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CLÉMENT V, BERTRAND DE GOT (1260?-1314) pape (1305-1314)

Bertrand de Got est né vers 1260 à Villandraut (Gascogne) et mort le 20 avril 1314 à Roquemaure (Provence). Il est évêque de Comminges en 1295 et devient archevêque de Bordeaux en 1299. Élu pape à Pérouse le 5 juin 1305 grâce à l'influence du roi de France Philippe IV le Bel, il est intronisé le 14 novembre 1305 sous le nom de Clément V. En nommant une majorité de cardinaux français, il assure à la France une lignée de papes français. Son propre pontificat est semé d'épisodes difficiles, dus en grande partie aux manœuvres de Philippe le Bel.

Opposé à l'ingérence pontificale dans les affaires temporelles, le roi pousse Clément V à annuler deux bulles de Boniface VIII, Clericis Laicos (1296) interdisant au clergé le versement de subsides à un pouvoir laïc et Unam Sanctam (1302) rappelant la suprématie pontificale. Depuis 1307, Philippe le Bel a juré la perte du puissant ordre de chevaliers des Templiers. Après avoir accusé l'ordre d'hérésie, Clément V demande la tenue d'un concile à Vienne, dans le Dauphiné, pour répondre à cette question. C'est la perspective de ce concile qui incite le pape à élire résidence en Avignon, d'où il peut gérer les affaires du Saint-Siège loin de l'agitation politique de Rome. Le concile de Vienne se réunit en 1311. Clément V y approuve la condamnation pour hérésie des Spirituels, branche extrémiste de moines franciscains observant une absolue pauvreté matérielle. En marge du concile, Philippe le Bel contraint Clément V à supprimer l'ordre des Templiers en avril 1312. Le pape doit dissoudre lui-même l'ordre afin que le roi n'en porte pas la responsabilité, et effacer toutes traces de la participation du roi ou de ses agents à cette affaire des registres de la chancellerie pontificale.

Bien qu'il ait soutenu l'élection de Henri VII de Luxembourg comme roi des Romains en 1308 et son élévation au titre d'empereur du Saint Empire romain germanique en 1312, Clément V cède à l'influence du concile de Vienne et à la pression du roi de France en prenant parti pour Robert d'Anjou, comte de Provence et roi de Naples, quand l'empereur d'Allemagne inquiète ce dernier en Italie. Le pape adopte une position résolument anti-impériale, allant jusqu'à menacer Henri d'excommunication en 1313. À la mort de l'empereur, Clément V s'attribue la gérance du trône vacant et offre à Robert le titre de vicaire impérial d'Italie.

Clément V pratique ouvertement le népotisme et semble posséder un important trésor secret. C'est un pontife adroit mais hésitant, chroniquement affaibli par un cancer, qui laissera une contribution importante au droit canonique à travers les Constitutiones Clementinae, ensemble de ses décrétales et de celles du concile de Vienne promulguées en 1317 par son successeur, le pape Jean XXII (1316-1334). On lui doit la fondation de l'université de Pérouse et l'institution de chaires de langues orientales à Paris, Bologne, Oxford et Salamanque. Dante le blâme dans L'Enfer, au chant XIX, pour sa faiblesse envers la France et sa complaisance pour Philippe le Bel, son retournement contre l'empereur Henri VII, la pratique des simonies (vente de charges ecclésiastiques) et le transfert du Saint-Siège de Rome en Avignon, le décrivant comme un « pasteur sans loi », « souillé des plus laides œuvres » et l'appelant « nouveau Jason ». Le pape Clément V est à l'origine de ce que l'on appelle la « captivité babylonienne » de l'Église (1309-1377), période durant laquelle la papauté a abandonné sa résidence traditionnelle de Rome pour Avignon.

— Universalis

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  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

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