BROONZY WILLIAM LEE CONLEY BROONZY dit BIG BILL (1893 ou 1898-1958)

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En se produisant en Europe dans les années 1950 seul avec sa guitare, Big Bill Broonzy a ouvert au blues les oreilles et les yeux du public international, jouant un rôle déterminant dans l'émergence du blues revival, l'avènement du folk boom et la genèse du rock anglais. Mais, avant cela, il fut d'abord – et surtout – une des grandes vedettes du Chicago blues des années 1930 et 1940, enregistrant des centaines de titres sous son nom et accompagnant de sa guitare élégante, swinguante et incisive une multitude de bluesmen.

Fils d'un métayer du Mississippi, William Lee Conley Broonzy naît à Scott (Mississippi) un 26 juin, 1893 ou 1898. Bill Broonzy s'exerce très jeune au violon, devient prédicateur et tourne dans des medicine shows avant de s'installer à Chicago en 1918 après son service militaire. Initié à la guitare par Papa Charlie Jackson, notamment, Big Bill s'impose en quelques années comme un des meilleurs guitaristes de la ville, aussi à l'aise dans le blues que dans les autres genres populaires noirs de l'époque, comme le ragtime ou le hokum. Il enregistre abondamment à partir de 1927 et connaît des succès considérables auprès de la clientèle noire avec Big Bill blues, Selling that stuff, Bull cow blues, Serve it to me right, Keep your hands off her, Rockin' chair blues... Big Bill Broonzy est dans les années 1930 l'archétype du bluesman urbain et sophistiqué.

Bien qu'analphabète, Broonzy est aussi un des meilleurs paroliers du blues de cette époque. En quelques versets empreints d'images évocatrices, d'humour sarcastique et de morale paysanne, il trousse des blues emplis de la nostalgie d'un Sud dont on regrette la vie nonchalante et le climat, de thèmes forts sur les tensions de la grande ville, de pièces dansantes et légères, très souvent osées. Sa musique ne cesse d'évoluer. À la fin des années 1920, il enregistre en duo guitare-piano à la façon du blues de Saint Louis puis exclusivement en petite formation, ajoutant une section rythmique (contrebasse, seconde guitare, batterie ou washboard), voire des cuivres. Cette instrumentation confère à ce blues urbain des années 1930 une coloration jazzy qui le rapproche du swing. Mais la guitare de Big Bill, moelleuse, est toujours en avant et prend souvent des solos pleins de verve. Ses accompagnateurs sont aussi pour beaucoup dans la réussite de ses disques, en particulier le formidable pianiste Joshua Altheimer.

Ses talents exceptionnels de guitariste permettent à Big Bill Broonzy, outre sa carrière de vedette du blues, d'être aussi un des accompagnateurs les plus demandés par les studios durant les années 1930 et 1940. Il figure sur plusieurs centaines de titres, marquant de sa guitare certains des meilleurs morceaux des figures les plus populaires de la musique noire, en blues, en jazz ou en variétés. Big Bill joue aussi le rôle de talent scout pour les grands labels de Chicago et découvre ainsi à Chicago et dans le Sud de nombreux nouveaux artistes. Cette activité débordante fait apparaître Big Bill comme une des figures clés du Chicago blues d'avant 1944, qui urbanise alors le blues sudiste des migrants pour en faire une forme de musique populaire commerciale.

Mais Big Bill Broonzy possède aussi une capacité particulière à flairer les évolutions du temps. En 1938, il remplace au pied levé Robert Johnson, récemment décédé, sur la scène du Carnegie Hall de New York pour le célèbre concert organisé le 23 décembre par John Hammond, From Spirituals to Swing. Celui qui n'a plus tiré de charrue depuis sa tendre enfance est présenté comme un « laboureur du Mississippi » ! Lorsque le blues de Chicago change après la Seconde Guerre mondiale, Broonzy est un des tout premiers à sauter dans le train du courant folk, alors en gestation. Se souvenant de son expérience du Carnegie Hall, Big Bill joue en Europe et sur les scènes américaines le rôle du « dernier chanteur de blues », interprétant pour un public exclusivement blanc de vieux folk songs comme John Henry, ses blues réaménagés dans un style de country blues soliste acoustique ainsi que des chansons protestataires alors à la mode, parmi lesquelles le puissant Black, brown and white. Ce dernier rôle de folk singer permettra à Big Bill de vivre de sa musique [...]

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Gérard HERZHAFT, « BROONZY WILLIAM LEE CONLEY BROONZY dit BIG BILL (1893 ou 1898-1958) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/broonzy/