capitale. On lui reproche d'avoir offensé les dieux en ne tenant pas sa promesse de livrer Faléries au pillage ; on l'accuse même d'avoir gardé pour lui une partie du butin de Véies ; on lui fait également grief de s'être peint le visage en vermillon lors de son triomphe sur Véies, alors que cet honneur est réservé aux statues des dieux. À la veille de passer en jugement en ~ 391, et se sachant condamné par avance, Camille s'exile volontairement à Ardée, non sans avoir proclamé devant les dieux que le peuple ingrat aurait un jour besoin de lui. Deux ans plus tard, en effet, les citoyens romains de Véies le rappellent lors du siège de Rome par les Gaulois de Brennus. Un soldat romain réussit à pénétrer dans la ville, en franchissant le Tibre à la nage, afin de demander au Sénat de nommer Camille dictateur. Tite-Live, soucieux de donner aux Romains la palme de la victoire, prétend que Camille aurait défait les Gaulois par les armes, mais il semble bien que Rome ait acheté sans beaucoup de gloire sa liberté et que ce fût en cette occasion qu'un Gaulois ait jeté son épée dans la balance où l'on pesait l'or destiné à l'ennemi et prononcé le célèbre « vae victis », « malheur aux vaincus », en prétendant que la balance était faussée et que les Romains voulaient duper leurs vainqueurs : par ce geste il faisait bon poids. Une nouvelle fois Camille s'oppose au désir qu'ont les Romains de quitter la ville aux sept collines. Il est nommé ensuite à deux reprises dictateur. La première fois pour battre les Volsques, les Herniques, les Étrusqu [...]

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  • : diplômé d'études supérieures d'histoire, directeur de collections historiques

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Joël SCHMIDT, « CAMILLE, lat. MARCUS FURIUS CAMILLUS (fin Ve s.-365 av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/camille-lat-marcus-furius-camillus/