BAVAY, archéologie

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La petite cité de Bavay (Nord) a prolongé, aux époques médiévale et moderne, la ville gallo-romaine de Bagacum, chef-lieu d'un canton (civitas, « cité ») dans l'organisation antique de la Gaule, correspondant au territoire de la tribu celtique des Nerviens, qui avait pris une part importante dans la lutte contre la conquête romaine (58-50 av. J.-C.).

Si son nom est d'origine celtique, la ville antique ne paraît pas correspondre à une installation gauloise (la fin de l'époque indépendante ou le début de la période romaine, dans la seconde moitié du ier s. av. J.-C., ne sont vraiment attestés que par les traces d'un atelier d'orfèvres) : elle semble au contraire une création nouvelle et artificielle sur un terrain presque vierge, à la lisière nord de l'Empire, au cœur de l'organisation routière du nord-ouest de la Gaule et au centre du dispositif frontalier, entre Boulogne-sur-Mer (Gesoriacum Bononia) et les villes de l'Est, Trèves et Cologne.

Les grands moments de la ville romaine datent surtout du Haut-Empire, avant les invasions de la fin de l'Antiquité et les guerres qui affectent cette zone de passage dans le bassin de la Sambre : c'est, au tout début de notre ère, la visite de Tibère, beau-fils et général de l'empereur Auguste, en route vers la frontière de Germanie, puis l'installation d'un centre monumental avec forum dont la vie couvre deux siècles et demi jusqu'à la fin du iiie siècle et, enfin, au Bas-Empire, la transformation de ce centre en une forteresse rectangulaire entourée, en plusieurs étapes, d'une grande muraille ; en même temps, la fonction de chef-lieu passa à la ville voisine de Cambrai. La vie du site est obscure pendant le haut Moyen Âge, mais une fortification ovale beaucoup plus grande, correspondant à la ville actuelle, protège désormais d'une levée de terre la petite cité dont le rôle administratif et commercial est bien attesté à la fin du Moyen Âge. Dès le xviie siècle, des trouvailles archéologiques avaient fait connaître le site, mais la recherche systématique date surtout des travaux du début et du milieu du xxe siècle . Cette recherche a abouti à la construction d'un Musée archéologique moderne au sud du forum et à la poursuite de plus en plus active des recherches sur le forum même.

La ville antique n'est pas sans intérêt (probable plan régulier, trouvailles de céramique locale — vases dits « planétaires », décorés de têtes divines —, de petits bronzes et de mosaïques), mais le monument le plus considérable reste l'imposant forum (240 m × 100 m) qui marquait le cœur de la cité depuis le milieu du ier siècle après J.-C. jusqu'au iiie siècle, et qui est un des plus remarquables centres urbains romains visibles en Europe. Il appartient à un modèle du début de l'Empire et comprend trois éléments : la place du forum proprement dit, avec son grand dallage de pierre bleue et les portiques doubles (deux nefs sur piliers, probablement recouvertes en charpente) qui la longent au nord et au sud ; et, de part et d'autre de cette place, le temple en l'honneur de l'empereur, à l'ouest (son existence est supposée, par analogie avec les forums contemporains : il était lui aussi entouré d'un portique à trois branches qui a complètement disparu), et, de l'autre côté, à l'est, une « basilique civile » (siège des tribunaux et aussi temple en l'honneur de l'empereur) de très grandes dimensions (95 m × 38 m). Ce forum fermé constitue un édifice unitaire remarquable par les dimensions et la complexité de l'architecture (boutiques, petit édifice à plan basilical à l'extrémité occidentale du forum, et surtout surélévation du portique du temple au-dessus d'une galerie souterraine à trois branches, chacune comportant deux nefs voûtées) : ce dispositif architectural avec « cryptoportique » — sorte de promenoir éclairé de nombreux soupiraux et orné de peintures, qui servait à mettre plus en valeur encore le temple officiel et dynastique — est bien attesté dans l'architecture des centres urbains du Haut-Empire (de Reims, Paris ou Trèves à Conimbriga au Portugal) ; il apparaît de plus en plus que la construction actuellement visible, en moellons et assises de briques, n'est que la dernière de plusieurs phases d'édification, dont l'ampleur dépassa peut-être l'échelle de la bourgade. À partir de la fin du iiie siècle, un casernement succède au forum, et le centre mon [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : maître de conférences (archéologie romaine) à l'université de Lille-III-Charles-de-Gaulle

Classification

Autres références

«  BAVAY, archéologie  » est également traité dans :

BELGIQUE - Histoire

  • Écrit par 
  • Guido PEETERS
  •  • 20 612 mots
  •  • 16 médias

Dans le chapitre « L'influence romaine »  : […] Les Belgae celtes, appartenant à la civilisation de La Tène, furent conquis par Jules César dans le cadre de la conquête de la Gaule, de la Rhénanie et de l'Angleterre (57-51 av. J.-C.). Sa victoire sur les Belgae fut contestée par deux chefs de la résistance, Ambiorix et Indutiomarus, qui se livraient à la guérilla. Rome toutefois finit par l'emporter et la Belgica devint une province de l'Em […] Lire la suite

Pour citer l’article

Roger HANOUNE, « BAVAY, archéologie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bavay-archeologie/